Partager l'article ! La course à l'atome (2ème partie: Le projet Manhattan): Pour retrouver la première partie de ce dossier. Le 2 août 1939, le présiden ...
Histoire-Géo
Pour retrouver la première partie de ce
dossier.
Le 2 août 1939, le président Roosevelt reçoit une lettre signée du prestigieux physicien Albert
Einstein qui le met en garde contre les recherches effectuées par les
Allemands dans le domaine de la recherche atomique et l'enjoint de lancer l'Amérique à son tour dans l'aventure nucléaire. Cette lettre est en fait écrite par un autre physicien,
le juif hongrois Léo Szilard qui cherche à mobiliser les alliés contre la menace nazie et convainc Einstein, dont la célébrité est immense, de signer cet appel au président
américain. Une lettre qu'Einstein regrettera quelques années plus tard, lorsqu'il verra la bombe atomique utilisée.
La première page de la lettre envoyée par Einstein à
Roosevelt
Les Etats-Unis, rappelons le, se tiennent alors à l'écart des troubles qui agitent le vieux continent
et sont plus inquiets de la grande dépression née de la crise de 29
que des bruits de bottes en Europe ou en Asie. Lenteurs administratives
oblige, cette lettre ne parvient au président Roosevelt qu'en septembre 39, alors que les troupes allemandes déferlent en Pologne. Il concède d'abord une aide financière plutôt timide
aux travaux d'Enrico Fermi, prix Nobel italien réfugié à Chicago, pour concevoir une pile atomique. Mais c'est l'attaque japonaise sur la base de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941 qui
jette les Etats-Unis dans la
guerre et va décider le président américain à agir.
Le 16 décembre 1941, à la demande de celui-ci, le conseiller scientifique de Roosevelt, Vennevar Bush (qui sera plus tard l'un
des inventeurs d'internet) met en place un programme de recherche nucléaire colossal : le projet Manhattan. Et pour rattraper le retard on met les moyens. On
débloque d'énormes crédits : le projet global coûtera la somme de 2 milliards de dollars de l'époque (on pourrait multiplier par huit pour avoir un équivalent
actuel). 130 000 personnes sont affectées aux recherches dont des milliers de chercheurs et d'ingénieurs (20 Prix Nobel ou futurs Prix Nobel en font
partie), la fine fleur des physiciens européens qui ont fuit le nazisme. A partir de 1942, les Britanniques qui avaient repris les recherches françaises, mettent celles-ci au service du
projet américain. Le tout est confié pour la partie militaire au bouillant Général Leslie Groves ( à gauche sur la photo) et pour la partie scientifique à Julius
Robert Oppenheimer (à droite), physicien capable de coordonner les efforts des nombreux savants liés au projet.
4 villes vont jaillir de terre pour accueillir dans le plus grand secret les différents centres de recherches. Un énorme réacteur est bâti à Oak Ridge au Tennessee pour produire l'uranium 235
nécessaire mais le site principal de recherche, appelé "site Y", se trouve dans le désert du Nouveau Mexique, à Los Alamos. C'est aussi dans le désert du Nouveau Mexique, à Almogordo
que vont être effectués les premiers essais d'explosion atomique.
Les recherches, même avec les énormes moyens
déployés sont longues et le projet n'abouti véritablement qu'au printemps 1945. La situation militaire a changé. En Europe, la certitude de la capitulation allemande est
réelle. Par contre le Japon est loin d'être tombé. Après les accords de Yalta, Roosevelt a négocié avec Staline la participation soviétique à l'effort militaire contre Tokyo
dès que la guerre s'achève en Europe. Le 12 avril 1945, Franklin Roosevelt meurt et laisse la place à son vice-président Harry S.
Truman. Celui-ci se méfie beaucoup plus des Soviétiques et aimerait
accélérer les choses dans le Pacifique pour éviter de voir les soldats de l'armée rouge se répandre en Asie comme ils le font en Europe Orientale. Mais, même s'il n'est plus en
état de gagner la guerre, le Japon reste encore dangereux. L'archipel proprement dit est une forteresse bien défendue. Les américains ont beau déverser 40000 tonnes de bombes par mois
sur les villes japonaises, la détermination nippone reste forte. Désespérés, les Japonais ont mis en place des escadrilles d'avions suicides, les "kamikazes" (vent divin) qui, chargés
d'explosifs, se jetent sur les bateaux de guerre américains. De même lorsque les G.I. ont débarqués sur l'archipel d'Okinawa, le seul territoire japonais dont ils ont pu s'emparer, ils
se sont heurtés à une résistance acharnée et meurtrière qui a duré trois mois. Les populations civiles endoctrinées par la propagande préférant parfois se jeter depuis les
falaises plutôt que de tomber entre les mains de l'ennemi. Pour les experts américains, si pour défendre leur sol national les japonais affichent la même opiniâtreté qu'à Okinawa,
le projet "Downfall" de débarquement et d'invasion du Japon sur le modèle du débarquement en Normandie pourrait coûter la vie à 500 000, peut-être un million de soldats
alliés. Des chiffres catastrophistes probablement exagérés volontairement par un état-major désireux de voir la bombe utilisée.
Devenu par la force des choses président, Truman découvre l'existence du projet secret "Manhattan" dont il ignorait tout jusqu'alors. Cette arme nouvelle l'enthousiasme. D'autant
qu'elle pourrait permettre de gagner la guerre rapidement, sans avoir besoin des Soviétiques.
Le 16 juillet 1945, à 5 heures du matin le premier essai atomique "Trinity" à lieu à Amogordo sous le regard des responsables de l'opération, militaires et scientifiques, réunis
dans un bunker à 8 km du "point zéro", le centre de l'explosion.
"La région entière s’illumina sous une lumière éblouissante bien des fois
supérieure en intensité à celle du soleil en plein midi. C’était une lumière dorée, pourpre, violette, grise, bleue. Elle éclairait chacune des crevasses, chacune des crêtes des montagnes
voisines… Trente secondes plus tard, on entendit l’explosion. Le déplacement d’air frappa violemment les gens et puis, presque immédiatement, un coup de tonnerre assourdissant, terrifiant,
interminable suivit, qui nous révéla que nous étions de petits êtres blasphémateurs qui avaient osé toucher aux forces jusqu’alors réservées au Tout-Puissant" Témoignage du
général Farrell , témoin de l'explosion
Beaucoup d'entre eux réalisent à ce moment l'ampleur de l'arme qu'il ont créé dont Oppenheimer, passionné de culture hindoue qui murmure "Maintenant je suis
Shiva le destructeur des mondes" ou son adjoint Bainbridge qui annonce plus simplement " A partir de maintenant, nous sommes tous des fils de putes… ".
L'explosion a été doublée par celle de 100 tonnes de dynamite de manière à comparer l'arme atomique aux armes traditionnelles. "Trinity " équivaut à 20 000 tonnes de dynamite
soit 20 kilotonnes. On calculera ainsi la force des armes nucléaires.
Truman, lui, est déjà en Europe où il doit rencontrer Churchill et surtout Staline pour la conférence de Potsdam qui doit avoir lieu le 17
juillet. Il reçoit la confirmation de la réussite du test. Cela va lui permettre de négocier avec les Soviétiques en position de force car il peut désormais gagner sans eux
contre le Japon. Ce qu'il ignore c'est que Staline est déjà largement au courant du projet Manhattan et que les services secrets soviétiques ont noués des contacts avec de nombreux
savants atomistes impliqués dans l'affaire. Nous en reparlerons d'ailleurs dans la troisième partie.
Maintenant que la bombe est une réalité, reste à l'utiliser... ou pas pour
faire plier le Japon. De nombreux scientifiques ayant participé au projet mettent en garde contre l'emploi d'une arme d'une telle puissance, la menace est en elle même
suffisante, pas besoin de passer à l'acte. Mais d'autres, dont le general Groves sont impatients de voir la bombe à l'oeuvre sur le champ de bataille et pressent Roosevelt de passer à l'acte. On
ne peut pas avoir dépensé deux milliards de dollars pour créer l'arme ultime et ne pas l'utiliser. L'opinion publique américaine chauffée par la propagande antijaponaise pendant la
guerre ("Remember Pearl Harbor" comme le rappelle cette affiche pour les emprunts de guerre) veut voir ses boys rentrer au pays au plus vite et le Japon vaincu par tous
les moyens. L'emploi de la bombe finit par avoir gain de cause.
A l'initiative de Churchill, un ultimatum est envoyé au Japon le 26 juillet : s'il ne capitule pas sans condition, il risque "la destruction inévitable et complète des forces
japonaises, et, aussi inévitablement, une terrible dévastation de la métropole nippone". Si les Japonais capitulent l'intégrité de l'archipel sera respecté et le gouvernement (dont
l'empereur) simplement désarmé et non destitué. Sous la pression des militaires les plus jusqu'au boutiste, le gouvernement impérial refuse.
Le Japon est alors sous un déluge constant de bombes "classiques" et non moins meurtrières. Du 9 au 10 mars des raids massifs sur Tokyo ont fait 100 000 morts soit plus
qu'Hiroshima. A Washington, on s'interroge et plusieurs options sont envisagées. Faire un tir de démonstration sur une île déserte ? Pas assez menaçant. Prévenir les Japonais du choix
de l'objectif pour leur permettre d'évacuer les lieux ? C'est aussi risquer que les Japonais puissent se defendre et abattre l'avion transportant la bombe, voir puisse placer des prisonniers sur
le site. Larguer la bombe sur Tokyo ? Trop extrême et comment négocier une capitulation si on tue tout le gouvernement nippon... Reste alors à choisir des villes
secondaires pour montrer aux Japonais la détermination américaine et les faire céder. 5 villes sont choisies : Kokuro, Hiroshima, Niigata, Nagasaki (qui remplace Yokohama d'abord
envisagée mais trop proche de Tokyo) et Kyoto (cette dernière sera vite abandonnée car c'est une capitale religieuse au patrimoine unique). Il vaudrait d'ailleurs mieux que les japonais cèdent
rapidement, car il n'y a en fait que deux bombes opérationnelles. Ordre est donné : on ne les bombarde plus, elle doivent rester vierges de toutes destructions pour mieux tester l'efficacité de
l'arme nouvelle.
La première bombe surnommée "Little Boy" est amenée sur la base
de Tinian et est chargée dans un bombardier "super forteresse' B-29 : "Enola Gay" en fin d'après midi du 5 août. Les avions de reconnaissance qui surveillent les conditions
météo sur le Japon annoncent que parmi les villes objectifs seule Hiroshima ne sera pas sous les nuages. Le feu vert est donné, la cité devient dès lors la cible du bombardier qui
décolle à 2 h 45 du matin accompagné de deux autres avions chargés d'appareils de mesure et de caméras. L'escadrille ne rencontre aucune résistance et à 8h15, le 6 août, larguent la
bombe de 3 m de long et de 4,4 tonnes qui explose à 600 métres au dessus du centre
d'Hiroshima. (photo de l'explosion prise par les avions
d'escorte d'Enola Gay)
La bombe est de 15 kilotonnes. Une bulle de gaz de 300 m. d'une température de 4000° rase la ville. 60% de
celle-ci est détruite. 80 000 morts, 70 000 blessés. Le souffle est terrible et enflamme tout sur son passage dans un rayon de 2km. Il est suivi par la radiation qui va
venir empoisonner le site et provoquer dans les mois et les années qui suivent de dizaines de milliers de victimes supplémentaires.
Le 7 août les Soviétiques réagissent après avoir fait traîné les choses et déclarent la guerre au Japon.
Ils attaquent par le Nord en juillet et envahissent la Mandchourie, une partie de la Corée et l'île de Sakhaline
Le 9 août, second bombardement, sur Nagasaki avec cette fois-ci "Fat Man" une bombe au plutonium similaire à celle de "Trinity". 20 000 morts immédiats, 50 000 dans les mois qui
suivent. Les mêmes spectacles de désolation. Le Japon capitule sans condition, le 15 août.
L'utilisation de la bombe était elle nécéssaire
? Avec le recul, la réalité de la puissance militaire japonaise a été largement surévaluée et la capitulation de l'archipel était inévitable. Mais la volonté de
terminer la guerre au plus vite et la peur de voir les soviétiques s'emparer de l'Asie ont poussé Truman à agir. Ce président non élu, devait aussi montrer sa détermination au
peuple américain avant les nouvelles élections.
Mais l'emploi de cette arme marque aussi l'entrée dans une nouvelle ère. Celle où l'Homme peut se détruire lui même avec la bombe. Le fantôme des deux villes détruites va
demeurer jusqu'à nos jours une marque indélébile. Les victimes
brûlées ou irradiées resteront marquées à vie et vont traumatiser le Japon et frapper l'opinion publique. Parmi les nombreuses oeuvres qui parleront
de cette tragédie, l'histgeobox évoque 2 chansons : "Enola Gay"
d'Orchestral Manoeuvre in the Dark ou "Il était une ville" de Claude Nougaro qui rappellent le souvenir des
bombements atomiques.
Les Américains ne resteront pas longtemps seuls détenteurs de ce nouveau pouvoir. La donne a changé à la fin de la guerre et les anciens alliés se regardent désormais avec méfiance. Les
Soviétiques vont vouloir à leur tour obtenir rapidement la maîtrise de l'atome, ce sera l'objet de la troisième partie de cette étude : l'équilibre de la
terreur.
En plus des sources déjà citées dans la première partie, on pourra pour en savoir plus visiter le
site en ligne du mémorial de Caen sur les bombardements atomiques, toujours extrêmement riche et documenté. On peut aussi aller voir ce site historique sur l'aviation qui revient en détail sur les bombardements
atomiques.
Et pour terminer une émission de M6 résumant (de façon un peu schématique) le projet Manhattan.
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