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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 23:03

Nous l'avons évoqué en cours, le monde est secoué en ce moment par une série de crises relativement préoccupantes. Vous pouvez vous reporter à l'excellent dossier constitué par Etienne Augris sur la crise israélo-palestinienne, un sujet dont nous allons reparler en classe très bientôt.

Pour le moment remontons en Europe Centrale et intéressons nous à la crise gazière et diplomatique qui secoue la Russie, l'Ukraine et l'Union Européenne en ce glacial mois de janvier. La Russie vient de couper l'approvisionnement en gaz naturel à l'Ukraine et, par ricochet, crée une situation de pénurie dans toute l'Europe.

La Russie posséde en effet de gigantesques reserves de pétrole et de gaz naturel sur son territoire. Bien avant la fin de la guerre froide, dès les années 70, elle s'est mise à commercer avec l'Europe échangeant son gaz contre des biens de consommation et de la nourriture. De grands gazoducs traversent toute l'Europe de l'Est pour arriver en Allemagne ou en Italie et alimenter les chauffages occidentaux. L'Oural et la Sibérie fournissent en effet un quart du gaz consommé en Europe. Certains pays sont très dépendants, notamment à l’Est, comme en Bulgarie qui dépend à 98% du gaz russe, ou les Etats baltes, dépendants à 100% des importations russes.

Avec la fin de l'URSS, les anciens pays satellites et les républiques de l'Union Soviétique ont négocié des tarifs préférenciels avec l'autorité russe. En effet dans l'ancien système, le problème de l'energie ne se posait pour l'Ukraine et ses voisins, ils faisaient partie du même pays que la Russie donc pas besoin de developper des énergies autonomes, la Sibérie alimentant toute l'Union. Les ressources étaient partagées de façon communiste et chaque région s'étant spécialisée, le bloc de l'Est fonctionnait comme un tout cohérent et solidaire. Ce qui explique qu'au moment de l'indépendance des pans entiers des économies des anciennes républiques se sont retrouvées non developpées. Alors au moment de l'indépendance des accords ont eu lieu pour s'echanger les produits de premières nécéssités à tarif préférenciel.

 

                                             Source : Cartographier le présent (cliquer pour agrandir)

En Russie, le contrôle des matières premières est devenu rapidement un enjeu vital. Depuis la fin des années 90, le gaz est redevenu monopole d'état. Toutes les sociétés gazières privées nées de la fin de l'Union Soviétique ont été quasiment démantelées par Vladimir Poutine qui les a remplacé par Gazprom. Le groupe produit 95% du gaz naturel russe, tout en contrôlant 17% des réserves mondiales. Il est à la tête du plus grand réseau de gazoducs du monde. Et il détient des intérêts, entre autres, dans des banques, des compagnies d’assurance, des médias et de l’immobilier. Gazprom contribue pour quelque 20% des recettes budgétaires de l’État russe et à hauteur de 8% de son PIB. Elle emploie 450 000 personnes. Autant dire que de par son importance le gaz est devenu affaire d'état en Russie. Dimitri Medvedev, l'actuel président russe en est l'ancien directeur. Aucune décision n'y est prise sans l'aval des autorités du Kremlin.

Mais le temps passe et de plus en plus de pays d'Europe de l'Est se tournent vers l'U.E. et les Etats-Unis. Ainsi en Ukraine, le gouvernement Ioukatchenko s'est fait élire sur la base d'un programme très pro-occidental : adhésion à l'Union Européenne et à l'OTAN, politique ouvertement hostile à la Russie accusée de vouloir destabiliser le pays en agitant les minorités russophones qui agitent les provinces minières de l'Est (dont la Crimée, la Riviera Ukrainienne accés direct à la Mer Noire et riviera touristique qui intéresse bien des investisseurs à l'approche des J.O. de Sotchi). Comme avec la Georgie les relations entre Moscou et Kiev se sont brouillées d'autant que les russes voient la main des Etats-Unis derrière toute atteinte à leur domination sur leur ancien empire.

La société Gazprom s'est donc mise en tête de vouloir renégocier à la hausse les tarifs de livraison de gaz avec l'Ukraine. Comme Kiev traine les pied, Moscou décide d'agir de façon brutale, comme on le ferait avec un mauvais payeur. Le 1er janvier 2006, dans le froid de l'hiver, elle coupe les livraisons deux jours pour forcer les ukrainiens a passer de 50 à 100 $ puis comme les deux pays continuent à s'affronter rebelotte en 2007 et en 2008. Notamment pour renégocier les droits de passage sur le sol ukrainien des gazoducs russo-européens, car les ukrainiens pour compenser l'augmentation du prix du gaz ripostent en haussant les droits de passage sur leur sol. Quand l'économie et les rivalités polico-diplomatiques se rejoignent.




C'est pourquoi ces questions gazières depuis trois ans tous les hivers revient sur le tapis. Avec l'augmentation croissante du prix du gaz ces dernières années et la crise financière actuelle, la situation de l'économie ukrainienne s'est fragilisée et le poids du budget chauffage commence à peser.  D'autant qu'en Ukraine, la crise gazière se double d'un bras de fer politique entre le président Viktor Iouchtchenko, et son premier ministre Ioulia Timochenko, celle-ci  accusant le premier  de corruption et d'enrichissement personnel au travers de Naftogaz, la compagnie de gaz ukrainienne qui aurait contracté de façon opaque près d'1,9 milliards d'euros de dettes auprès de Gazprom. De plus les russes accusent les ukrainiens de siphonner illégalement du gaz transitant sur leur sol à destination de leur clients européens. Bref chacun se renvoie la responsabilité de la crise à la figure avec beaucoup de mauvaise foi.

Un bel imbroglio où les enjeux économiques, politiques et personnels sont imbriqués et qui touche par contrecoup l'Europe car lorsque les russes ferment les robinets de gaz en direction de l'Ukraine, c'est toute l'Europe qui est touchée.


L'Europe elle se retrouve piégée par cet affrontement. Pourtant en 2006 lorsque la crise à commencé elle a mise en place une commission pour surveiller ses approvisionnements en gaz. Mais comme à son habitude elle s'est perdue en divisions et en discussions stériles plutôt que de mettre en place un programme de gestion commune de leur energie. Personne ne veut payer pour désenclaver l'Europe de l'Est et l'Allemagne s'est associée à la Russie pour créer un oléoduc sous la Baltique, le North Stream qui permet de se passer des Pays Baltes ou de l'Ukraine. le "chacun pour soi" qui semble hélas avoir remplacé ces dernières années la volonté d'une véritable solidarité européenne.

Une Europe instrumentalisée tant par les Russes qui espèrent contraindre les Ukrainiens à payer au prix fort le prix de leur gaz que par les Ukrainiens qui jouent la carte du catastrophisme face à un géant russe autoritaire et dominateur pour faire oublier leur propre corruption.

Après des négociations menées par le premier ministre tchèque (le pays à la tête de l'Europe pour le premier semestre 2009) avec les deux parties, la situation semble progressivement se débloquer elle va envoyer des observateurs. Mais sur le fond le problème demeure intact, soulignant au travers de la dépendance energétique de l'UE envers la Russie, l'absence de nouveaux grands projets communs et les tensions qui persistent à nos frontières orientales.

Quand à la Russie elle montre à la fois sa volonté de jouer le jeu du commerce mondial tout en n' hésitant pas à faire valoir ses droits de façon brutale, surtout dans cette Europe de l'Est qu'elle considère comme sa zone d'influence naturelle.

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20 août 2008 3 20 /08 /août /2008 15:36

Une semaine et demie s’est déroulée depuis le début des événements du Caucase. En théorie, les armes se sont tues et si l’on en croit les termes du cessez-le-feu négocié par l’Europe, la Russie est en train d’évacuer la Georgie. Dans la réalité, les chars russes continuent à patrouiller dans le Nord du pays et dans les enclaves ossétes, les minorités géorgiennes (près de 40 % de la population tout de même) sont poussées au départ par les milices indépendantistes. Quand à la Georgie, elle se drape dans son statut de victime pour faire oublier la dureté de son intervention initiale en Ossétie.

 

 

 

 

   

La première partie de cette étude nous a permis de voir les causes de ce conflit. Le déroulement de celui-ci, encore assez confus, reste sujet à bien des interrogations. En effet, les informations qui nous sont parvenus sont très largement contradictoires et difficilement vérifiables. Il faut avoir en tête que le contrôle de l’information est devenu une arme de plus dans la guerre moderne. Les journalistes et les organisations humanitaires qui tentent d’en savoir plus sur ce qui se passe sur place, sont très soigneusement encadrées par les armées respectives qui ne leur montrent que ce qu’elles veulent bien leur montrer. Les Ossètes font visiter l’hôpital de leur capitale bombardé par les Géorgiens, les Géorgiens montrent les corps des civils tués par les Russes ou les milices ossétes, quand aux Russes, ils montrent leur armée accueillie en libérateurs, distribuant de la nourriture aux civils ossètes.

 

Ajoutez à cela le fait que bien des interrogations demeurent sur ce qui s’est réellement passé au début de cette crise, où diplomatie parallèle, conseillers militaires, argent du pétrole et services secrets ont été très présents. Peut être sauront nous dans quelques années ce qui a tout déclanché. Certains voient derrière les actions du président Saakachvili la main des américains (qui chercheraient à encercler la Russie via l’OTAN) et des israéliens (qui ont de nombreux conseillers militaires en Géorgie, qui pourrait être une base de départ idéale pour des bombardements sur l’Iran). D’autres voient dans l’intensification des attaques terroristes des indépendantistes ossètes ces derniers mois, l’action des russes pour provoquer une attaque géorgienne qui justifierait une riposte militaire histoire de mettre la main sur les oléoducs locaux. .

   

Rappelons les principales phases de la crise telle que nous la connaissons aujourd’hui.

 

Depuis plusieurs mois, la tension ne cesse de croître. En Ossétie du Sud, attentats et échanges de tirs entre rebelles ossètes et forces de l’ordre ont entraîné le refroidissement des relations avec la Russie, dont les troupes de maintien de la paix en Ossétie sont soupçonnées par Tbilissi d’aider les indépendantistes.

 

Dans les premiers jours d’août, de violents accrochages éclatent entre rebelles ossétes et l’armée géorgienne. Leur déroulement est mal défini mais il y a visiblement quelques dizaines de morts de chaque côté. Le 8, alors que le monde a les yeux tourné vers les J.O. de Pékin, le président Saakachvili ordonne une opération militaire de grande ampleur sur Tskinvali, la capitale osséte. La Russie dénonce immédiatement des bombardements meurtriers et une politique de terreur sur les ossétes qui sont citoyens russes depuis que Moscou leur a accordé des passeports. De plus, elle annonce que des soldats de maintien de la paix russe ont été tués.

 

La riposte russe est immédiate et une colonne blindée rentre en Ossétie, chasse les troupes géorgiennes et continue dans la foulée sa progression sur le territoire proprement dit de la Géorgie, bombardant les principales infrastructures du pays et organisant un blocus des ports. Russie et Georgie s’accusent mutuellement d’épurations ethniques et de crimes de guerre.

 



                                                                         (colonne russe en Georgie : source lemonde.fr)


L’Europe par la voix de Nicolas Sarkozy, président en exercice de l’U.E. présente une médiation pour un cessez-le-feu accepté (mais pas forcément respecté) par les deux partis. Les Etats-Unis après un temps d’hésitation soutiennent leur allié géorgien et somment la Russie de se retirer. Cela reste sans effet et à la tribune de l’ONU les affrontements verbaux entre représentants russes et américains ne sont pas sans rappeler les grandes heures de la guerre froide. La Géorgie annonce qu’elle quitte la Communauté des Etats Indépendants et veut accélerer sa rentrée dans l'OTAN.

 

 

A partir du 12, c’est officiellement le cessez-le-feu conformément au plan européen. Mais les russes qui n’ont pas de véritable calendrier de retrait fixé à leurs troupes continuent à occuper le Nord de la Georgie, malgré les menaces de l’OTAN et de l’UE. Les ossétes, mais aussi les abkhases négocient leur rattachement à la Russie en temps que "république associée ".

 

Voilà où on est à la date du 20 août 2008, gageons que nous ne sommes pas au bout de cette crise.

 
Pour une chronologie plus précise des événements :


                 Prisonniers georgiens exhibés par les soldats russes (source : New York Times)


Quelles réalités nouvelles apparaissent à la suite du conflit avec la Georgie. Celle-ci paye son trop grand empressement à s’aligner sur la politique américaine. L’avenir politique de Saakachvili bête noire de Moscou risque de passer par un raidissement autoritaire et ultranationaliste, ce qui est déjà dénoncé par ses opposants. Il est douteux que les Russes restent longtemps en Georgie, en dehors des provinces sécessionnistes. C’est une simple question de prudence pour éviter un danger d’enlisement à l’irakienne mais aussi pour ne pas risquer des sanctions diplomatiques. Ils se contentent de bien montrer leur force et laisseront
aux milices ossétes et abkhazes largement armées le soin de faire "le sale boulot".


 Il est d’ailleurs à noter que dans cette affaire, le président Medvedev s’est donné une stature d’homme d’état qui lui faisait  jusqu'à présent défaut. Vladimir Poutine, même s’il n’est jamais loin, a su se faire discret, tout en gérant sur le terrain la réalité de l’action militaire. Il a laissé le volet international à son poulain. Celui-ci a utilisé les mêmes formules martiales que Poutine du temps de la guerre de Tchétchénie "Vous savez, ce qui différencie les déments des autres personnes, c'est que lorsqu'ils sentent l'odeur du sang, il est très difficile de les arrêter. De sorte qu'il faut recourir à la chirurgie" (parlant de Mikhail Saakachvili). De quoi lui donner un peu d’épaisseur aux yeux de son peuple toujours sensible aux sirènes du nationalisme martial.

 

La Russie prend d’ailleurs des risques en agitant les nationalismes dans la région. Une fois les Ossétes du Sud dégagés de la tutelle géorgienne qu’est ce qui empêche leurs frères du Nord de demander à leur tour leur indépendance par rapport à la Russie. Et quid de la Tchétchénie mise en ruine depuis quinze ans par la Russie parce qu’elle demande son indépendance ? Et à quand le réveil du Daguestan ? De l’Ingouchie ? De la Kalmoukie etc… etc…

Ce réveil du nationalisme russe ne cesse d’inquiéter les anciens états communistes. Les Pays Baltes ont poussés l’U.E. a condamner vigoureusement la Russie. La Pologne vient de signer en urgence sa participation à un programme d’installation de missile défensif de l’OTAN. L’Ukraine tente de limiter l’action de la marine russe dans la mer Noire. La Russie fait désormais très peur.

Dernier détail, on aurait aussi tort de négliger dans cette affaire les intérêts économiques. Non pas tant en Ossétie qu’en Abkhazie, véritable riviera sur la mer Noire, située à quelques kilomètres de Sotchi, qu’on surnomme parfois la St Tropez russe. C’est là qu’en 2014 auront lieu les prochains Jeux Olympiques d’hiver (car la ville est aussi au pied des stations du Caucase). De très nombreux entrepreneurs russes ont investis pour développer le tourisme dans cette région et la perspective des J.O. fait déjà espérer la création dans toute la province d’une très lucrative "Côte d’Azur" sous contrôle russe.

 
Une chose est sûre en tout cas, le programme de géo de terminale vient de prendre un coup de vieux d’un seul coup. La Russie n’est plus un état en recomposition, elle est redevenue depuis quelques années une véritable puissance militaire et économique et peut désormais intervenir par la force pour faire valoir ses intérêts. 

 
Des sources intéressantes :
Caucaz.com  site spécialisé sur cette région.  Le blog de Stephane Mantoux, un jeune certifié d'histoire géo passionné des choses militaires qui decortique le conflit au jour le jour.

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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 15:46

Les événements qui se déroulent ses jours-ci dans le Caucase illustrent parfaitement la volonté de la Russie de reprendre son rôle de grande puissance et de véritable gardien de l’Asie Centrale. Car le grave affrontement qui embrase le Caucase entre deux anciennes républiques de l’ex-URSS est à la fois le fruit d’une crise qui couve depuis la fin de l’Union Soviétique et le signe que la Russie entend bien redevenir la puissance qu’elle était du temps du communisme triomphant. Paradoxe, Gori, l’une des villes géorgienne bombardée par l’armée russe n’est autre que le lieu de naissance de Staline. Cette guerre illustre aussi la complexité du monde contemporain où la fragmentation constante des états ne cesse d’accélérer les conflits.
 

 

Pour comprendre ce conflit faisons un point sur les événements qui ont conduit les deux pays à rentrer en guerre.

 

                            Les chars géorgiens rentrant en Ossétie (source : figaro.fr)


Avec une histoire complexe remplie d’invasions et de conquêtes diverses et variées, le Caucase est devenu un gigantesque puzzle où cœxistent sur un espace réduit des dizaines de peuples aux langues, cultures et religions variées. La longue guerre de Tchétchénie en a été l’exemple.  Les frontières actuelles de la Georgie datent de 1936 et ont été fixée par Staline lui-même. Il en a profité pour diviser en deux l’Ossétie qui aurait pu prétendre à son autonomie. Un morceau au Nord pour la Russie, un morceau au Sud pour la Georgie. La Georgie a été « russifiée » par Staline, pourtant géorgien lui-même, qui a interdit la langue nationale géorgienne au profit du russe. Dans les années 70, la montée du nationalisme (et parallèlement des problèmes de corruption et de criminalité galopante qui font qu’aux yeux de l’opinion publique soviétique, puis russe après 91, l'image des géorgiens devint celle de gangsters maffieux caricaturaux, un peu comme les siciliens en Italie ) fit que Brejnev changea la situation pour calmer la région et réautorisa la culture géorgienne en donnant plus d’autonomie à la république de Georgie. Mais dans le même temps les ossétes et les abkhazes en profitèrent aussi pour réclamer eux aussi davantage d’autonomie.

 

En 1991, c'est la fin de l'Union Soviétique,  la Georgie prend son indépendance. Un an avant le parlement géorgien en a déjà profité pour faire du géorgien la principale langue nationale et réprime durement les tentatives autonomistes ossètes ou abkhazes. Aussitôt éclatent des révoltes indépendantistes de ces deux peuples, dégénérant face à l'intransigence du nouveau pouvoir de Tbilissi en guerres civiles meurtrières. Notons bien que, partout dans l’ex-URSS, on retrouvera ce genre de tensions qui dégénèrent souvent en conflits armés meurtriers.

 

La Georgie a été l’une des ex-républiques qui a le plus fait pour s’éloigner de l’influence de Moscou. Son premier gouvernement, celui du poéte Zviad Gamsakhourdia est rapidement devenu autoritaire et corrompu. Il  a exalté le nationalisme géorgien face aux minorités et refusé de faire partie de la CEI, la Communauté des Etats Indépendants crée à l’initiative de la Russie pour garder des liens économiques forts après l’éclatement de l’Union Soviétique. La Géorgie n’y est finalement rentré qu’en traînant les pieds, en 93, pour régler diplomatiquement les problèmes liés aux volontés indépendantistes de l’Ossétie et de le l’Abkhazie.

 

En effet les campagnes militaires géorgiennes contre les indépendantistes abkhazes sont des échecs sanglants où les populations civiles trinquent largement. 200 000 géorgiens sont expulsés par les milices abkhazes soutenues par la Russie. La même chose déroule en Ossétie. Les géorgiens doivent accepter la « médiation » russe et la présence de soldats d’interposition pour régler le conflit. Moscou en profite pour chasser le gouvernement Gamsakhourdia et imposer la présence de 3 bases militaires russes sur place. Les deux régions autonomistes proclament dans la foulée leur indépendance mais ne sont pas reconnue internationalement.

 
Les relations entre Russie et Georgie se sont un peu calmées pendant la deuxième partie des années 90. C'est le gouvernement d’Edouard Chevarnadze l’ancien ministre des affaires étrangères de Gorbatchev au temps de l’URSS, qui a su à la fois ménager la susceptibilité des russes qui tiennent ses approvisionnement énergétiques tout en liant des contacts économiques avec les Etats-Unis. Mais les conflits avec les indépendantistes continuent et Chevardnadze ternit son image en succombant à son tour aux charmes de la corruption et de la fraude électorale.


D’où l’élection en 2003 de Mikhail Saakachvili, juriste formé en Amérique et en Europe qui lui est élu triomphalement avec 95 % des voix dans ce qu’on appelle " la révolution des roses ". Fort du soutien des Etats-Unis, il somme les russes d’arrêter de se mêler des affaires géorgienne et s’aligne totalement sur l’Amérique et l’U.E.... La Georgie devient le nouvel espoir de progression des valeurs démocratiques et libérales dans la région.

                                                                                          Saakachvili (source :le point.fr)

Partenariat avec l’OTAN, envoie de troupes en Irak aux côtés de la coalition américaine, demande d'association avec l’UE, Saakachvili joue la carte de l'occident face à Moscou. D'ailleurs, il exige l’évacuation des bases russes en Georgie. Les américains voient là un moyen tant de limiter la puissance de la Russie que de continuer à s’implanter non loin du Moyen Orient. L’
avenue George W. Bush relie l'aéroport au centre de Tbilissi, la capitale et devant le Parlement, flotte le drapeau européen.                                                                       

Les relations avec la Russie s’enveniment rapidement d’autant qu’en 2004 une autre province située à la frontière avec la Turquie (mais où se trouve une grosse base russe), l’Adjarie, tente de prendre son indépendance à l’initiative d’un gouverneur local aux envies dictatoriales. Saakachvili résout la crise pacifiquement mais à partir de ce moment commence à se montrer de plus en plus brutal et sûr de lui. Toujours en 2004 des premiers affrontements violents ont lieu entre l'armée géorgienne et les milices independantistes ossètes. Le régime georgien se durcit. En janvier dernier il n’est réélu qu’à 53 % dans un scrutin où les fraudes semblent réelles.



(source :TéléQuebec)
 

Pendant ce temps Vladimir Poutine digère de plus en plus mal le rapprochement des anciennes républiques de l’URSS avec l’OTAN. Il a déjà fait pression sur l’Ukraine en lui coupant ses livraisons de gaz à plusieurs reprises. En 2006, cinq officiers russes sont expulsés avec fracas de Georgie pour espionnage. En réponse Moscou expulse à son tour des milliers de travailleurs georgiens. Pour faire plier la Georgie, Poutine, puis Medvedev son successeur, vont favoriser les revendications indépendantistes. Ainsi en mars 2008 sont accordés des passeports russes aux Abkhazes et aux Ossètes du Sud. Il renforce aussi la présence de soldats russes censés servir de garants de la paix dans ces régions, mais qui ne bougent pas alors que les indépendantistes ossétes ou abkhazes attaquent régulièrement les Géorgiens. Pendant ce temps on voit la Georgie accueillir de nombreux réfugiés tchétchénes. Beaucoup d’observateurs prédisent déjà cette guerre qui n’attend qu’une étincelle pour démarrer.

Pour la Russie le contrôle de la Georgie, c’est aussi la surveillance et le contrôle des grands oléoducs qui partent des champs pétrolifères de l’Azerbaïdjan vers la Turquie et l’Europe et notamment le BTC, Bakou-Tbilissi-Ceyhan qui permet d’éviter la Russie.

Lorsque suite à des provocations d’indépendantistes ossétes le président Saakachvili envoie l’armée géorgienne bombarder Tskhinvali la capitale osséte, il prend un grand risque. D’autant que dix soldats russes sont tués et qu’en théorie les Ossètes du Sud, de par leurs passeports russes, sont officiellement citoyens russes.  L’escalade commence. Nous en reparlerons.

Pour completer (et puis ce sont aussi une partie des sources de cet article avec les liens sur cette page)  :


Un excellent point sur la Georgie (datant de 2004) de la télé du Quebec
Un article de Rue 89 qui compile des reportages télévisés sur 20 ans de guerres séparatistes depuis la fin de l'URSS
Un article de Libération qui présente bien les enjeux 
Une chronologie du Monde.fr
Des précisions très intéréssantes sur le blog de Mr Auger
Une conférence donnée par Florence Mardirossian et reproduite sur diploweb (dont la carte suivante, résumant toute la complexité du probléme, est issue)



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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 10:04

Les élections qui viennent de se dérouler en Russie permettent de comprendre le nouveau visage de ce pays. Ce n’est plus l’état post-communiste en ruine du passé, mais une puissance nouvelle qui veut jouer jeu égal face à l’U.E. , la Chine ou les Etats-Unis et où le concept de démocratie reste une notion toute relative.

 

poutine_medvedev200.jpgLes résultats donnent donc une écrasante majorité pour Dimitri Medvedev candidat du parti « Russie Unie » de Vladimir Poutine. 70% des suffrages environ, dans une élection où le taux de participation, 65 %, a été élevé. Une élection « à la russe » avec son lot d’irrégularités et d’observateurs internationaux refoulés des bureaux de votes.

 

Des élections pleinement démocratiques sont quelque chose que les russes n’ont jamais vraiment connu. Après l'empire tsariste, puis l'ére soviétique, l'arrivée de la démocratie s'est faite difficilement. Les scrutins sous Eltsine puis Poutine ont toujours été entachés de soupçons d'irrégularités. Même si on n’en est plus au bon vieux temps du Parti unique, le personnel politique russe, Poutine en tête,  a été formé à l’école communiste.  Il y a bien des opposants, mais ils ont connu toute une batterie d’intimidations pour réduire au maximum leur influence. Rappelons nous Gary Kasparov, l’un des principaux opposants, arrêté pour trouble à l’ordre public peu de temps avant les élections législatives et empéché de se présenter à la présidence.

 

Medvedev sous l'oeil attentif de Poutine



« Russie Unie», le parti vainqueur, n’a plus besoin du goulag. Les régimes autoritaires savent se montrer plus subtils.  Le parti de Poutine contrôle la quasi-totalité des médias autorisés (notamment les 3 chaînes de télé diffusées sur l’ensemble du territoire) et en province, ses représentants font la pluie et le beau temps pour l’attribution des aides et des subventions. De plus, après quelques entourloupes juridiques, seuls 3 autres candidats avaient été autorisés. 2 « épouvantails » (un ultranationaliste et un communiste nostalgique) destinés à rendre le candidat Medvedev plus respectable et un inconnu, plus démocrate, mais que l'on n’a pu voir quasiment nulle part dans les médias.

force-en-presence.jpg

Le parlement russe depuis les dernières élections de 2007, pas d'opposition à craindre...

 

Et surtout aux yeux des Russes, Poutine sort avec un excellent bilan. L’économie russe, même si elle reste gangrenée par la corruption a parfaitement profité du boum du pétrole et du gaz, et l’aisance économique revient. Malgré les inégalités, le salaire moyen ne cesse d’augmenter. Il a aussi parfaitement su jouer sur le nationalisme de ses concitoyens et a montré une très grande fermeté dans les crises intérieures notamment en Tchétchénie. Tenant tête aux projets d’expansion de l’OTAN, n’hésitant pas à intervenir dans les affaires intérieures de l’Ukraine ou de la Georgie, défendant les intérêts des frères slaves Serbes au Kosovo, il donne l’impression aux Russes que leur pays redevient une puissance majeure.

 

Dimitri Medvedev est élu. Mais Vladimir Poutine n’est pas loin. Après deux mandats, en effet, la constitution lui interdisait de se présenter une troisième fois. Mais à 56 ans, il n’est pas décidé à prendre sa retraite. D’où un étonnant tour de passe-passe constitutionnel. Il a mis en avant le peu connu Dimitri Medvedev pour lui succéder et a annoncé qu’il envisageait sérieusement de devenir premier ministre sous sa présidence. Une manière comme une autre de garder solidement les rênes du pouvoir. Déjà, le nouveau président russe élu, a promis lundi matin un "partenariat amical" avec le président sortant, Vladimir Poutine. Malgré le changement, rien ne change…


Le nouveau président incarne le visage de la Russie de ce début de XXIème siècle et bénéficie pour l’instant d’un à priori favorable de la plupart des gouvernements occidentaux. Medvedev est considéré par beaucoup d’observateurs comme un personnage un peu terne. C'est un économiste de 42 ans, donc trop jeune pour avoir véritablement fait carrière dans l’appareil communiste soviétique disparu en 1991. Né à Saint-Petersbourg comme Poutine, proche de ce dernier sans jamais avoir fait de mandat politique, c’était jusqu’à présent un conseiller économique restant dans l’ombre. Il est surtout connu pour avoir dirigé le géant du gaz Gazprom, la plus grosse compagnie russe et la troisième entreprise énergétique mondiale. Un poste stratégique tant l’énergie est devenue l’arme économique principale de la Russie. C’est Poutine qui, il y a trois mois l’a propulsé sur le devant de la scène, au grand dam d’autres collaborateurs de Vladimir, peut-être trop ambitieux aux yeux du patron et qui guignaient le poste. La lutte pour le pouvoir entre les autres amis de Poutine pourrait donner lieu à quelques surprises à l'avenir. 

undefinedMais attention tout de même, lorsqu’au milieu des années 90, Vladimir Poutine a été choisi par Boris Eltsine, le premier président élu de la Russie post-communiste, pour lui succéder, tout le monde le décrivait comme un personnage secondaire et effacé. Une fois au pouvoir, celui-ci s’est affirmé comme le chef sans partage du pays. Contrairement à Poutine, ancien du KGB qui n’a jamais coupé les ponts avec les méthodes autoritaires, Medvedev incarne la nouvelle génération de russes post-soviétiques. Un technicien plus à l’aise avec les bilans comptables qu’avec les fiches de police et parfaitement au courant des subtilités du monde polissé de l’économie internationale. Le pouvoir étant ce qu’il est, il serait étonnant qu’il ne reste qu’un second couteau dans l’ombre de Vladimir Poutine… Mais ça, l’avenir nous le dira.

 
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