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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 15:19

Pour retrouver la première partie de ce dossier.

Le 2 août 1939, le président Roosevelt reçoit
une lettre signée du prestigieux physicien Albert Einstein qui le met en garde contre les recherches effectuées par les Allemands dans le domaine de la recherche atomique et l'enjoint de lancer l'Amérique à son tour dans l'aventure nucléaire. Cette lettre est en fait écrite par un autre physicien, le juif hongrois Léo Szilard qui cherche à mobiliser les alliés contre la menace nazie et convainc Einstein, dont la célébrité est immense, de signer cet appel au président américain. Une lettre qu'Einstein regrettera quelques années plus tard, lorsqu'il verra la bombe atomique utilisée.


La première page de la lettre envoyée par Einstein à Roosevelt

Les Etats-Unis, rappelons le, se tiennent alors à l'écart des troubles qui agitent le vieux continent et sont plus inquiets de la grande dépression née de la crise de 29 que des bruits de bottes en Europe ou en Asie. Lenteurs administratives oblige, cette lettre ne parvient au président Roosevelt qu'en septembre 39, alors que les troupes allemandes déferlent en Pologne. Il concède d'abord une aide financière plutôt timide aux travaux d'Enrico Fermi, prix Nobel italien réfugié à Chicago, pour concevoir une pile atomique. Mais c'est l'attaque japonaise sur la base de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941 qui jette les Etats-Unis dans la guerre et va décider le président américain à agir.

Le 16 décembre 1941, à la demande de celui-ci, le conseiller scientifique de Roosevelt, Vennevar Bush (qui sera plus tard l'un des inventeurs d'internet) met en place un programme de recherche nucléaire colossal : le projet Manhattan. Et pour rattraper le retard on met les moyens. On débloque d'énormes crédits : le projet global coûtera la somme de 2 milliards de dollars de l'époque (on pourrait multiplier par huit pour avoir un équivalent actuel). 130 000 personnes sont affectées aux recherches dont des milliers de chercheurs et d'ingénieurs (20 Prix Nobel ou futurs Prix Nobel en font partie), la fine fleur des physiciens européens qui ont fuit le nazisme. A partir de 1942, les Britanniques qui avaient repris les recherches françaises, mettent celles-ci au service du projet américain. Le tout est confié pour la partie militaire au bouillant Général Leslie Groves ( à gauche sur la photo) et pour la partie scientifique à Julius Robert Oppenheimer (à droite), physicien capable de coordonner les efforts des nombreux savants liés au projet.

4 villes vont jaillir de terre pour accueillir dans le plus grand secret les différents centres de recherches. Un énorme réacteur est bâti à Oak Ridge au Tennessee pour produire l'uranium 235 nécessaire mais le site principal de recherche, appelé "site Y", se trouve dans le désert du Nouveau Mexique, à Los Alamos. C'est aussi dans le désert du Nouveau Mexique, à Almogordo que vont être effectués les premiers essais d'explosion atomique.

Les recherches, même avec les énormes moyens déployés sont longues et le projet n'abouti véritablement qu'au printemps 1945. La situation militaire a changé.  En Europe, la certitude de la capitulation allemande est réelle. Par contre le Japon est loin d'être tombé. Après les accords de Yalta, Roosevelt a négocié avec Staline la participation soviétique à l'effort militaire contre Tokyo dès que la guerre s'achève en Europe. Le 12 avril 1945, Franklin Roosevelt meurt et laisse la place à son vice-président
Harry S. Truman. Celui-ci se méfie beaucoup plus des Soviétiques et aimerait accélérer les choses dans le Pacifique pour éviter de voir les soldats de l'armée rouge se répandre en Asie comme ils le font en Europe Orientale. Mais, même s'il n'est plus en état de gagner la guerre, le Japon reste encore dangereux. L'archipel proprement dit est une forteresse bien défendue. Les américains ont beau déverser 40000 tonnes de bombes par mois sur les villes japonaises, la détermination nippone reste forte. Désespérés, les Japonais ont mis en place des escadrilles d'avions suicides, les "kamikazes" (vent divin) qui, chargés d'explosifs, se jetent sur les bateaux de guerre américains. De même lorsque les G.I. ont débarqués sur l'archipel d'Okinawa, le seul territoire japonais dont ils ont pu s'emparer, ils se sont heurtés à une résistance acharnée et meurtrière qui a duré trois mois. Les populations civiles endoctrinées par la propagande préférant parfois se jeter depuis les falaises plutôt que de tomber entre les mains de l'ennemi. Pour les experts américains, si pour défendre leur sol national les japonais affichent la même opiniâtreté qu'à Okinawa, le projet "Downfall" de débarquement et d'invasion du Japon sur le modèle du débarquement en Normandie pourrait coûter la vie à 500 000, peut-être un million de soldats alliés. Des chiffres catastrophistes probablement exagérés volontairement par un état-major désireux de voir la bombe utilisée.

Devenu par la force des choses président, Truman découvre l'existence du projet secret "Manhattan" dont il ignorait tout jusqu'alors. Cette arme nouvelle l'enthousiasme. D'autant qu'elle pourrait permettre de gagner la guerre rapidement, sans avoir besoin des Soviétiques.

Le 16 juillet 1945, à 5 heures du matin le premier essai atomique "Trinity" à lieu à Amogordo sous le regard des responsables de l'opération, militaires et scientifiques, réunis dans un bunker à 8 km du "point zéro", le centre de l'explosion.

 

"La région entière s’illumina sous une lumière éblouissante bien des fois supérieure en intensité à celle du soleil en plein midi. C’était une lumière dorée, pourpre, violette, grise, bleue. Elle éclairait chacune des crevasses, chacune des crêtes des montagnes voisines… Trente secondes plus tard, on entendit l’explosion. Le déplacement d’air frappa violemment les gens et puis, presque immédiatement, un coup de tonnerre assourdissant, terrifiant, interminable suivit, qui nous révéla que nous étions de petits êtres blasphémateurs qui avaient osé toucher aux forces jusqu’alors réservées au Tout-Puissant" Témoignage du général Farrell , témoin de l'explosion



Beaucoup d'entre eux réalisent à ce moment l'ampleur de l'arme qu'il ont créé
dont Oppenheimer, passionné de culture hindoue qui murmure "Maintenant je suis Shiva le destructeur des mondes"  ou son adjoint Bainbridge qui annonce plus simplement " A partir de maintenant, nous sommes tous des fils de putes… ".

L'explosion a été doublée par  celle de 100 tonnes de dynamite de manière à comparer l'arme atomique aux armes traditionnelles. "Trinity " équivaut à 20 000 tonnes de dynamite soit 20 kilotonnes. On calculera ainsi la force des armes nucléaires.

Truman, lui, est déjà en Europe où il doit rencontrer Churchill et surtout Staline pour la conférence de Potsdam qui doit avoir lieu le 17 juillet. Il reçoit la confirmation de la réussite du test. Cela va lui permettre de négocier avec les Soviétiques en position de force car il peut désormais gagner sans eux contre le Japon. Ce qu'il ignore c'est que Staline est déjà largement au courant du projet Manhattan et que les services secrets soviétiques ont noués des contacts avec de nombreux savants atomistes impliqués dans l'affaire. Nous en reparlerons d'ailleurs dans la troisième partie.

Maintenant que la bombe est une réalité, reste à l'utiliser... ou pas pour faire plier le Japon. De nombreux scientifiques ayant participé au projet mettent en garde contre l'emploi d'une arme d'une telle puissance, la menace est en elle même suffisante, pas besoin de passer à l'acte. Mais d'autres, dont le general Groves sont impatients de voir la bombe à l'oeuvre sur le champ de bataille et pressent Roosevelt de passer à l'acte. On ne peut pas avoir dépensé deux milliards de dollars pour créer l'arme ultime et ne pas l'utiliser. L'opinion publique américaine chauffée par la propagande antijaponaise pendant la guerre ("Remember Pearl Harbor" comme le rappelle cette affiche pour les emprunts de guerre) veut voir ses boys rentrer au pays au plus vite et le Japon vaincu par tous les moyens. L'emploi de la bombe finit par avoir gain de cause.

A l'initiative de Churchill, un ultimatum est envoyé au Japon le 26 juillet : s'il ne capitule pas sans condition, il risque "la destruction inévitable et complète des forces japonaises, et, aussi inévitablement, une terrible dévastation de la métropole nippone". Si les Japonais capitulent l'intégrité de l'archipel sera respecté et le gouvernement (dont l'empereur) simplement désarmé et non destitué. Sous la pression des militaires les plus jusqu'au boutiste, le gouvernement impérial refuse.

Le Japon est alors sous un déluge constant de bombes "classiques" et non moins meurtrières. Du 9 au 10 mars des raids massifs sur Tokyo ont fait 100 000 morts soit plus qu'Hiroshima. A Washington, on s'interroge et plusieurs options sont envisagées. Faire un tir de démonstration sur une île déserte ? Pas assez menaçant. Prévenir les Japonais du choix de l'objectif pour leur permettre d'évacuer les lieux ? C'est aussi risquer que les Japonais puissent se defendre et abattre l'avion transportant la bombe, voir puisse placer des prisonniers sur le site. Larguer la bombe sur Tokyo ? Trop extrême et comment négocier une capitulation si on tue tout le gouvernement nippon... Reste alors à choisir  des villes secondaires pour montrer aux Japonais la détermination américaine et les faire céder. 5 villes sont choisies : Kokuro, Hiroshima, Niigata, Nagasaki (qui remplace Yokohama d'abord envisagée mais trop proche de Tokyo) et Kyoto (cette dernière sera vite abandonnée car c'est une capitale religieuse au patrimoine unique). Il vaudrait d'ailleurs mieux que les japonais cèdent rapidement, car il n'y a en fait que deux bombes opérationnelles. Ordre est donné : on ne les bombarde plus, elle doivent rester vierges de toutes destructions pour mieux tester l'efficacité de l'arme nouvelle. 

La première bombe surnommée "Little Boy" est amenée sur la base de Tinian  et est chargée dans un bombardier "super forteresse' B-29 : "Enola Gay" en fin d'après midi du 5 août. Les avions de reconnaissance qui surveillent les conditions météo sur le Japon annoncent que parmi les villes objectifs seule Hiroshima ne sera pas sous les nuages. Le feu vert est donné, la cité devient dès lors la cible du bombardier qui décolle à 2 h 45 du matin accompagné de deux autres avions chargés d'appareils de mesure et de caméras. L'escadrille ne rencontre aucune résistance et à 8h15, le 6 août, larguent la bombe de 3 m de long et de 4,4 tonnes qui explose à 600 métres au dessus du centre d'Hiroshima.
 (photo de l'explosion prise par les avions d'escorte d'Enola Gay)

La bombe est de 15 kilotonnes. Une bulle de gaz de 300 m. d'une température de 4000° rase la ville. 60% de celle-ci est détruite. 80 000 morts, 70 000 blessés. Le souffle est terrible et enflamme tout sur son passage dans un rayon de 2km. Il est suivi par la radiation qui va venir empoisonner le site et provoquer dans les mois et les années qui suivent de dizaines de milliers de victimes supplémentaires.


Le 7 août les Soviétiques réagissent après avoir fait traîné les choses et déclarent la guerre au Japon. Ils attaquent par le Nord en juillet et envahissent la Mandchourie, une partie de la Corée et l'île de Sakhaline

Le 9 août, second bombardement, sur Nagasaki avec cette fois-ci "Fat Man" une bombe au plutonium similaire à celle de "Trinity". 20 000 morts immédiats, 50 000 dans les mois qui suivent. Les mêmes spectacles de désolation. Le Japon capitule sans condition, le 15 août.

L'utilisation de la bombe était elle nécéssaire ? Avec le recul, la réalité de la puissance militaire japonaise a été largement surévaluée et la capitulation de l'archipel était inévitable. Mais la volonté de terminer la guerre au plus vite et la peur de voir les soviétiques s'emparer de l'Asie ont poussé Truman à agir. Ce président non élu, devait aussi montrer sa détermination au peuple américain avant les nouvelles élections.

Mais l'emploi de cette arme marque aussi l'entrée dans une nouvelle ère. Celle où l'Homme peut se détruire lui même avec la bombe. Le fantôme des deux villes détruites va demeurer jusqu'à nos jours une marque indélébile. Les victimes brûlées ou irradiées resteront marquées à vie et vont traumatiser le Japon et frapper l'opinion publique. Parmi les nombreuses oeuvres qui parleront de cette tragédie, l'histgeobox évoque 2 chansons : "Enola Gay" d'Orchestral Manoeuvre in the Dark ou  "Il était une ville" de Claude Nougaro qui rappellent le souvenir des bombements atomiques.

Les Américains ne resteront pas longtemps seuls détenteurs de ce nouveau pouvoir. La donne a changé à la fin de la guerre et les anciens alliés se regardent désormais avec méfiance. Les Soviétiques vont vouloir à leur tour obtenir rapidement la maîtrise de l'atome, ce sera l'objet de la troisième partie de cette étude : l'équilibre de la terreur.

En plus des sources déjà citées dans la première partie, on pourra pour en savoir plus visiter le site en ligne du mémorial de Caen sur les bombardements atomiques, toujours extrêmement riche et documenté. On peut aussi aller voir  ce site historique sur l'aviation qui revient en détail sur les bombardements atomiques.

Et pour terminer une émission de M6 résumant (de façon un peu schématique) le projet Manhattan.

 

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 14:42

Après une petite absence due à de nombreuses copies à corriger, voici le début d'une série d'articles qui feront le lien entre les programmes de première et de terminale, autour de l'un des "objets" les plus symboliques de ses 60 dernières années : la bombe atomique.


Lorsque le 6 août 1945, la ville japonaise d'Hiroshima est reduite en cendres par une bombe atomique de 4 tonnes, "little boy", le monde découvre qu'il vient de basculer dans l'ère nucléaire. Le second conflit mondial s'achève avec cette arme nouvelle qui frappe l'opinion par son pouvoir de destruction.


Si le sentiment dominant est la joie de voir se terminer la guerre, certains, encore peu nombreux, réalisent que cette arme nouvelle marque un changement radical pour l'humanité. Voici ce qu'écrit Albert Camus au lendemain de Nagasaki. "Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous, nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques."


Mais qu'est ce qu'une bombe atomique ? Quelques données techniques pour comprendre ce que c'est et pourquoi il n'est (heureusement) pas si facile de fabriquer une arme nucléaire. Pour faire simple, le principe de cette arme  consiste à provoquer un choc dans une masse d'uranium ou de plutonium (les éléments parmi les plus lourds du tableau des éléments chimiques) pour en faire éclater la structure atomique. Un neutron cassant le noyau d'un atome qui projette à son tour des neutrons allant briser les atomes voisins et ainsi de suite dans une formidable réaction en chaîne libérant une énergie colossale. De quoi générer une gigantesque explosion. Si on sait contrôler cette réaction, on peut aussi l'utiliser pour produire de l'énergie dans les centrales.

Si le principe est simple en apparence, la technologie pour le mettre en oeuvre est, elle, extraordinairement complexe et a mobilisé d'énormes moyens en savants et en matériel. Des recherches tellement compliquées et sensibles que celles des premières bombes atomiques lancées en 1945 sont toujours "secret défense" aux Etats-Unis. Deuxième problème, cette arme nécessite des combustibles rares. De l'uranium, qui se trouve en faible quantité ou du plutonium, encore plus puissant, mais qui n'existe pas à l'état naturel et doit être fabriqué à partir d'uranium. Les gisements sont donc peu nombreux et étroitement surveillés. De plus, avant d'avoir un matériau utilisable, il faut le traiter et le raffiner, ce qui nécessite là encore des technologies très compliquées et d'énormes investissements financiers. Tout cela explique pourquoi il est non seulement difficile et très coûteux de fabriquer une bombe mais aussi pourquoi il n'est pas évident de cacher qu'on en fabrique une, dans un monde où les transferts d'uranium, de personnels qualifiés ou de technologies de raffinage sont étroitement surveillés.

                                        Little boy, la première bombe atomique

Les premiers projets concernant la fission nucléaire remontent aux années 30. Des scientifiques allemands dont Max Plank et Otto Hahn sont même précurseurs dans le domaine.  Avec l'arrivée du nazisme en Allemagne, la communauté scientifique s'inquiète : l'idée d'en faire une arme commence à se faire jour. Albert Einstein est le premier en 1933 à souligner le risque de laisser de telles recherches entre les mains des nazis. Il n'est d'ailleurs pas le seul à se rendre compte du danger car plusieurs savants juifs comme Otto Fritz ou Rudolph Peierls quittent précipitamment l'Allemagne après le début des persécutions. Les nazis réorganisent la science allemande pour l'aryaniser. La physique considérée comme particulièrement "enjuivée" est largement épurée par le nouveau régime. Même pour les savants non-juifs l'inquiétude grandit, la communauté scientifique allemande est alors divisée, certains restent en Allemagne et rentrent dans l'appareil d'état, d'autres partent vers la France, la Grande Bretagne ou les Etats-Unis. Même chose en Italie avec le prix Nobel Enrico Fermi (dont la femme est juive) qui préfère quitter son pays plutôt que de devoir collaborer avec l'effort de guerre allemand. Paradoxe, tous ces savants manqueront cruellement à la recherche nazie et aideront les alliés à mettre au point la bombe, là où les Allemands qui comptaient avant la guerre quelques uns des plus grands physiciens mondiaux échoueront... Si le nazisme n'avait pas été antisémite, aurait-il eu le premier la bombe atomique ?

Pour en terminer sur la bombe allemande, abordons une question qui n'est pas tout à fait tranchée : ceux-ci sont-ils arrivés à produire une bombe atomique les premiers ? Les scientifiques allemands enrôlés dans l'effort de guerre ont souvent prétendu après la guerre qu'ils avaient volontairement ralentis les travaux par antinazisme. Les luttes de pouvoir entre ceux-ci pour gagner les faveurs du Führer et les meilleurs budgets auraient aussi considérablement freiné les physiciens. Le projet atomique jugé coûteux et peu crédible, n'était pas prioritaire pour Hitler et Goering qui misaient davantage sur la création des missiles ou des avions à réaction et n'accordérent de crédit à ces recherches qu'à la toute fin de la guerre. D'autant que l'Allemagne ne disposait que de très peu d'uranium et que l'usine de production norvégienne d'eau lourde, modérateur indispensable pour contrôler la fission,  fut détruite par l'action conjointe des Britanniques et de la Résistance locale. Il n'empèche qu'après la capitulation, de nombreux savants nazis furent récupérés par les américains, les soviétiques (et parfois aussi les français) et furent intégrés aux programmes de recherche respectifs de ces pays. (photo : les américains inspectant un réacteur allemand non encore opérationnel à la fin de la guerre.) 

La question a été relancée en 2005 dans un livre passionnant et controversé de l'historien allemand Reiner Karlsch
"la bombe d'Hitler" qui avance l'existence d'une expérience menée en février 45 : une explosion radioactive dans une île du Nord de l'Allemagne avec des prisonniers russes comme cobayes. Les résultats auraient été jugés insuffisamment prometteurs pour aller plus loin, d'autant que l'uranium manquait. Une thèse semble t-il corroborée par une étrange radioactivité résiduelle sur le site supposé de l'explosion. Rumeur, vraie bombe atomique ou simple bombe classique garnie d'éléments radioactifs ? D'après Karlsch les Soviétiques auraient récupéré à la fin de la guerre tous les documents (dont un mystérieux film) concernant ce projet. Le mystère demeure.

Dernier point étonnant alors que Berlin tombait, les allemands tentérent d'envoyer à leurs alliés japonais leurs dernières réserves d'uranium, le Japon ayant commencé sans trop y croire des recherches nucléaires à la fin de la guerre. Mais l'équipage du sous-marin U-234 qui devait transporter le minerai (ainsi que les plans d'avions à réaction) apprenant en chemin la capitulation de l'Allemagne préféra se rendre aux américains...

Autre pays très avancé dans ces recherches : la France. Sans la guerre, elle avait tous les atouts pour créer la bombe la première.  Des scientifiques français menés par Frederic Joliot-Curie (que l'on voit à gauche sur la photo accompagné de ses deux collaborateurs Hans Von Halban et Lew Kowarski) et suivis de près par le ministère de la défense  imaginent de bombarder de l'uranium pour provoquer une réaction en chaîne. Surtout quand ils apprennent que de leur côté les Allemands ont lancé eux aussi un programme de recherche similaire. Pour contrôler ce processus, il faut un modérateur, qui maintient la stabilité de l'ensemble. A l'époque, on pense à l'eau lourde (une eau dont les atomes d'hydrogène contiennent un neutron de plus que la normale et sont donc des isotopes nommés deutèrium). Or la seule usine produisant de l'eau lourde se trouve en Norvége et ne peut  fabriquer que des quantités réduites de cet élément. La France achète prudemment toutes les réserves disponibles et se lance en 1939 dans des expériences pratiques qui progressent rapidement, obtenant les premières réactions en chaîne contrôlées...

L'invasion allemande de 1940 met brutalement un terme à ces recherches. Les stocks d'eau lourde sont expédiés en urgence à Londres accompagnés de plusieurs membres de l'équipe de Joliot-Curie. Les Britanniques jusqu'alors s'étaient peu intéressés à ce domaine de la physique. L'arrivée de savants exilés, notamment allemands et français, accompagnés de 187 litres d'eau lourde les pousse à mettre en place un projet de recherche secret à Cambridge chapeauté par l'australien Mark Olyphant. Malgré des réussites (la première synthèse du plutonium notamment), le Royaume-Uni asphyxié par les bombardement du blitz allemand n'a plus les moyens techniques et financiers de mener les énormes travaux de recherche sur la bombe. C'est pourquoi à partir de 1942, la Grande Bretagne offre tous ses moyens scientifiques aux Etats-Unis qui viennent de se lancer dans l'aventure .

Ce sera le projet Manhattan, lancé le 16 decembre 1941 par la président Roosevelt après l'attaque de Pearl Harbor que nous verrons dans la seconde partie de cette étude.

Sources : "Hiroshima -Nagasaki" R. Oberlé -S. Woelffel - N Aida
"La Bombe atomique" C. Demas

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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 12:02

A la fin de la seconde guerre mondiale, la nécessité d'avoir un moyen d'éviter les futurs conflits en favorisant la diplomatie sur l'usage de la force parait évidente. C'est pourquoi d'avril à juin 45 se tient à San Francisco une grande conférence réunissant 51 pays où est votée à l'unanimité la Charte des Nations Unies instituant la création d'une assemblée mondiale où tous les pays du monde seront représentés : l'Organisation des Nations Unies.


«L'ONU n'a pas créé le paradis, mais elle a évité l'enfer», dira d'elle son deuxième secrétaire général, le Suédois Dag Hammarskjöld...


L'idée n'est pas nouvelle et succède à une première tentative d'organisme international, la "Société des Nations", basée à Genève et créee à la fin de la 1ère guerre mondiale par le président américain Wilson pour régler les conflits par la discussion plutôt que par la force. Hélas, ne disposant d'aucun moyen pour faire respecter son autorité et ses décisions, il fut vite impuissants face aux provocations guerrières d'un Mussolini ou d'un Hitler.

Avec la seconde guerre mondiale, l'idée de refaire une grande assemblée mondiale permettant de faire respecter le droit international mais disposant cette fois-ci d'un peu plus de moyens fait son chemin chez les alliés, notamment Roosevelt et Churchill qui se rencontrent en 1941 et signent la" Charte de l'Atlantique" dont les principes fondamentaux sont de condamner nommément le nazisme ainsi que toute politique d'expansion militaire, tout en garantissant aux peuples le droit de disposer d'eux même et en favorisant à la fois la liberté des échanges et le partage des matières premières.

Cette charte sert de base à l'établissement en 42 d'un nouveau texte, la "Déclaration des Nations Unies" où les pays alliés, et notamment l'URSS et la Chine, s'engagent non seulement à rester unis dans l'effort de guerre mais aussi à garantir la paix une fois l'Allemagne et le Japon vaincus.

Dès lors l'idée d'une grande assemblée commune fait  son chemin et lors d'une conférence à Dumbarton Oaks dans la banlieue de Washington à l'automne 44, les representants des Etats-Unis, du Royaume Uni, de l'URSS et de la Chine mettent en place les grandes lignes de ce que sera cette future assemblée et notamment le Conseil de Securité qui doit pouvoir agir vite et permettre aux grandes puissances vainqueurs de conserver un poids prépondérant. La France bien que battue par l'Allemagne et non invitée à Dumbarton Oaks finit par obtenir, grace à l'action de Georges Bidault ministre des affaires étrangères du Gouvernement Provisoire de la République Française, un siège de membre permanent à ce conseil de Sécurité.

Cette conférence fait l'objet d'une vaste campagne de publicité en Grande Bretagne et aux Etats-Unis pour vendre le projet aux électeurs, notamment américains pas toujours très favorables à l'idée d'un grand "gouvernement mondial".

Dès lors que la victoire des alliés est certaine peut commencer la Conférence de San Francisco en avril 45 où se réunissent 51 pays pour débattre et enteriner (non sans de nombreuses discussions et modifications) du projet de la charte des Nations Unies.

"Nous, peuples des Nations Unies, résolus,

 à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances,

 à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites,

 à créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international,

 à favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande,

et à ces fins

 à pratiquer la tolérance, à vivre en paix l’un avec l’autre dans un esprit de bon voisinage,

à unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales,

à accepter des principes et instituer des méthodes garantissant qu’il ne sera pas fait usage de la force des armes, sauf dans l’intérêt commun,

à recourir aux institutions internationales pour favoriser le progrès économique et social de tous les peuples,

avons décidé d’associer nos efforts pour réaliser ces desseins

En conséquence, nos gouvernements respectifs, par l’intermédiaire de leurs représentants, réunis en la ville de San Francisco, et munis de pleins pouvoirs reconnus en bonne et due forme, ont adopté la présente Charte des Nations Unies et établissent par les présentes une organisation internationale qui prendra le nom de Nations Unies." (Préambule de la charte, source Cliotexte)

On le voit les buts de l'ONU sont simples : maintenir la paix par la diplomatie et si c'est nécéssaire par la contrainte voire la force, développer des relations amicales entre les nations basées sur le respect et l'égalité, favoriser une coopération internationale pour résoudre les problèmes économiques ou sociaux et enfin encourager le respect des droits de l'homme (notamment avec la rédaction d'une Déclaration Universelle des Droits de l'Homme en 1948)


Toutefois l'ONU n'est pas un gouvernement mondial. il ne fait pas de lois, il ne se substitue pas aux gouvernements locaux. L'Etat qui veut y rentrer doit signer la Charte et s'engager à respecter ses principes.

L'Union Soviétique est un peu méfiante envers ce projet qui lui semble un peu trop favoriser le libre échange capitaliste à son goût, le principe de 5 membres permanents du conseil de sécurité possédant un droit de veto fait grincer des dents, l'Afrique et une bonne partie de l'Asie, encore colonisés ne sont pas invités, mais au final après débats et tractations, le vote définitif de la charte et de ses 111 articles  se fait dans l'enthousiasme dans l'enceinte de l'opéra de San Francisco.

                                  Organigramme fait à partir de celui de Wikipedia


Les institutions de l'ONU sont les suivantes:

Une assemblée générale réunissant un représentant de tous les pays signataires sur la base: 1 pays (quelque soit sa taille) vaut 1 voix. Elle délibère et établit des recommandations. Elle élit des organes spécialisés qui vont traiter de questions spécifiques comme le conseil économique et social qui travaille comme son nom l'indique sur les questions touchant à l'économie et au developpement ou la Cour Internationale de Justice (établi à La Haye au Pays Bas) qui doit régler les litiges entre états. C'est aussi une tribune où hommes d'états et représenatnts de mouvements politiques, religieux  ou sociaux peuvent s'exprimer devant le monde entier.

Elle élit pour 5 ans un Secrétaire Général, (de nos jours le sud-coréen Ban Ki Moon), généralement un diplomate chevroné, qui n'a aucun pouvoir de décision mais va être son porte-parole et la représenter sur le terrain.

Mais le vrai pouvoir est entre les mains du Conseil de Sécurité qui décide des sanctions à appliquer contre ceux qui ne respectent pas les régles internationales: avertissements, embargos économiques voir l'envoi d'une force armée qu'à partir de 1956 et
de la Crise de Suez on appelera "les casques bleus". Entorse évidente au principe d'égalité prôné par l'ONU, au sein de ce conseil les 5 grands vainqueurs (Etats-Unis, URSS (puis Russie à partir de 1991), Chine, Royaume Uni et France) disposent d'un siège permanent et surtout d'un droit de veto qui peut permettre de bloquer toute décision de l'ONU.

A cela il faut ajouter un grand nombre d'institutions spécialisées, dépendant de l'ONU, qui vont mener des missions précises autour d'un thème. Citons l'Organisation Mondiale de la Santé, qui developpe campagnes de vaccination et accés aux soins pour les pays pauvres,
l'Organisation Mondiale du Commerce, qui cherche à promouvoir le libre-échange économique, l'Organisation des Nations Unis pour l'Education, la Science et la Culture (UNESCO) qui aide au développement ou encore la méconnue Organisation de l'Aviation Civile Internationale qui va mettre en place de régles communes pour harmoniser le transport aérien.

L'ONU s'installe à New York à partir de 1950 sur un territoire de 7 hectares qui devient neutre et international. C'est une énorme "ruche" remplie de diplomates et de traducteurs. Mais si son action est importante d'un point de vue économique et social, son action politique est rapidement paralysée par la guerre froide.

En effet à partir de 1947, la grande alliance issue de la guerre est bien morte. URSS et Etats-Unis vont régulièrement utiliser leur droit de veto pour protéger leurs intêrets. de même dès qu'on commence à parler de décolonisation, la France et la Grande Bretagne menacent de dégainer le leur.

Le texte intégral de la Charte peut se retrouver sur le site de l'ONU, même sans lire les 111 articles, le reclassement par thématique permet de comprendre les grands axes du projet onusien.

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 11:34


Pour terminer cette partie introductive que nous venons de traiter, quelques pistes sur d'autres blogs pour compléter. N'oubliez pas tout d'abord sur le blog par lui même d'aller voir les ressources ES/L (lien dans la rubrique "les indispensables" sur le coté de la page d'accueil).

Des propositions de plans de cours bien illustrés sur deux très bons blogs qui vont rejoindre la liste sur le côté
Carl du lycée Dessaignes de Blois
G. Hoibian au lycée Van Dongen de Lagny sur Marne.

Un autre plan sur le toujours incontournable:
Jardin des Retour d'Hugo Billard

Pour approfondir sur certains points l'histgeobox revient sur les bombardements atomiques au travers d'une chanson de
Claude Nougaro: "Il y avait une ville"

Deux articles excellents sur le Bricabraque

La conférence de Yalta.

La conférence de Potsdam.


J'en profite pour vous remettre les 2 cartes vues en cours et qui illustre les bouleversement de l'Europe après 45, issues du site de l'académie de Reims :



Et enfin pour réviser vos connaissances avec un quizz : Le Monde en 45
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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 00:00

Lors de la conférence de Potsdam, réunie en juillet 45, les vainqueurs de la guerre décident du sort à appliquer à l'Allemagne nazie.  Celle-ci doit être démilitarisée avec interdiction de reconstituer une armée offensive, décartellisée pour briser ses grandes entreprises industrielles (option rapidement oubliée lorsque la perspective de la guerre froide fera de la reconstruction allemande une priorité), décentralisée pour briser son nationalisme et surtout dénazifiée.

En effet la découverte des horreurs réelle du nazisme va faire prendre conscience aux vainqueurs qu'il ne s'agit pas là d'un régime nationaliste comme un autre.

Il faut extirper une idéologie qui a eu douze ans pour s'enraciner dans l'esprit des allemands et rééduquer un peuple vers la démocratie.


               Les américains transforment une "rue Adolf Hitler" en "rue de la gare"

Première étape nettoyer l'Allemagne de ses anciens nazis. Les alliés établissent une liste de 178 000 nazis à arrêter pour décapiter ce qu'il reste de l'appareil d'état hitlérien en Allemagne. Dans le même temps se mettent en place les moyens de juger les dignitaires survivants, et en premier lieu le procès de Nuremberg accompagné par un série d'autres concernant des seconds couteaux tout aussi compromis dans les crimes du régime.

Pour le reste des anciens nazis de rangs plus secondaires, ceux qui ne s'enfuient pas ou qui ne partent pas directement en prison vont se voir interdire l'exercice de tout poste à responsabilité dans les quatre zones d'occupation en Allemagne.


            
                                                              (souce :encarta)


Rapidement les autorités alliées se retrouvent face à un paradoxe. Quasiment toutes les élites allemandes, industriels, politiques, magistrats, professeurs, artistes ont collaborés de plus ou moins bon gré avec le régime hitlérien. Les véritables résistants allemands anti nazis sont une minorité comme Konrad Adenauer (ancien maire antinazi de Cologne et futur premier ministre de la nouvelle Allemagne Fédérale) et sont trop peu nombreux pour pouvoir gérer le pays à eux tout seuls.

Les alliés vont réagir à ce problème de façon variée. Français et Britanniques, après avoir épurés les principaux responsables vont utiliser industriels et ingénieurs, même anciennement encarté au parti nazi, pour relancer la machine économique allemande qui peut rembourser les dégâts de la guerre. Et au passage récupérer aussi pas mal de cerveaux dans la grande pêche aux savants allemands qui a lieu après la guerre

Les américains vont mettre en place un  système de notation administrative du niveau d'implication des suspects dans l'appareil nazi de "criminel majeur" à "suiveur" avec interrogatoire des personnes pour déterminer leur degré de foi dans le nazisme. Mais débordés par la tache et se concentrant de plus en plus sur la menace communiste, ils vont laisser filer un bon nombre d'anciens bourreaux qui arriveront à se faire passer pour de modestes suiveurs un peu trop crédules. La plupart essayent désormais de se faire oublier mais un certain nombre, plus opportunistes, se mettent  aussitôt au service des vainqueurs, généralement en dénonçant d’anciens camarades plus mouillés qu’eux. C’est ainsi qu’un certain nombre d’anciens membres du parti nazi vont proposer leurs services, aussi bien aux américains qu’aux soviétiques, selon les circonstances. 

                                              Soldats soviétiques enlevant l'enseigne d'un bureau du parti nazi

De gros poissons arrivent à se reconvertir comme Klaus Barbie, chef de la gestapo lyonnaise,  tortionnaire de Jean Moulin qui met ses compétences de flic au service des dictatures pro-américaines d’Amérique latine, ou encore Otto Skorzeny, véritable héros du régime après avoir délivré Mussolini capturé par les partisans italiens, qui loua ses services militaires à l’Espagne franquiste ou à l’Egypte. On pourrait parler de Werner Von Braun créateur des fusées V1 et V2 qui bombardèrent Londres, catapulté par les américains directeur de leurs recherches spatiales. Ou encore de Reinhardt Gehlen, général des services secrets allemands pendant la guerre qui offre aux américains toutes leurs archives sur les activités soviétiques et l’aide des réseaux implantés en Europe de l’Est par les nazis. En remerciement de ses talents, il devint le chef du BND, les services de renseignements ouest-allemands, jusqu'en 1968


Les soviétiques eux vont plus pragmatiquement installer le communisme dans leurs zones, affirmant très vite qu’ils ont extirpé le nazisme d’Allemagne Orientale et accusant les occidentaux de protéger les anciens criminels de guerre. Ils ne vont pourtant pas non plus se gêner pour recruter massivement savants et anciens responsables nazis comme Helmut Grottrup, ancien assistant de Von Braun, pour concevoir le programme spatial soviétique En effet beaucoup d’anciens nazis vont se reconvertir dans le nouveau régime d’Allemagne de l’Est, la possession par les soviétiques des dossiers prouvant qu'ils étaient d'anciens SS étant un bon moyen de s'assurer leur fidélité craintive.

 

Au final une loi d’amnistie votée en 1949 en Allemagne Fédérale, renforcée par une seconde loi votée en 1954,  prescrit tous les délits inférieurs à 3 ans liés à l’appartenance au nazisme y compris pour ceux qui se cachent sous un faux nom.

 Après les hommes, reste à rééduquer les esprits. Cet examen de conscience sera plus long mais aussi plus réussi à long terme que la tâche titanesque d’éliminer de la vie publique tout ceux qui, de près ou de loin, avaient trempé dans le nazisme. Les alliés obligent les populations allemandes a se confronter physiquement aux camps et à la déportation, utilisent journaux et cinéma pour conforter le sentiment de faute collective à expier. Devant l’horreur de ses actes, le pays doit se reconstruire en intégrant non seulement la défaite mais aussi sa responsabilité collective, en tant que nation, dans les pires crimes de l’Histoire. Il faudra une génération complète pour changer en profondeur les allemands

Caricature allemande de 1948 sur la dénazification

A l’Est, le communiste triomphe
comme libérateur du nazisme et construit une nouvelle société totalitaire. Dans le même temps dans les trois zones occidentales, il s’agit aussi de faire renaître le sentiment démocratique en encourageant les journaux, les Eglises et le syndicalime et surtout  en contrôlant les programmes scolaires pour réeduquer la jeunesse. Il s’agit de remodeler aussi l’art et d’effacer les traces de l'ancienne idéologie sur les œuvres à la gloire de l’hitlérisme triomphant.

Si à partir des années 50 seul un allemand sur quatre proclame encore avoir une bonne image d’Hitler, l’Allemagne essaye surtout de tourner la page. Elle n’a plus le droit d’avoir d’armée offensive, elle est séparée et occupée. Alors elle se tourne vers le pacifisme, vers l’industrie et la construction européenne pour se reconstruire une identité. Elle cherche à oublier son passé alors qu’elle est l’une des principale victime de la guerre froide. Les nouvelles générations vont développer un rejet violent de cet héritage qui culminera dans les années 70 quand de nombreux jeunes allemands redécouvrant les crimes de leurs pères, se tourneront massivement vers le pacifisme militant, l’écologie et pour certains qui redécouvrent leur histoire familiale, basculeront en réaction dans le terrorisme d’extrême gauche.

 

Enfin la denazification toucha surtout l’Allemagne, l’Autriche engloutie par l’anschluss de 1938 se vit davantage comme une victime que comme un bourreau et fit beaucoup moins son examen de conscience que l’Allemagne. Brièvement occupée en 45-46, elle devint un prospère pays neutre où de nombreux anciens nazis se firent oublier et refirent carrière. Elle aura à son tour un électrochoc de taille lorsque dans les années 80 on découvrira qu’un de ses présidents (et ancien secrétaire général de l’ONU) Kurt Waldheim avait été un Waffen SS ayant participé à des massacres en Yougoslavie.

 

Si de nos jours, le souvenir de la guerre s’estompe et les derniers survivants de cette période disparaissent, il reste encore un poids extrêmement lourd pour l'Allemagne et les révélations de l’engagement dans les organisations de jeunesse hitlérienne de l’écrivain Günther Grass ou du pape Benoit XVI, adolescent pendant la guerre, restent des taches que les allemands évoquent toujours avec difficulté.

 

Source : La dénazification de Marie Bénédicte Vincent - Wikipedia (photo)

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15 octobre 2007 1 15 /10 /octobre /2007 09:25
Le blog a été relativement peu actif  cette semaine mais tel le camarade Alexei Stakhanov je vais tacher d'y remédier rapidement. 
 

Revenons rapidement en arrière (en tout cas pour les TL) avec ce port folio interactif du Monde sur l'emploi de la bombe atomique sur le Japon : Nagasaki 9 août 1945, une bombe controversée


Un extrait d'un documentaire de la BBC sur le bombardement atomique du Japon






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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 23:17

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     Churchill, Truman et Staline au début de la conférence (source U.S. Army)

Quelques documents pour compléter notre étude de cette conférence qui vit le partage de l’Europe :

Cet extrait des actualités de l’époque
disponible sur le site de l’INA montre la mise en place de la conférence. D’autres images, en allemand certes (vous pourrez demander des éclaircissements à Mme Michoud), mais surtout en couleurs…
On est tout sourire devant les caméras mais une fois les négociations commencées, elles sont impitoyables. Témoin cette carte, annotée de la main même de Staline qui détaille les changements de frontières négociés pendant la conférence.

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Cette carte (sur laquelle vous pouvez cliquer pour la voir en grand) est issue d’un formidable blog américain qui recense les cartes rares ou étranges du monde : strange maps

 

Toujours sur le site de l’INA, ce reportage d’époque sur les zones d’occupations françaises en Allemagne. Tournée pour les actualités cinématographique française en 1946 elle illustre trois choses

 

- La volonté d’obtenir des réparations matérielles et financières de l’Allemagne : « L’Allemagne paie ! » claironne le commentaire (on se croirait revenu au temps du traité de Versailles de 1919.)

 

- L’effort fait par la France pour montrer qu’elle fait partie des grandes nations vainqueurs (notamment le final où l’armée française défile à Berlin).

 

- Rééduquer le peuple allemand après le nazisme (d’où la création de journaux, de radios et d’universités sur le modèle français.)

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3 octobre 2007 3 03 /10 /octobre /2007 23:40
Après la capitulation « sans condition » du Japon le 15 août 1945, les alliés décident de juger les responsables japonais sur le modèle de Nuremberg. De mai 1946 à novembre 1948, le tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient composé de 11 pays vainqueurs mais largement dirigé par les Etats-Unis va traduire en justice les dignitaires impériaux japonais. La conquête japonaise de l’Asie et du Pacifique ayant été extrêmement brutale, les prisonniers et les populations civiles ont été traités très durement faisant plusieurs millions de victimes (exécutions sommaires, pillage économique, travail forcé...)

 

28 personnes sont jugées. Ce sont surtout les ministres et les généraux de haut rang qui sont poursuivis dont le premier ministre : le général Tojo à peine remis d’une tentative de suicide après avoir du accepter la capitulation. L’empereur Hiro Hito pourtant souverain suprême du pays n’est pas poursuivi et reste même au pouvoir. Il doit juste renoncer à son caractère divin et accepter une monarchie constitutionnelle, en effet le général Mac Arthur qui commande les forces américaines au Japon craint de voir le pays s’embraser de nouveau si on touche à la figure de l’empereur.

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L'empereur Hiro Hito en habits d'apparats et avec le général Mac Arthur en 45

 

Parmi les principales accusations.

Crime contre la paix : L’invasion de la Chine en 1937 pour conquérir la Mandchourie ou l’attaque surprise de Pearl Harbour et de manière générale le militarisme nippon sont traités comme une volonté délibérée de provoquer la guerre.
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Le premier ministre Tojo lors du procès

Le massacre de Nankin.
Le Japon envahit la Chine du Nord en 1937. Arrivée à Nankin, l’ancienne capitale impériale, l’armée japonaise se livre à un massacre en règle de civils : de 150 000 à 300 000 personnes sont exécutées dans des conditions atroces (femmes violées, hommes suppliciés, enfants enterrés vivants). La ville est mise à sac et brûlée. Le massacre de Nankin sera le seul crime de guerre traité séparément des autres par le Tribunal de Tokyo. Le général Iwane Matsui sera condamné à mort pour ne pas avoir empêché le carnage commis par les troupes placées sous son commandement. C’est resté un sujet de contentieux jusqu’à nos jours entre la Chine et le Japon.
 

Le trafic de drogue comme arme de guerre :
les japonais sont accusé d’avoir organisé un trafic d’opium dans toute l’Asie pour affaiblir la Chine. Effectivement c'est à la cour même de l'empereur que des nobles de haut rang ont pris le contrôle du trafic d'opium, très important en Asie et l'ont utilisé comme moyen "d'abrutir" les forces ennemies (c'est le sujet de l'album de Tintin "Le lotus bleu" dessiné dans les années 30)


L’unité 731. Entre 1936 et 1945, à proximité de Harbin, en Mandchourie, une unité spéciale de l’armée japonaise, sous la direction du général Shiro Ishii, se livra à des expériences de guerre bactériologique et à des vivisections sur plus de trois mille personnes (pour la plupart des civils chinois mais il y eut aussi des prisonniers occidentaux). L’« unité 731 » a mis en pratique certaines de ses découvertes dans la région de Nankin, en propageant des épidémies à travers l’eau des puits. Rapidement évoqué pendant le procès, la question est passée sous silence assez vite. En effet après la défaite, les Américains accordèrent l’impunité au général Ishii en échange du résultat de ses travaux. Plusieurs de ses collaborateurs ont poursuivi des carrières dans de grandes entreprises pharmaceutiques japonaises
 
 
Les femmes de réconfort. Non évoqué lors du procès. La découverte de documents des archives militaires établissant la responsabilité de l’armée dans l’organisation de cette « traite » de 200 000 Asiatiques, en majorité coréennes, destinées aux bordels militaires de l’armée impériale entre la fin des années 1930 et la défaite de 1945, a contraint le gouvernement à reconnaître les faits en 1992. Depuis, les victimes demandent des dédommagements à l’Etat japonais, qui rejette ces requêtes, faisant valoir que la question des indemnités de guerre a été réglée. Une fondation a néanmoins été créée pour leur venir en aide.

L'article de wikipedia qui détaille ce douloureux sujet :


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Le verdict ne retient que 7 condamnations à mort dont Tojo, les autres n’écopant que de peines de prison à perpétuité. Ils seront même libérés au milieu des années 50. Pourquoi une telle mansuétude ? Parce qu’entre temps la donne internationale a changé et que le nouvel ennemi est communiste. Le Japon d’après guerre pourrait être tenté par le modèle soviétique et les américains voient dans la classe dirigeante impériale les garants de la lutte contre la menace communiste. C’est pourquoi les crimes de nombreux anciens dirigeants ont été sciemment oubliés et beaucoup seront repêchés après une petite peine de prison. Ils vont presque tous jouer des rôles importants dans la reconstruction du Japon après guerre et manifester un anticommunisme virulent.
 

Pour compléter, un article du site 39-45.net sur la seconde guerre mondiale qui détaille ce procès

Il n’y eut donc quasiment pas d’épuration au Japon, on est loin de la dénazification allemande. Avec le traumatisme d’Hiroshima et Nagasaki, beaucoup de japonais considèrent que leur pays a d’abord été victime et non responsable de la guerre. Cela n’est pas sans conséquence puisqu’on assiste depuis une dizaine d’année à une relecture par la droite nationaliste japonaise de la guerre, niant les crimes de Nankin ou les femmes de réconfort et glorifiant la conquête japonaise comme une lutte contre les colonisateurs européens ou comme ayant apporté le progrès au reste de l’Asie.
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Un manga révisioniste de Yoshinori Kobayashi. La traduction du texte "Il faut applaudir l’armée japonaise qui a donné une leçon à ces blancs racistes européens et américains qui ont colonisé l’Asie de l’Est et qui considéraient les races colorées comme des singes".


On voit ainsi le premier ministre japonais au temple de Yasukuni, mémorial très contesté car très nationaliste des soldats japonais morts pour la patrie. Des mangas révisionnistes exaltant « le nouvel orgueil » ou les tentatives pour modifier les manuels scolaires parlant des crimes de guerre ont été l'objet de polémiques régulières.

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Le temple de Yasukuni dédiés à tous les soldats morts pour la patrie.


D’où des tensions avec la Chine et la Corée principales victimes de l’expansion japonaise, même si celles-ci se sont parfois aussi servies du souvenir des exactions pour faire pression sur le gouvernement nippon. Ainsi en 2005 des émeutes anti japonaises dénonçant l’impérialisme du pays du soleil levant eurent curieusement lieu dans les grandes villes chinoises au moment où paraissait un manuel scolaire minimisant les atrocités commises par le Japon pendant la seconde guerre mondiale. Cela fragilisa particulièrement le Japon qui était en train de négocier avec l’ONU le droit pour son armée de participer à des interventions hors de son territoire, ce qui lui avait été interdit par la capitulation de 45, ainsi son éventuel accès comme membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU.

Un article relatant ces manifestations antijaponaises

chine-etudiants.jpg
(source RFI)

Comme quoi 60 ans après l’histoire reste un enjeu politique.

(sources : 39-45.net /Encyclopedia Universalis/ RFI /le monde diplomatique et... chut ne le dites pas trop fort, un site sur les jeux vidéo japonais pour trouver l'extrait de manga revisionniste...)

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2 octobre 2007 2 02 /10 /octobre /2007 18:34

Nous avons étudiés avec les TL le procès des dignitaires nazis survivants de novembre 45 à octobre 46. Les Américains voulaient un procès public, les Anglais et les Français défendirent l'idée d'un procès à huis clos, les Russes prônerent l'exécution sommaire et sans procès de 50 000 criminels de guerre. Au final, réunis à San Francisco en juin 45 pour la création de l’ONU, les alliés débattirent aussi de cette question et optèrent en fin de compte pour la première solution. Un grand procès international, entièrement filmé qui permettrait de mettre en lumière les atrocités du régime nazi.

61323nuremberg.jpg

Quelques compléments autour de cette question :


L’INA propose la vision d’un documentaire d’époque de 20 mn sur ce procès. Diffusé en 1947, il garde un ton grandiloquent propre aux actualités du temps et permet aussi de voir l’étendue des dégâts humains et matériels de la guerre comme de comprendre l’état d’esprit des peuples d’Europe au sortir du conflit.

 

Le procès, outre la création du concept de crime contre l’humanité posa les bases de la mise en place d’une justice internationale. De même il définit ces crimes comme imprescriptibles, c'est à dire ineffaçable par le temps : pas d'amnistie ou de prescription possible. Il ne fut pas exempt de critiques notamment autour du droit des vainqueurs à juger les vaincus, comme d'oublier les crimes des alliés pendant la guerre (les massacres ordonnés par Staline, les bombardement des grandes villes de l’Axe ou celles des territoires occupés, l’emploi de la bombe atomique par les américains sur le Japon.)

 

suj-nuremberg.jpg

 

D’autres procès et condamnations concernant des personnalités moins importantes mais tout aussi impliquées dans les exactions nazies (responsables de camps d’exterminations, médecins ayant menés des expériences sur des déportés, industriels ayant soutenus l’effort de guerre.) vinrent compléter celui-ci, même si se posa assez vite la question suivante : jusqu’où arrêter la chasse aux responsables dans un pays où presque tout le monde avait suivi docilement le régime en place. Et puis, où étaient passés les nazis de haut rang qui avaient réussis à fuir l’Allemagne à la fin de la guerre ? Un grand nombre était resté sur place sous de fausses identités, d’autres migrèrent discrètement vers l’Espagne franquiste, l’Amérique latine ou le Proche Orient où leurs compétences très spéciales furent très utiles à certaines dictatures. Nous reparlerons bientôt de ceux-ci et de la chasse aux anciens nazis…

(sources photographiques : United States Holocaust Memorial Museum)

 

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