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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 00:00

A partir de la fin de la seconde guerre mondiale, l'Union Soviétique est présente dans quasiment toute l'Europe de l'Est.  Les troupes de l'armée rouge qui ont vaincu le nazisme sont désormais stationnées de la Pologne à la Bulgarie pour faire face à la menace impérialiste américaine. Les gouvernements des pays libérés basculent progressivement dans le communisme. Parfois dans l'enthousiasme, car les communistes bénéficient du prestige né de la lutte contre l'Allemagne nazie. Mais la plupart du temps en prenant le pouvoir par la force ou l'intimidation. Le tout sur fond de culte de la personnalité de Staline.

La rupture avec l'Ouest a lieu officiellement en 1947, lorsque les deux camps énoncent leurs doctrines respectives, Truman contre Jdanov. A l'Est, Staline crée le Kominform, un organisme de coordination et d'échanges entre les nouvelles démocraties populaires auxquels sont associés les partis communiste français et italiens. Dans la réalité c'est pour Moscou le moyen de contrôler étroitement ceux-ci et de dicter ses consignes pour faire face en bloc à l'Occident. Julien Blottière revient en détail sur la création de ce Kominform

Mais Staline doit faire face dans son camp à une volonté d'indépendance plus grande que prévue. De nombreux dirigeants locaux, communistes sincères et convaincus qui ont gagnés leur popularité pendant les années de résistance au nazisme entendent garder une certaine liberté d'initiative dans leur pays et ne veulent pas se contenter de suivre aveuglement les ordres venus de Moscou.

Le clash le plus important à lieu avec Joseph Tito, le dirigeant yougoslave, qui a réussit à chasser les Allemands de son pays sans avoir besoin de l'armée soviétique et qui s'oppose de plus en plus ouvertement à Staline. Pourtant, sur le fond, les deux hommes ont à peu près les mêmes idées, mais la personnalité indépendante et la popularité de Tito ne plait pas à l'orgueilleux "petit père des peuples". En 1948, la rupture est consommée: la Yougoslavie est officiellement exclue du Kominfom et Tito devient un rebelle aux yeux des autorités soviétiques. Désormais, tout dirigeant communiste qui a des velléités d'indépendances se voit accuser de "titisme". C'est à dire une dérive nationaliste et personnelle du communisme dangereuse pour l'unité de la Révolution mondiale. Autant dire un traitre.

Commence alors une série de purges spectaculaires qui,  de 1948 à 1953, va frapper quasiment tous les pays d'Europe Orientale. Elle touche bien entendu les adversaires déclarés du marxisme, mais va aussi emporter au passage un certain nombre de dirigeants communistes. Pour Staline, c'est l'occasion d'éliminer tous les leaders communistes un peu trop populaires ou indépendants pour les remplacer par des hommes dévoués, qui devront leur pouvoir à Moscou et qui se monteront dociles. Il poursuit en cela la dérive totalitaire du communiste qu'il avait entamé dans les années 30 en Union Soviétique.

Il va pour ce faire utiliser des méthodes qui ont déjà fait leurs preuves en URSS. En Bulgarie, Roumanie, Pologne, Albanie et Hongrie, les vieux compagnons de routes du communisme sont mis en accusation.

Ainsi Lazlo Rajk en Hongrie, ministre de l'interieur est arrété en 49 et accusé de titisme et de trahison. Après un violent interrogatoire et la promesse de l'acquittement s'il confesse sa faute, il finit par avouer. Il est purement et simplement condamné à mort et pendu. Commence alors dans le pays une vague d'arrestation qui va toucher des milliers de personnes

Même chose en Bulgarie où Traitcho Kostov, premier secretaire du parti et président du conseil des ministres est arrété avec 11 autres personnalités et condamné à mort.

                      Caricature tchecoslovaque éditée dans les années 50 pour la réhabilitation des accusés

Mais c'est en Tchécoslovaquie, pays où les communistes se sont imposés par la force et où les partis démocratiques étaient bien implantés que la répression va être la plus spectaculaire. Après une vague d'arrestations qui touche les membres de ces partis, l'Eglise et la bougeoisie locale, plusieurs dirigeants du Parti Communiste Tchecoslovaque sont arrétés à leur tour. 14 hauts responsables du parti sont mis en accusation dont Rudolf Slansky (que l'on voit ici sur la photo lors du procès), vétéran des guerres d'Espagne contre Franco dans les années 30 et numéro 2 du Parti communiste, ou Vladimir Clementis, ministre des affaires étrangères. Ils sont accusés de trahison, de titisme et d'être secretement payés par les Etats-Unis et par Israël pour comploter contre le parti communiste. 11 des accusés étant juifs, ils seront au passage accusé de sionisme, les relations entre le jeune état d'Israel et l'URSS étant alors assez mauvaises, ravivant un fond d'antisémitisme en Europe de l'Est .

Après être resté au secret plusieurs semaines, ils subissent des interrogatoires particulièrement brutaux où on cherche à leur faire avouer leur "crimes". Les interrogateurs, généralement des experts soviétiques vétérans des purges staliniennes, sont passés maîtres dans l'art de briser la volonté de leur proies. Jouant sur la torture, la contrainte, la menace envers les proches, mais utilisant aussi les convictions communistes sur le thème, "avouez pour le bien du parti", ils obtiennent des aveux. Lorsque les accusés sont amenés devant un tribunal d'exception, retransmis à la radio, ils sont psychologiquement brisés et confessent leur trahison en se contentant mécaniquement de réciter des réponses apprises par coeur. De toutes façon, au cas où, ces aveux ont déjà été enregistrés sur bande pour pouvoir s'en servir si un accusé se rebellait. Le procès de Prague aboutit à 11 condamnations à mort et 3 emprisonnements à vie. Le président Clement Gottwald, chef du Parti Communiste tchécoslovaque, qui semble t-il à coordonné cette purge est desormais le seul maître à bord... après Staline bien sûr.

Ce genre de purge va aussi toucher les partis communistes occidentaux et notamment le parti communiste français. En effet, celui-ci est après la guerre repris en main par Moscou qui entend imposer Maurice Thorez, fidèle stalinien comme seul autorité dans le parti. C'est ainsi que de grandes figures comme André Marty ou Charles Tillon, héros de la Résistance, députés, membres respectés du Parti sont purement et simplement exclu après un procès interne où ils sont considérés comme des traitres et des "agents de l'impérialisme".


En Union Soviétique même, les purges continuent aussi, ainsi au début des années 50 des medecins juifs sont accusés d'avoir médicalement assassiné pour le compte des "impérialistes" et des "sionistes" plusieurs dirigeants soviétiques dont Jdanov mort en 1948. C'est "le complot des blouses blanches". Le tout sur un fond très net d'antisémitisme. C'est aussi une façon d'atteindre Lavrenti Beria, chef de la sécurité qui est proche de ces medecins et qu'on présente comme le successeur désigné de Staline, ce qui a le don d'enerver "le patron" qui avait pourtant fait de Beria son homme de confiance.

La mort brutale de Staline en 1953 marque la fin de cette vague de procès. (Ironiquement Clement Gottwald, déjà malade, meurt à son tour 9 jours après son protecteur). Beria et surtout Khrouchtchev vont remettre en cause ces pratiques et progressivement permettre une réhabilitation des accusés. Mais dans le fond les pays d'Europe de l'Est ont été épurés et fermement ancrés dans le camp communiste.


Un film tourné en 1970, basé sur les souvenirs d'Arthur London, un des accusés du Procés de Prague, "L'aveu" de Costa-Gavras avec Yves Montand revient sur cet épisode. Devant et derrière la caméra on trouve beaucoup d'anciens communistes déçus par ce qu'est devenue l'URSS et qui dénoncent la dérive autoritaire de l'Union Soviétique. Il est tourné au moment où dans les pays de l'Est, on commence à revenir sur ces purges et à progressivement réhabiliter les condamnés.

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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 06:55

Un travail de Maeva Martel


Le 11 Mars 1985: Gorbatchev est le numéro 1 de l'URSS. Il devient à 55 ans le nouveau secrétaire du Parti Communiste d'Union Soviétique (PCUS), c'est lui qui engage l'URSS dans une série de réformes radicales au nom de la « perestroïka » (restructuration) et la « glasnost » (transparence).

Gorbatchev démissionnera en décembre 1991 après l'effondrement du bloc communiste et il sera donc le dernier chef communiste de l'URSS.

 

« Glasnost » et « perestroïka »: l'URSS entre 1985 et 1991.

 Quelles furent les limites et les contradictions de la politique de Gorbatchev?

 

1.      Des réformes impulsées d'en haut qui ne remettent pas en question les valeurs soviétiques.

 

A) Gorbatchev, secrétaire général du PCUS. (mars 1985).

 

Gorbatchev va dénoncer l'immobilisme politique et constate que la situation économique est désastreuse, il y a beaucoup de gaspillage, de pénurie, de faiblesse de la productivité et de corruption.

 

B) Il veut sauver le pays et régénérer le communisme.

 

Dans ce but, Gorbatchev va chercher à rendre le système plus efficace:

o        il fait appel à la « glasnost » (transparence, c'est-à-dire liberté de parole, suppression de la censure, rétablissement de la vérité historique).

o        Il propose la « perestroïka » (moderniser les structures économiques, permettre le développement de la libre entreprise).

 

C) Mais l'économie est toujours administrée.

 

La réforme que Gorbatchev veut mettre en place n'ouvre pas sur une économie de marché.

 

2.      Gorbatchev a mal mesuré la profondeur de la crise du système soviétique...

 

A) L'échec des réformes.

 

La liberté d'entreprise et l'initiative ne font pas partie de la culture soviétique.

 

B) Le rôle corrosif de la dissidence.

 

En URSS et dans les démocraties populaires, la dissidence, la nouvelle forme de contestation qui s'appuie sur l'exigence du respect des accords d'Helsinki, impose au pouvoir soviétique de se justifier sur la scène internationale.

 

3.      … ni prévu la force du mouvement social.

 

A) La « glasnost » favorise la démocratisation politique.

 

Les réformes constitutionnelles ouvrent la voie au multipartisme et à un régime présidentiel. Le rôle dirigeant du Parti est aboli en 1990.

Gorbatchev trouve une légitimité dans son élection de président de l'URSS par le congrès des députés du peuple le 15 Mars 1990.

Cette démarche est critiquée par ceux qui souhaitent l'ouverture libérale de l'URSS, tel Eltsine.

 

B) Gorbatchev face au mouvement social.

 

Le mécontentement social dû à la pénurie s'amplifie. Pour contrer ce mouvement, Gorbatchev durcit son attitude: il interdit la grève, rejette le programme de transition accélérée vers l'économie de marché, tout cela dans les années 1990.

 

C) La contagion révolutionnaire gagne l'URSS.

 

A parti de 1989, la contestation du modèle soviétique se développe dans les démocraties populaires et se propage dans les républiques baltes.

Elle résulte d'une convergence de facteurs:

La politique de désarmement destinée à réduire les dépenses militaires allège la pression soviétique.

L'abandon de la doctrine de la souveraineté limitée, dès 1987, laisse espérer un retour à la liberté politique pour chacune des démocraties.

Le réveil des populations civiles (qui osent manifester leur soif de liberté et leur rejet du système économique et social) déborde les dirigeants communistes.


L'opposition des Eglises (catholique en Pologne, protestante en RDA) canalise et donne force au mécontentement général des populations.

                                        _____________________________________

Un travail intéréssant bâti sur un plan ordonné mais qui m'arrive très tard, sans sources ni iconographie. D'autant qu'il s'inspire vraiment beaucoup d'un article paru sur le site operavenir.com

Quelques compléments pour comprendre pourquoi les réformes de "Gorby" vont  à la fois réchauffer les relations devenues très tendues avec les Etats-Unis et précipiter l'effondrement de l'URSS.

M. Gorbatchev rencontre le président américain Ronald Reagan pour s'accorder sur la réduction de l'armement nucléaire

Lorsqu'il arrive au pouvoir en 1984, l'URSS sort d'une crise de succession infernale : Leonid Brejnev, vieux et malade d'un cancer depuis des années meurt en 82,  ses successeurs Youri Andropov puis Konstantin Thernenko sont tout aussi vieux et meurent dans l'année qui suit leur élection.  A 54 ans Gorbatchev  incarne une nouvelle génération de dirigeants soviétiques et une volonté de changement dans le pays. C'est un économiste réaliste qui a dans les années 70 réalisé une étude montrant que l'économie soviétique se faisait distancer par toutes les économies occidentales. Mais c'est aussi un pur produit du système soviétique et un communiste convaincu. Il est l'homme qui doit permettre non pas de supprimer le communisme mais de l'améliorer.

 

En effet plus rien ne va en URSS, la guerre d'Afghanistan s'avére être un bourbier, les contestations dans les pays d'Europe de l'Est comme à l'interieur de l'état soviétique  ne cessent de se développer. Technologiquement l'URSS peine à rattraper l'avance des Etats-Unis comme leprouvera la catastrophe de Tchernobyl . Mais c'est surtout dans le domaine économique que les difficultés s'accumulent.

Les magasins sont vides, la production insuffisante, la corruption gangrène les plus haut sommets de l'état (la propre famille de Brejnev a été mise en accusation). Les difficultés sont telles que l'URSS doit importer des céréales occidentales pour nourrir sa population. Presque 25 % du budget  passe dans les dépenses militaires. Soit à cause de la guerre afghane, soit pour essayer de suivre la course à l'armement imposée par les Etats-Unis (notamment le projet d'Initaitive de Defense Statégique, alias projet "guerre des étoiles"  autour d'un hypothétique réseau de satelittes capables d'abbattre des missiles nucléaires en plein vol).

Les réformes "glastnost" et "perestroika" tentent de remettre de l'ordre dans le pays et de relancer l'économie mais ce faisant elles placent Gorbatchev dans la nécessité de négocier une nouvelle détente et un désarmement avec les Etats-Unis. Notamment pour obtenir une aide financière et technologique de l'Ouest. Les entreprises occidentales arrivent à l'Est mais en contrepartie, Gorbatchev doit lacher du lest sur les droits de l'Homme. Ces rencontres avec Reagan permettent de faire retomber l'atmosphère de tension de la guerre froide, Gorbatchev et sa caractéritique tache de naissance sur le front devenant très populaire à l'Ouest (on le voit ici caricaturé dans le dessin animé les Simpson au début des années 90). Il recevra le prix Nobel de la paix en 1990 pour son action en faveur du désarmement.

La politique de transparence permettant la contestation du régime, les opposants vont s'engouffrer dans la brêche. Les nationalistes baltes ou ukrainiens, mais aussi les réformateurs qui entendent rapidement se débarasser du système soviétique et qui vont se regrouper autour de la figure de Boris Eltsine, pourtant membre important du parti en Russie. Les contestations sont de plus en plus fortes et Gorbatchev ne veut plus utiliser la force comme ses prédécesseurs pour les mater.


C'est dans cette atmosphère de fronde qu'éclate en novembre 89, la crise qui va précipiter la chute de l'URSS . L'ouverture du mur de Berlin. Gorbatchev la souhaitait mais n'imaginait pas qu'en laissant détruire ce symbole du système soviétique, c'est tout le communisme qui allait tomber avec. Gorbatchev est de plus en plus fragilisé. Les communistes traditionnels l'accusent d'avoir précipité la chute du système, les réformateurs groupés autour d'Eltsine l'accusant de ne pas aller assez loin dans les réformes.

                            Eltsine et Gorbatchev

Il est définitivement décrédibilisé lorsqu'en août 91, des militaires tentent un coup d'état pour rétablir le communisme pur et dur. Enfermé par les putchistes dans sa résidence secondaire, il voit Eltsine devenir le symbole de la résistance contre le coup d'état, ce dernier ralliant les soldats à sa cause et faiusant échouer la tentative. Le 25 decembre 91, n'ayant plus guère de crédit auprès de l'opinion,  il démissionne. Dans la foulée la dissolution de l'URSS est prononcée par les partisans d'Eltsine qui devient président de la Russie nouvellement redevenue indépendante alors que de l'Ukraine au Kazakhstan, des républiques autonomes se forment. Gorbatchev se retire alors de la vie politique, se consacrant depuis à des conférences, notamment en occident. Il a tenté sans succès de fonder un parti néo-communisteen Russie en 2001.

Gorbatchev ne voulait pas la fin du système soviétique mais telle une cocotte minute, dès qu'il a relaché la pression qui maintenait le couvercle sur le pays, c'est tout l'URSS et son  modèle communiste qui a été emporté.

                               

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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 23:02
La catastrophe de Tchernobyl, symbole de l’effondrement du système soviétique ?


Un travail de Marlène Hasser


Sans jouer la carte de la prétention, je suis sûre qu’un bon nombre d’entre vous ne savent pas ce qu’est exactement Tchernobyl, ni où la catastrophe s’est produite. Ne parlons pas du nuage radioactif qui est devenu un phénomène de mode digne des plus grands best seller de science fiction. Abordons le sujet le plus simplement du monde en commençant par exposer la situation.


La catastrophe de Tchernobyl est un accident nucléaire qui s’est produit le 26 Avril 1986, dans la centrale nucléaire « Lénine » en Ukraine. Cet accident a été du à l’explosion du  cœur d’un des réacteurs nucléaires de la centrale. Cette explosion a conduit à un relâchement de radioactivité dans l’environnement et à de nombreux décès survenus directement ou du fait de l’exposition aux radiations. Il est le seul accident classé au niveau 7 sur l’échelle internationale des évènements nucléaires (qui compte... 7 niveaux de danger !), ce qui en fait le plus grave accident nucléaire répertorié jusqu’à présent.



A cette époque, L’URSS était en pleine guerre froide, le fait de disposer d’une puissance nucléaire était un signe de force, ainsi les ingénieurs et les scientifiques étaient soumis à un objectif et un seul: produire du plutonium militaire le plus possible et le plus tôt possible, afin d’écraser la concurrence Américaine.

C’était à cause d’une culture du secret très prononcée en URSS et certains moyens de pression, qu’il y a eu défaillance, un réacteur mal exploité, sur lequel des essais hasardeux ont été fait. Les défauts de conception du réacteur n’étaient pas dus à un manque de compétence des ingénieurs, mais ils résultaient de la dictature bureaucratique qui présidait à toutes les décisions dans le système soviétique, y compris dans le domaine scientifique et de la sûreté.

De peur de perdre toute crédibilité, un mélange de propagande soviétique et une volonté de transparence c’est répandue dans le monde.  Les soviétiques ont tout fait pour mettre en valeur la bataille contre l’atome. Ils n’ont cependant pas su contrôler les conséquences et surtout n’y étaient pas préparés, ils ont attendus plusieurs jours avant de déclarer l’explosion, et ont ainsi caché au reste du monde l’importance d’un tel accident.

Morts, déformations, mutations, radiations des terres, villes fantômes, voilà ce que la catastrophe de Tchernobyl a créée, sur le court, comme sur le long terme. Encore plus troublant et marquant qu’un roman de Stephen King. Malheureusement ce n’est pas de la fiction et un grand nombre de personnes ont souffert, et continuent de souffrir, à cause des radiations engendrées par les erreurs du système soviétique.


Reportage du magazine Photo datant de  2001 montrant les conséquences des radiations sur les enfants de la région nés après la catastrophe



Mais parlons un peu des conséquences qu’à eu la catastrophe sur la France.

Le nuage radioactif issu de la catastrophe de Tchernobyl atteint la France le 29 Avril 1986, détecté par les systèmes de la centrale nucléaire près de la frontière Luxembourgeoise.

Une polémique s’ensuit, souvent résumé par « le nuage s’est arrêté à la frontière ». Certains pourtant affirme que les pouvoirs publics ont menti en France (Libération). Malgré tout, Le gouvernement français estime alors qu’aucune mesure particulière de sécurité n’est nécessaire. Cependant, la France a été contaminée autant que ses voisins européens par le nuage.

  La catastrophe de Tchernobyl n’a pas seulement eu lieu en Ukraine, elle a agit sur l’ensemble du monde à cause de l’importante radioactivité qui s’est déplacée dans les vents, touchant les pays alentours et dévoilant aux yeux du monde que le système soviétique n’était pas fiable.

 

Il est clair que l’explosion du réacteur de Tchernobyl fut rendu possible par les multiples travers du système soviétique. On peut donc dire que le volet « accident de l’évènement Tchernobyl » fut d’abord soviétique avant d’être nucléaire.

A cause de cet incident incontrôlé, le système soviétique a perdu pied face à la bataille virtuelle qu’il menait contre le système Américain et c‘est décrédibilisé aux yeux du monde, cette catastrophe est devenu un symbole de l’effondrement soviétique.


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Un bon travail qui synthétise la plus grande catastrophe nucléaire de l'histoire en essayant de donner un style personnel à l'écriture. Il est juste dommage que les sources ne soient pas citées ici.


La catastrophe de Tchernobyl fut un désastre qui révéla au passage les faiblesses technologiques de l'Union Soviétique et les limites de son modèle. (Cliquez pour voir un diaporama du monde qui revient en image sur cet accident)

                   Le réacteur eventré, vu d'hélicoptère dans les jours qui suivent l'accident

L'accident du  réacteur n°4 du centre nucléaire Lenine est le résultat même du fonctionnement du système soviétique. C'est un réacteur expérimental qui subit des tests pour permettre aux soviétique de combler une partie de leur retard technologique avec le bloc occidental. Mais conçu dans l'urgence, il souffre de défauts de conception et, semble t-il, de malfaçons liées à des détournements d'argent sur les travaux. Malgré les mises en garde d'inspecteurs chargés de surveiller la construction de la centrale à la fin des années 70, les travaux sont terminés très rapidement pour repondre aux objectifs du plan quinquénnal en matière de fourniture d'électricité. De plus l'entretien et la maintenance, faute de crédits suffisants, laissent parfois à désirer.

Il n'y a pas de plan prévu pour contrer une telle situation. L'armée dépéchée sur place tente en catastrophe de noyer le reacteur sous le sable et le bore pour l'isoler et bloquer les radiations. Des milliers de pompiers et de militaires engagés dans cette opération sont lourdement irradiés et meurent dans les années qui suivent. S'il y a bien quelque chose qui fonctionne encore dans le système c'est le dévouement du citoyen soviétique au service de l'état en cas de crise grave. Mais les moyens et la préparation manquent et les soldats doivent  prendre d'enormes risques et travailler sans relache dans des conditions de contamination épouvantable pour stabiliser la centrale. Ces "liquidateurs" restent encore aujourd'hui dans l'imaginaire russe et ukrainien des héros qui ont donné leur vie pour éviter le pire.

 Le gouvernement soviétique de Mikhail Gorbatchev, nouvellement élu à la tête de l'état, après trois jours d'interrogations où personne en URSS même ne sait vraiment quel est l'ampleur et les causes du désastre, décide de rendre public la catastrophe. De toute façon les satellites occidentaux avaient déjà détectés l'incendie du réacteur. Par contre, on minimise le danger radioactif.

C'est ainsi que dans un premier temps la population est maintenue dans l'ignorance de l'ampleur du désastre que les autorités elles-mêmes ne mesurent même pas. Les défilés du 1er mai dans la région, la fête nationale soviétique, sont même maintenus alors que la radioactivité monte en flêche. Il faut attendre plusieurs jours pour que l'ordre d'évacuation soit donné. La ville de Pripiat, à 2 kilomètres de la centrale avec ses 43 000 habitants est désertée en catastrophe suite à l'explosion. C'est devenue une ville fantôme toujours inhabitée, témoignage de la catastrophe. On estime que la population ne pourra y retourner avant un minimum de 900 ans. Et encore, toutes les radiations n'auront pas disparus.


 

                                        Pripiat, ville fantôme

La faiblesse de la technologie soviétique apparait au grand jour au travers de cette catastrophe aussi bien à l'interieur qu'à l'exterieur du pays. L'absence d'information qui a conduit les autorités à ne pas prévenir à temps les population accroit le mécontentement des soviétiques déjà préoccupé par l'absence de produits dans les magasins et par la guerre qui s'enlise en Afghanistan. La nécéssité de réformer le système qui a conduit à cela devient une évidence et pousse Gorbatchev à accélerer les réformes de la Perestroika et de la Glasnost comme à se tourner vers l'Occident pour combler le retard technologique du pays.

Pour compléter, vous pouver visionner en ligne un
excellent documentaire "la bataille de Tchernobyl"  qui revient de façon détaillée et passionnante sur ces événements


             Voir aussi les photos d'Elena Filatova qui a photographié la zone contaminée.

Paradoxalement, 25 ans après, toute la lumière n'a pas été faite sur cette catastrophe sans précédent. Rien que le nombre de victimes des radiations est l'objet de polémiques virulantes. En 2005, l'ONU publie un rapport qui estime à 4000 les victimes de l'accident. Mais un groupe d'experts britanniques indépendants parle lui de 30 000 à 60 000 morts. Les Organisations Non Gouvernementales avancent même des chiffres avoisinnant les 100 000 morts.

Quand au site lui même de la catastrophe, il continue d'être sous surveillance. Noyé sous un "sarcophage" de béton, le réacteur reste encore dangereux. Et depuis les années 80 l'usure du temps fragilise cette chappe qui recouvre le coeur de la centrale. le béton se fissure, l'eau de pluie s'inflitre... On parle toujours de construire un nouveau "super-sarcophage" qui doit permettre de sécuriser définitivement la zone, mais le coût financier et technique d'une telle opération freine l'avancée des travaux. Un article très illustré du site de la Cité des Sciences revient sur ces polémiques


Le nuage radiocatif à traversé l'Europe faisant pleuvoir des poussières radioactives de la Finlande à l'Espagne. En France même, la polémique n'est pas éteinte, en effet le gouvernement Chirac de l'époque semble lui aussi avoir menti à la population en annonçant que notre pays était épargné par le nuage radioactif alors que nos voisins diffusaient des messages d'alerte enjoignant les populations à ne pas consommer de produits frais et à se mefier des pluies. le Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), minimisa les chiffres de la radioactivité en France et communiqua des relevés rassurants alors que des retombées radioactives touchaient la Corse et la vallée du Rhône.

25 plus tard, la polémique fait rage pour savoir s'il y a effectivement une augmentation des cancers de la thyroïde en France lié à ce manque de transparence et si les autorités de l'époque ont caché la réalité des faits par simple méconnaissance (les moyens de surveillance de la radioactivité étaient encore peu précis à l'époque) , incompétence, ou pour ne pas risquer de remettre en cause le choix français de l'energie nucléaire (thèse défendue par les écologistes).  

Des actions judiciaires sont toujours en cause pour essayer de juger les responsables en place à l'époque.



L'Anticyclone des Açores protégeant miraculeuesement la France du nuage de Tchernobyl telle que la météo de France 2 (ancêtre de France 2) le présentait à l'époque.



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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 23:53

Le 12 avril 1961,  pour la première fois dans l’histoire, un homme s’aventurait au-delà des limites de notre atmosphère. Au delà du simple exploit technique et de l'extraordinaire effet psychologique de promotion du modèle  soviétique, ce premier vol habité est l'un des moments essentiel de l'histoire du XXème siècle.

 

Quatre ans auparavant les soviétiques ont surpris le monde entier et semé la consternation à Washington en lançant le premier satellite artificiel dans l’espace : le Spoutnik une grosse boule métallique bardée de quatre antennes dont le bip bip  s’entend sur toutes les radios. Et puis un mois plus tard c’est la chienne Laïka le premier animal envoyé dans l’espace. Malgré la mort de Laïka pendant la mission, les soviétiques ont prouvé qu’on pouvait envoyer un être vivant dans l’espace.

 

Voulant conforter leur avance par rapport aux américains, les soviétiques décident de mettre les bouchées doubles pour envoyer un homme dans l’espace. Pour cela il leur faut un héros, un véritable fils du peuple. Ce sera Youri Alexeievitch Gagarine. Né en 1934, ce fils de paysan, a vu sa famille payer un lourd tribut à la guerre. Avec son 1,59m, qui lui permet de rentrer plus facilement dans la capsule spatiale, et son visage séduisant, il est préféré pour des raisons de propagande à Guerman Titov, le premier pilote à s’être entraîné pour un vol spatial. Titov est fils d’instituteur ce n’était pas assez "populaire" pour la propagande officielle. C’est décidé: Gagarine sera le premier cosmonaute de l’histoire humaine. Titov ne sera que doublure et seulement le second cosmonaute à partir dans l’espace.


Il n’empêche que Gagarine, s’embarquant dans la capsule Vostok (Orient en russe) prend un sacré risque. La technologie spatiale est balbutiante et malgré deux essais préalables concluants avec un module automatisé vide, le succès de la mission loin d’être garantie.  A tel point que les images de l’embarquement dans la fusée sont soigneusement tournées à l’avance au cas où quelque chose se passerait mal. Une fois la mission réussie elles seront présentées dans les médias comme filmées en direct. Au moment de ce départ, Gagarine enregistre cette déclaration : « Chers amis, connus et inconnus pour moi, mes chers compatriotes et toutes les personnes du monde ! Dans quelques instants, une puissante fusée soviétique va propulser mon vaisseau dans l'étendue de l'espace. Ce que je veux vous dire est cela. Toute ma vie est désormais devant moi comme une simple inspiration. Je sens que je peux accroître ma force pour faire avec succès ce que l'on attend de moi. »
 


Le module Vostok : faut quand même être sacrément courageux
pour accepter d'être envoyé dans l'espace là dedans...
 


La fusée décolle de Baïkonour au Kazakhstan. Le vol est relativement court 108 minutes, le temps d’une révolution autour de la Terre. Sanglé dans son étroite capsule de 2,3 m de diamètre, il est en liaison constante avec le sol et décrit la Terre vue de l’espace. Si la première partie du voyage se passe bien, la suite à de quoi donner quelques sueurs froides à Youri :  il perd la communication avec Baïkonour au bout de 30 mn et au moment d’aborder la descente, la séparation avec le reste du module met 10 mn de plus que prévu à survenir. Néanmoins la capsule déploie finalement son parachute se pose en plein cœur de la Russie rurale dans la région de la Volga à la grande surprise des villageois locaux. Il ne lui reste plus qu’à trouver un téléphone pour prévenir sa base que tout s’est bien passé.

Pour un récit plus détaillé du vol.



Devenu un héros, Gagarine sillonne le pays et le monde entier obtenant un succès international. Il fera trois voyages en France où il est accueilli comme un héros et comme le symbole vivant de la puissance soviétique. On ne compte plus les écoles, lycées, gymnases ou squares nommées Youri Gagarine dans notre pays (généralement dans des municipalités communistes).  



Un 45 tours et un buvard pour écolier, deux exemples de la "Gagarinemania" qui touche la France après l'exploit du cosmonaute.

Il obtient un accueil triomphal y compris aux Etats-Unis et est même reçu à la Maison Blanche.  Après tout, même soviétique, c’est le premier être humain a être allé dans l’espace.
Le président Kennedy tout en recevant le héros du peuple de l’URSS fixe désormais une consigne aux savants américains tout en créant la NASA. Il faut que ce soit un américain qui pose le premier le pied sur la Lune avant la fin de la décennie 60.

 

Gagarine veut continuer a participer au programme spatial. Mais son statut de héros le rend trop précieux pour qu’on lui permette de repartir dans l’espace. C’est en tant que consultant qu’il participe au programme spatial soviétique, notamment sur le projet d’envoi d’un homme sur la Lune qui n’arrive pas à se concrétiser techniquement. Mais invité partout dans le monde, il ne suit pas toujours  la ligne officielle du parti, n'hésitant pas à critiquer les lourdeurs du système soviétique dans la réalisation de projets spatiaux, rencontrant et sympathisant devant la caméra avec des astronautes américains. En 1967, la capsule "Soyouz I" qui doit tester l'équipement pour la mission lunaire s'écrase à son retour sur Terre, tuant Komarov son cosmonaute. Cet échec sonne le glas de tout le projet lunaire soviétique. Gagarine ne sera pas le premier homme sur la Lune. Il est progressivement écarté du programme spatial suite à des intrigues de couloirs au sein du parti et poussé vers des postes honorifiques mais sans pouvoir. 

Gagarine, aux balcons du Kremlin avec le
Premier Secrétaire du Parti : Nikita Khrouchtchev
 


Le 27 mars 1968, il meurt lors d’un entraînement à bord d'un avion de chasse.
Une mort qui reste encore mystérieuse, Gagarine, héros un peu trop populaire, au franc parler un peu trop prononcé,  n’avait pas que des amis au bureau central du parti. La rumeur veut qu’il ait même jeté sa coupe de champagne au visage du premier secrétaire Leonid Brejnev lors d'une cérémonie officielle.

En tout cas sa mort est un choc pour toute l’Union Soviétique. Pour les soviétiques c’est un héros national, le symbole de la grandeur du pays qui disparaît. Selon leur grande habitude, la ville de Gjatsk où il avait passé sa jeunesse fut rebaptisée Gagarine. Un an plus tard les américains posent le pied sur la Lune, ce que les soviétiques n’arriveront jamais à faire. Le leadership dans la course spatiale a changé de camp.



                                                                          Monument à la gloire de Gagarine à Moscou

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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 21:29

J’ai évoqué en cours avec mes TL, la figure d’Alexeï Grigorievitch Stakhanov, symbole de l’ouvrier soviétique repoussant au nom du communisme les limites du travail humain.

Dans les années 30, Alexeï travaille dans les mines de charbon de Kadiyivka dans le bassin du Donbass en Ukraine. Le 31 août 1935, muni de son perforateur (marteau piqueur portatif), il extrait 102 tonnes de combustible lors d’un concours de productivité organisé par les jeunesses communistes ("Komsomols"). Les objectifs à remplir sont alors de 7 tonnes. Et le 9 septembre il double son record extrayant 227 tonnes de houille à la pointe de son perforateur.

 

Le pouvoir stalinien qui cherche à galvaniser l’enthousiasme des ouvriers dans une période où l’économie va mal, s’empare aussitôt du personnage et entame une gigantesque campagne de promotion où la figure joviale de ce simple ouvrier qui explose littéralement les normes du plan quinquennal est citée comme exemple du nouveau modèle à suivre. Alexeï devient la vedette d’une propagande effrénée. Le pouvoir s’en sert parfaitement dans les années 40-50 en lançant le programme "stakhanovets" ("stakhanoviste"  en français) qui doit faire refleurir l’enthousiasme au labeur des travailleurs.

 

Personnage sympathique, dont le sourire franc est éminemment photogénique, Stakhanov devient l’emblème de l’homme nouveau soviétique tel que le pouvoir l’idéalise. Grand travailleur, mais pas seulement. C’est aussi quelqu’un de cultivé qui lit Dostoievski et qui profite de sa notoriété pour reprendre des études d’ingénieur à l’académie de Moscou dans les années 40. Il devient l’ambassadeur des programmes d’amélioration du cadre de vie des soviétiques, jouant les promoteurs de la modernité avec son perforateur. On le voit exalter les bienfaits de l’hygiène ou de l’électricité dans les régions les plus reculées du pays.

 

Il fait des tournées d’explication de ses méthodes dans le pays. Des tableaux et des affiches à sa gloire fleurissent dans toutes les usines, les journaux étrangers s’intéressent à lui comme le montre la couverture du magazine américain Times en 1936. L’ouvrier modèle devenu ingénieur, largement décoré, en profite pour faire carrière en devenant directeur des mines où il travaillait et député du soviet suprême. Le 31 août devient officiellement "le jour du mineur soviétique".

 

Travaillant toujours dans le domaine des mines, il va jouer un rôle réel dans l’amélioration de la productivité en URSS en mettant en avant une rationalisation et un meilleur partage des taches entre les mineurs dans les galeries.

 

Lorsqu’il meurt en 1977,  c’est une légende. La ville de Kadiyivka où s’étaient déroulés ses exploits est rebaptisée Stakhanov (nom qu’elle garde toujours).

 

En 1985, alors que l'on fête, comme ce timbre le prouve, le cinquantenaire de l'exploit mais que parrallelement l’URSS commence à se lézarder, des témoignages commence à remettre en cause la véracité du record. Stakhanov n’était pas tout seul pour extraire ses 102 tonnes de charbon mais il était accompagné d’une équipe. Les faits auraient été réarrangés, la productivité record aurait été largement enjolivée par une propagande qui se cherchait un héros apte à enthousiasmer la foule des ouvriers soviétiques qui commençaient à être démoralisés par la dureté et le peu de récompense du système économique communiste.

 

Stakhanov et ses prodigieux résultats ont été longtemps mis en avant par la propagande communiste vers l'Occident pour prouver que son système était le meilleur. Même en France, le terme est resté jusqu’à nos jours et l’on dit fréquemment de quelqu’un qui abat de grosses  quantités de travail que c’est un "stakhanoviste". (Un peu comme vous mes chers élèves n’est ce pas ?)


Peinture officielle idéalisant l'exploit de Stakhanov

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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 12:25

Staline meurt brutalement le 5 mars 1953 d’une hémorragie cérébrale. Ses funérailles sont l’occasion d’un gigantesque deuil national qui montre l’importance du culte de la personnalité autour du chef, embaumé dans un mausolée sur la place rouge aux côtés de Lénine. Des millions de gens défilent pour pleurer le « petit père des peuples » dans une cérémonie parfaitement orchestrée. Le Parti communiste français drape de noir son siège et toutes les mairies qu’il contrôle.

 
stalin-dead.jpg
 

Mais dans la coulisse, la lutte pour la succession commence entre les principaux collaborateurs de Staline. Elle va être impitoyable. Les alliances commencent entre les membres du parti pour le pouvoir. Gueorgui Maximilianovitch Malenkov, président du conseil des ministres, personnage un peu falot est propulsé au pouvoir le temps de fixer la succession. Mais dérrière la scène, la véritable bataille pour le pouvoir commence.

 

250px-Ac.beria3.jpgCelui qui semble être le principal candidat au pouvoir est Lavrenti Pavlovitch Beria. C’est le chef de la police politique de L’URSS depuis 1938. Georgien comme Staline, il est considéré par l’opinion publique soviétique comme son âme damnée et son exécuteur des basses œuvres. Il a pris la tête du NKVD en 1938 après avoir organisé la liquidation de son précédent chef, Nikolaï Iejov, lors des grandes purges de la fin des années 30. Il établit pendant la guerre une politique de terreur systématique contre les opposants et de déportation des populations « à risque » dans l’empire soviétique (tchétchènes, populations germanophones de la Volga…). Après la guerre, il continue à orchestrer la politique de terreur planifiée par Staline tout en étant aussi chargé du programme nucléaire de l’URSS. Paradoxalement (mais c’est une habitude sous le règne de Staline), son trop grand pouvoir a finit par le rendre suspect aux yeux du "Patron" de plus en plus paranoïaque. En janvier 53, profitant d’une affaire montée de toute pièce pour « purger » des associations antifascistes juives : « le complot des blouses blanches » où des médecins juifs sont accusés d’avoir assassiné des dirigeants soviétiques (dont Jdanov) sur ordre de la CIA, Staline fait ouvrir une enquête contre Beria pour n’avoir pas su prévenir ce complot, mais le conserve au Politburo, Bureau politique du Parti Communiste. La mort de Staline lui permet de prendre l’offensive. 

molotov1.jpg
Autre dauphin potentiel, Viatcheslav
Mikhaïlovitch Molotov. De son vrai nom Skriabine, Molotov a gardé comme Lenine ou Staline, le surnom de ses années de clandestinité d’avant la révolution d’octobre 1917 (tiré de Molot :le marteau, un des outils du travailleur ). Il devient ministre des affaires étrangères juste avant la guerre et négocie le pacte germano soviétique avec l’Allemagne nazie. Il accompagne aussi Staline à Yalta et Potsdam. Il reste à ce poste après la guerre et est notamment chargé de refuser le plan Marshall en 1947 et de représenter l’URSS à l’ONU. A noter que le célèbre « cocktail Molotov » bouteille d’essence enflammée a été baptisée en l’honneur de notre homme par les soldats finlandais qui se battaient contre les troupes soviétiques en 1939


b1458c20060429071911545.jpgEnfin, il y a celui qui va remporter la victoire : c’est Nikita Sergueievitch Khrouchtchev. D’origine ukrainienne, ce protégé de Staline a été l’un des organisateurs des répressions de masse contre les nationalistes ukrainiens dans les années 30. Il a été commissaire politique de Stalingrad pendant la guerre où son action morale a été jugée déterminante pour la victoire. Personnage jovial mais rusé, il était apparu jusqu’alors comme une personnalité secondaire. Pourtant, il a su nouer de nombreux contacts parmi les membres du bureau politique qui s'inquietent des réformes de Beria.
 
 
 
 
Il va falloir trois ans pour fixer le nouveau pouvoir. Malenkov, peu expérimenté est rapidement mis sur la touche. Beria en profite pour essayer de se placer comme le successeur légitime et paradoxalement joue la carte du libéralisme politique. Il amnistie les accusés du complot des blouses blanches et ouvre les portes des goulags (1 million de libérations parmi lesquels beaucoup de vrais criminels, ce qui va entraîner une hausse de l’insécurité !). Mais ces espoirs entraînent des troubles en URSS et dans les pays frères notamment en RDA où éclatent des grèves durement réprimées par le pouvoir communiste est-allemand. Mais au Politburo, d’autres dont Khrouchtchev veulent l’évincer. Il est arrêté en juin 53 dans l’enceinte même du Kremlin. Jugé en secret pour complot il sera purement et simplement exécuté en décembre. Des méthodes brutales qu’il avait lui-même souvent utilisées par le passé. 
 arton418.jpgLes 16 & 17 juin 1953 éclate une insurrection ouvrière à Berlin-Est, qui se répand rapidement dans toute l’Allemagne de l’Est dénonçant l’augmentation des cadences dans les usines et les chantiers, à salaire constant. La riposte de l'armée est impitoyable et de très nombreux allemands de l'Est fuient vers l'Ouest.

 

Beria liquidé, la lutte pour le pouvoir se fait plus feutrée. C’est un jeu d’alliance subtil qui voit deux clans se former, l’un autour de Molotov, l’autre autour de Khrouchtchev qui accède en 1956 au poste de premier secrétaire du parti Communiste. En 1956, Khrouchtchev frappe un grand coup lors du XXème congrès du parti communiste en dénonçant officiellement les excès du stalinisme. La déstalinisation va permettre à celui-ci d’évincer Molotov et de le pousser progressivement vers des postes honorifiques mais sans pouvoir (comme ambassadeur en Mongolie). Après les années 60 il est exclu du parti. Définitivement écarté du pouvoir il disparait du premier plan de la politique soviétique et meurt en 1986.

 
Dernier détail, Molotov, dans ses mémoires, prétendit que Beria se serait vanté devant lui d’avoir fait empoisonner Staline pour éviter d’être liquidé le premier. Même si cette accusation n’a jamais été prouvée, elle rend bien la délicieuse ambiance de paranoïa qui régnait à Moscou sous l’ère stalinienne.
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9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 14:02

Stalin-post49.jpg

Pour retrouver la première partie de l'article.

De retour après quelques vacances loin de mon ordinateur. Continuons notre petit tour d’horizon de la propagande stalinienne : la figure du vojd (guide) se retrouve un peu partout dans le pays notamment par des portraits géants et des statues qui se retrouvent dans les centres-villes d’URSS et des « pays frères ». Tout le pays se couvre de rues, places, écoles, usines, fermes modèles nommées en l’honneur du Chef. Sans que celui-ci n’ait besoin d’en donner l’ordre d’ailleurs, ses subordonnés voulant se faire bien voir du « Patron » (comme ils l'appellent entre eux),  en flattant son ego. N’oublions pas que l’une des plus grande ville du pays avant la guerre, Volgograd (la ville de la Volga en russe) est devenue en 1925 : Stalingrad (littéralement la ville de Staline). La montagne la plus élevée d’URSS est renommé le pic Staline  Il y eut même en 1937 le projet de rebaptiser Moscou « Stalinodar » (en quelque sorte « la stalinienne » mais si quelqu’un connaît le véritable sens précis de ce nom en russe je suis preneur), un honneur finalement refusé par Staline lui-même.

stalin-letna2.jpgstalin-letna.jpg
 Staline guidant l'armée rouge sur la colline de Letna à Prague
 

L’art est d’ailleurs mis au service du régime par l'un des principaux collaborateurs de Staline, Andrei Jdanov (celui de la doctrine du même nom). C’est le réalisme soviétique, ou jdanovisme qui doit bannir toute forme abstraite ou irréelle pour privilégier la représentation d’une réalité magnifiée par le communisme: 

Pour en savoir plus sur l'art officiel je vous renvoie à l'article sur ce sujet sur l'excellent blog Bricabraque de Mr Blottière 

 

stalin-gottwald1.jpgEn Europe de l’Est, surveillée par l’URSS, on se doit de se conformer aux ordres du « petit père des peuples », c’est pourquoi les dirigeants locaux aiment dans leurs propres œuvres officielles à se mettre en scène au côté de Staline. Ainsi ici, Klement Gottwald le chef du parti communiste tchécoslovaque qui se place sous le patronage direct de Staline

 
 

Les citoyens connaissent d’ailleurs peu leur chef en dehors de la propagande. Celui-ci n’apparaît jamais en public en dehors de quelques cérémonies officielles. Il voyage peu, sort rarement du Kremlin si ce n’est pour aller dans sa datcha (maison de campagne) hyper protégée de Kountsevo dans la banlieue de Moscou ou l’été dans sa résidence de vacances à Sotchi sur la Mer Noire. Après la guerre, sa paranoïa n’a fait que croître et il se méfie de tous ses collaborateurs qu’il n’hésite pas à faire jeter au goulag au moindre soupçon d’insubordination. La légende (jamais vraiment confirmée) veut qu’il ait des sosies lors des apparitions publiques pour éviter les assassinats. Quand il quitte le palais présidentiel ce sont 4 limousines aux vitres fumées qui circulent en trombe dans la capitale en se doublant les unes les autres constamment pour éviter que l’on sache dans laquelle se trouve le Vojd.  

L’homme est un bourreau de travail, extrêmement difficile à vivre. Passionné par le pouvoir, il profite peu du luxe lié à son poste mais intervient personnellement à tous les niveaux de l’état et prend les décisions seul. Il est veuf depuis 1932, son épouse Nadedja, communiste sincère, s’étant suicidée d’une balle dans la tête après une dépression consécutive à la politique répressive de son mari (c’est un point encore discuté de nos jours par les historiens, évidemment, à l’époque, la version officielle évoqua une mort naturelle, la vérité étant impensable à révéler). Il a eut trois enfants écrasés par la stature de leur illustre père. Iakov mort dans les camps nazis pendant la guerre, Vassili qui fera une petite carrière dans l’armée de l’air et Svetlana qui fuira l’URSS en 1967. Une anecdote illustre le personnage : son fils Iakov servit dans l'Armée Rouge pendant la Seconde Guerre mondiale. Il fut capturé par la Wehrmacht. Les Allemands proposèrent de l'échanger contre Friedrich Von Paulus, Feld-maréchal allemand capturé par les Soviétiques après la bataille de Stalingrad. Staline refusa toute négociation. Iakov pourtant considéré comme un prisonnier à ménager mourut peu de temps après dans son camp d’internement dans des conditions demeurées peu claires (suicide ? assassinat ? tentative d’évasion ? Il n’y eut jamais de véritable enquête après la guerre.)
 
L’image tout comme l’histoire officielle est aussi retouchée au gré des besoins du régime. Lorsqu’un dirigeant tombé en disgrâce est physiquement éliminé dans les purges staliniennes, il disparaît aussi purement et simplement des photographies.
 
 staline-iejov-copie-1.jpgNikolaï Iejov, chef de la police politique jusqu'en 1938, tombé en disgrace et exécuté dans une purge stalinienne est ainsi littéralement gommé des photographies officielles...
 

Paradoxalement en occident, ce culte de la personnalité est tout aussi vif dans les partis communistes français ou italiens qui célèbrent en grande pompe les anniversaires du chef. Dans l’atmosphère d’affrontement idéologique de l’époque il est hors de question de remettre le camarade Staline en cause. Sa mort en 1953 est vécue comme un véritable drame national par tous les militants communistes. A l’intérieur de l’URSS bien sûr où des millions de gens défilent devant son mausolée où son corps embaumé repose auprès de Lenine (il y aura même des morts lors d’un mouvements de foule) mais aussi dans les partis communistes du monde. Pour en savoir plus : Les obséques de Staline

 
 Stalin-Picasso1953.jpgphoto11.gif

Le parti communiste français se joint au culte de la personnalité de Staline. Le voici, peint par Picasso à l'annonce de sa mort. Un tableau qui déplaira énormement aux responsables du parti, non pas parce qu'il est franchement moche, mais parce qu'il ne repond pas aux canons esthétiques du réalisme soviétique en vigueur à l'époque. Paul Eluard, lui, compose ces vers qui illustrent bien l'adoration aveugle des communistes envers leur leader:

"Staline dans le cœur des hommes
Sous sa forme mortelle avec des cheveux gris
Brûlant d'un feu sanguin dans la vigne des hommes
Staline récompense les meilleurs des hommes
Et rend à leurs travaux la vertu du plaisir
Car travailler pour vivre est agir sur la vie
Car la vie et les hommes ont élu Staline
Pour figurer sur terre leurs espoirs sans bornes.
Et Staline pour nous est présent pour demain
Et Staline dissipe aujourd'hui le malheur
La confiance est le fruit de son cerveau d'amour
La grappe raisonnable tant elle est parfaite."
 
 
 

Pour terminer un montage à partir d’un film de propagande : La Chute de Berlin, fresque en couleur de 2h30 de 1949 sur la seconde guerre mondiale à la gloire du régime. Staline y est interprété par son sosie officiel, l’acteur Mikhail Gelovani (qui n’avait le droit d’interpréter que ce rôle). Il y apparaît tout autant comme un stratège génial qui dirige l’armée rouge d’une main de maître que comme un négociateur habile tenant tête lors des grandes conférences à un Churchill alcoolique et sournois. Il a même le temps de bénir et d’encourager la romance entre les héros du film, Alexei ouvrier modèle et soldat courageux et Natacha, l’institutrice résistante déportée par les allemands. Voici un montage intéressant qui permet de bien voir la façon dont les événements sont réinventés pour coller aux événements tels que ces scénes où le peuple berlinois (dont une partie est désormais sous régime communiste et donc n'est plus l'ennemi) est sacrifié par un Hitler grotesque qui préfére les noyer dans les abris antiaériens plutôt que de les voir "délivrés" par les communistes. Ou encore la scène finale où Staline arrive dans Berlin conquis par les soviétiques et est acclamé par une foule éperdue et reconnaissante.

 



 

Sources : Divers manuels / Radio-Prague  / Histoire sur le web / Nanarland (pour tout savoir sur la Chute de Berlin)/ Boomer Café
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24 octobre 2007 3 24 /10 /octobre /2007 00:00
Réponse à mon petit test autour du commentaire d'image de Staline. Le voyd (guide) n'a pas entraîné les foules car je n'ai hélas eu que peu de réponses et encore seuls les TS se sont manifestés (et ben les TL du nerf que diable !).
Si, avant 1953, vous aviez montré aussi peu d'enthousiasme à célébrer le camarade Staline, vous vous seriez tous retrouvés au goulag !
stalinbis.jpgLongue Vie au grand Staline

Heureusement il reste quelque courageux pionniers komsomols dont la patrie du socialisme peut être fier. La meilleur interprétation est celle d'Armand Vassal qui livre une superbe analyse du document pointant même une erreur de date de ma part, l'affiche datant de 38 et non de 46 comme je l'avais initialement annoncé en me fiant à une source erronée.

Cette affiche qui date de 1946 représente un buste de Staline en tenue BLANCHE, habit de maréchal de Russie (on célèbre sa victoire sur les nazis après la guerre en 1946) ; Il est certes au deuxième plan, mais les personnes du 1er plan n'ayant pas de visages, on ne voit que lui, au centre de l'image , il domine complètement l'affiche! Dans cette scène, tout converge vers Staline : les chars avancent vers lui, les lignes de fuite convergent vers lui : les membres du défilés alignés, la queue de l’avion le plus proche sur la photo, tous les regard des militaires…etc. Staline ne semble cependant pas s'intéresser aux hommages qui lui sont rendus, mais regarde plutôt vers l’avenir, pour montrer à son pays la direction à suivre: l'URSS doit aller vers le progrès, et devenir une puissance militaire importante (prémices de la guerre froide); cette puissance militaire est d'ailleurs représentée par les chars au fond à droite, et par les avions qui survolent la scène, avions qui sont également symbole des progrès fait par l'URSS (« grâce à Staline ») Staline tourne le dos à la foule et à l'armée pour avoir en face de lui les jeunesses soviétiques, pour insister sur leur importance au sein de L'URSS et pour insister sur le fait qu’elles sont l’avenir de L’URSS et qu’il faut prendre exemple dessus; Elles représentent la rigueur, le courage, la discipline, l'obéissance envers le parti, et le travail pour la patrie... Bref, tous les idéaux du parti. Au passage, les membres du défilé lui donne des bouquets de fleurs rouges, probablement des roses (le rouge étant la couleur du communisme) Tous les visages (sauf ceux du défilé) sont tournés vers lui, pour montrer qu'il est avant tout l'homme le plus important de cette scène et qu'il doit être respecté ; ces visages sont chaleureux, souriants, et confiants envers leur chef. Enfin, on aperçoit le Kremlin au fond, qui est le symbole du pouvoir russe et de l'autorité.


Toutefois, après quelques recherches auprès de l'institut international d'histoire sociale (IISG), il s'est avéré que l'affiche datait de... 1938! Ce qui peut complètement changer son interprétation !!! En effet, à ce moment là, Staline ne peut pas être victorieux de la 2nd guerre mondiale, puisque celle-ci n'a pas encore eut lieu... On pourrait alors dire que cette affiche ne sert pas à glorifier Staline pour sa victoire contre les nazi ; à cette époque, il y a beaucoup de tensions entre l'Allemagne et la Russie, et Hitler n'a pas encore proposé à Staline son pacte germano-soviétique, les deux nations se préparent donc militairement chacune de leurs cotés, Hitler ayant rompu le traité de Versailles, ce qui explique la présence de l'infanterie, des chars et de l'aviation sur cette image, ou encore ce défilé militaire des jeunesses communistes en komsomols: les préparatifs de la seconde guerre mondiale. Staline voudrait alors mettre son peuple en confiance en montrant que l’armée Russe est puissante


urss-ordre-staline-copie-1.jpg
                                                                            
Bien vu. Voilà qui mérite l'ordre de Staline (avec l'étoile rouge et la faucille et le marteau emblèmes de l'URSS), et un 10/10 dans les notes d'exercices !




Mais nous n'en avons pas fini avec Staline par l'image, en effet, très prochainement, nous verrons le cinéma de propagande, le culte de la personnalité en France et dans les pays occupés par l'armée soviétique et nous découvrirons comment retoucher habilement une photographie pour faire disparaître les anciens amis devenus génants...

(A suivre)
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16 octobre 2007 2 16 /10 /octobre /2007 01:38

Puisque nous étudions la propagande pendant la guerre froide arrétons nous un peu sur le commentaire d'images de propagande. Pour mieux comprendre le système soviétique stalinien, étudions ensemble le personnage au travers de ses affiches de propagande. C’est l’occasion d’étudier les différents plans de l’image, le choix des couleurs (le rouge: couleur symbole du communisme revient souvent), et la symbolique des détails.

 
 
 
L’imagerie autour de Staline est parfaitement codifiée et la propagande d’état s’y conforme. Le visage est serein, jamais on ne le voit en colère. Staline est à partir des années 30 toujours représenté en uniforme. Un uniforme gris tout simple jusqu’à la guerre où la seule décoration visible est une médaille : l’étoile d’or de héros de l’Union Soviétique. Puis après la guerre, Staline est de plus en plus souvent représenté en uniforme blanc de maréchal de l’URSS.

Voici quelques exemples d'affiches glorifiant le camarade Staline.
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Staline l’héritier de Lénine :

lenine-staline.jpgLes réalisations du communisme 

 

Lenine s’appuyant sur un livre (de science ? un ouvrage de Marx ? là on ne peut fait que des hypothèses) dessine sur une carte les plans de l’électrification du pays. Dans le cadre derrière lui, un barrage et une centrale électrique symbole de la modernisation de l’URSS par les grands plans quinquennaux. Staline poursuit l’œuvre et réalise le rêve de Lénine. Derrière lui une carte montre le progrès parcouru, chaque éclair représentant symbolisant une centrale électrique.
 
La figure du chef de la révolution d’octobre 17 va être magnifiée et Staline se place toujours dans la continuité de son oeuvre. Staline au passage s’accapare un héritage qui ne lui appartient nullement et efface tous les autres révolutionnaires des premiers temps du bolchevisme. D’ailleurs la plupart des grandes figures du bolchevisme des débuts ont été purement et simplement éliminés physiquement au cours des grandes purges des années 30 (ou comme Trotsky en exil au Mexique assassiné par les services secrets soviétiques). Plus personne au milieu des années 40 ne vient contester l’idée officielle que Staline est le continuateur désigné par Lénine, mort en 1925, alors que ce dernier l’avait pourtant désavoué dans son testament.

Staline le bâtisseur visionnaire :

0-587-03056-9-L-Long-Live-Stalin-Great-Architect-of-Communism-Affiches-copie-1.jpgLongue vie à Staline grand architecte du communisme


Là encore un barrage. Staline dans son grand uniforme, le regard tourné vers l’horizon et donc l’avenir, préside à la construction de ce barrage dont il a les plans à la main (là encore l’électrification, grand symbole de progrès dans l’imaginaire soviétique). Au second plan, des responsables locaux du parti regardent leur chef et semblent attendre les ordres. A l’arrière plan, la foule anonyme, drapeau rouge claquant au vent, salue le grand homme.
 
Dans la réalité la modernisation du pays s’est faite à marche forcée et en utilisant abondamment la main d’œuvre gratuite des camps de travail. La guerre va mettre un coup d’arrêt brutal à quelques projets pharaoniques notamment un plan d’urbanisme concernant Moscou et qui devait culminer par la création d’une tour du communisme de 400 mètres de haut surplombée d’une statue de Lénine. Néanmoins les grandes villes soviétiques détruites par le conflit seront toute rebâties sur ce modèle : rue rectilignes, grand immeubles austères et massifs de béton. Voici une petite vidéo de 1939 qui présente le projet sous forme de maquette. Elle est en russe mais vous ne perdez en fait qu’un commentaire élogieux à la gloire du forcément génial camarade Staline. Notez la force propagandiste du plan final.

 

Staline veillant sur le peuple :

 o-kazhdom.jpg

Staline au Kremlin veille sur chacun d’entre nous

 

La nuit est tombée sur L’Union Soviétique, pourtant Staline, infatigable, travaille encore pour le pays (il est même une heure du matin à l’horloge du Kremlin, le palais présidentiel). Au sommet du Kremlin l’étoile rouge symbole du communisme, brille comme un phare. Remarquez son bureau tout simple, signe de la modestie proverbiale du chef. Car paradoxalement Staline aime toujours à se présenter comme un homme simple fuyant les honneurs et méprisant la flatterie. Ce qui ne l’empêchera de transformer Volgograd en Stalingrad et de faire mettre des statues et des portraits de lui dans toute l’URSS.

 

Staline le guide des peuples :

 pod-voditelstvom.jpg

Suivons la direction de Staline, allons vers le communisme.

 

 

Staline est au centre de l’image et pointe la direction à suivre : vers l’avant ! Autour de lui, une foule de jeunes gens, hommes et femmes (l’URSS se veut un régime égalitaire sur ce plan) aux visages francs et joyeux dont les regards convergent vers cette main tendue. Ils représentent par leurs vêtements traditionnels les différentes nationalités qui composent l’Union Soviétique. A noter qu’on peut distinguer un militaire au second plan rappelant le rôle primordial de l’armée rouge dans l’imaginaire soviétique surtout après la seconde guerre mondiale. En arrière plan, une carte du Sud de l’URSS surplombe la foule innombrable qui suit le chef. (Le document est en effet destiné au départ pour les républiques caucasiennes du Sud du pays.)

Ce n’est sûrement pas un hasard mais si on suit la direction pointée par Staline (le Nord Ouest) on se dirige vers Moscou, la capitale, là d’où viennent les ordres du chef. Enfin tout au fond sur les côtés, une ville moderne à l’architecture soviétique massive à gauche et des pylônes électriques à droite rappellent le progrès apporté par le régime

 

Staline grand-père de la nation :

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Des roses pour Staline


Dans ces deux tableaux d’une étonnante naïveté apparente , Staline apparaît comme une figure paternelle et rassurante. Sur le premier, des enfants en uniformes de komsomols, les jeunesses communistes, offrent à Staline un gros bouquet de roses au milieu d’un paysage champêtre. Leurs visages semblent à la fois joyeux et un peu intimidés devant la figure du chef. Staline est à la fois un bon grand-père mais aussi une figure imposante qu'on se doit d'admirer et de remercier.

 

Le deuxième tableau du même peintre semble encore plus étonnant, Staline est quasiment présenté comme un membre de la famille, qui accompagne les enfants à la campagne. Staline est ici une figure familière. C’est le rappel que le communisme et donc le culte du chef est au centre de la vie du soviétique, recréant une sorte de nouvelle famille idéalisée. N'oublions pas que le parti joue notamment par ses organisations de jeunesse un rôle central pour tous les soviétiques et apparait donc comme une deuxième famille.

 

Staline le libérateur du pays :

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Dans les jours joyeux de notre libération du joug des envahisseurs allemands…

 

Une famille de pauvres paysans accroche le portrait de Staline aux murs de l’isba (la maison de bois traditionnelle). La joie et l’espoir dans l’avenir sont symbolisés par l’enfant rieur. Par la fenêtre l’armée soviétique, reconnaissable à son casque, avance vers l’ouest. La seule tache de couleur est le drapeau rouge ressortant ici d’autant plus. Dernier détail le seul nom en capitale dans le petit texte sous le dessin est bien sûr celui de Staline écrit en cyrillique, l’alphabet russe.



A vous de jouer:

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Petit exercice:
Je ne traduis pas le slogan pour compliquer la tache. Essayez de me décortiquer cette affiche de 1938 (et non 1946 comme je l'avais initialement indiqué m'appuyant un peu confiant sur une traduction fausse) et de me proposer une interprétation de celle-ci en vous inspirant des précédentes. Je laisse jusqu'à la fin de la semaine (dimanche)  pour jouer. Celui ou celle qui m'envoie la meilleure interprétation des documents par les commentaires gagne une (bonne) note d'exercice sur 10 correspondant à la qualité du travail. (Je garde le meilleur résultat par classe !)



Les resultats de l'exercice

La 2nde partie de l'article

 

 

 

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Published by Mr Tribouilloy - dans Le système soviétique
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