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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 11:19

Pour retrouver la troisième partie de cette étude...

La menace nucléaire est devenue telle à la fin des années 50 que la nécessité de dialoguer pour éviter le pire s'impose de plus en plus comme une évidence pour les dirigeants des deux grands blocs. Les temps ont changé. Avec l'arrivée de Nikita Khrouchtchev au pouvoir en Union Soviétique en 1956, les relations avec les Etats-Unis se sont progressivement améliorées. C'est
le temps de la coexistence pacifique.

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                                Un missile Titan américain sur son pas de tir

Pourtant, une nouvelle inquiétude apparait au tournant des années 60 : la prolifération de l'arme nucléaire. Tant que seules les deux grandes puissances détiennent la bombe atomique, le risque de son emploi demeure limité. Mais un certain nombre de pays veulent à leur tour accéder à ce qui semble être à la fois un symbole de puissance et la meilleure garantie de dissuader un ennemi plus puissant de les envahir. Après la Grande Bretagne qui a réussi créer sa bombe en 1952, d'autres nations commencent à developper plus ou moins secrétement des recherches nucléaires militaires. La France, la Chine mais aussi la Suède, le Canada où Israël se lancent dans la foulée, dans de tels projets.

En 1957 les Nations Unies mettent en place une organisation spéciale l'Agence Internationale de l'Energie Atomique qui doit promouvoir l'énergie nucléaire mais en limiter les usages militaires. Cependant, malgré les bonnes intentions de façade, cette AIEA reste totalement inefficace en ces temps de guerre froide, même si elle tente de pousser les nations du monde vers la voie du désarmement.

En 1960, la France devient la quatrième nation atomique lorsqu'elle fait exploser "gerboise bleue", sa bombe A dans le désert algérien. Nous consacrerons un chapitre spécial de cette série à la bombe française.

W020090907565182760879.jpgPuis, le 16 octobre 1964, c'est la Chine qui expérimente à son tour la bombe atomique. Elle veut cette arme car elle se méfie tout particulièrement des Etats-Unis qui ont menacé de recourir à des frappes atomiques contre elle lors de la guerre de Corée ou lorsque la question de la souveraineté de Taïwan était évoquée. Au départ, lorsqu'en 1956, la Chine communiste s'était lancée dans l'aventure nucléaire elle avait pu bénéficier de l'aide de l'allié soviétique qui lui avait fourni spécialistes et matières premières.  Mais les relations avec Moscou se dégradent rapidement. Mao Ze Dong tient à ce que la Chine ne soit pas qu'un simple satelitte de l'URSS et reproche à Khrouchtchev sa politique de coexistance pacifique. A partir de 1959, la rupture est consommée et les Chinois doivent se débrouiller seuls. Leurs savants se mettent au travail dans le plus grand secret. L'essai, dont le nom de code est "596", à lieu à Lop Nor, une zone isolée au Nord Est du pays et surprend tout le monde par sa rapidité. On ne croyait pas les Chinois capables d'une telle efficacité technologique. D'autant qu'il est suivi en 1967 par une bombe H. Désormais les 5 membres permanents du conseil de sécurité de l'ONU sont des puissances nucléaires.

Pendant ce temps d'autres pays s'arment plus ou moins discrétement, c'est ainsi que les Suédois, pourtant neutres, mais très inquiets de la proximité soviétique, fabriquent une bombe atomique dans le plus grand secret. Le Canada développe lui aussi des centres de recherche très performants, L'Inde lance des projets nucléaires militaires à son tour après une défaite face à la Chine sur sa frontière himalayenne. Au Proche Orient, l'Egypte et Israël, en conflit déclaré, veulent aussi la bombe et commencent à travailler sur la question.

Désormais tout le monde veut sa bombe et le risque de voir celle-ci utilisée augmente proportionnellement. D'autant que tous ces pays ne sont pas particulièrement stables politiquement.  Qui sait entre les mains de qui l'arme atomique peut tomber. Il n'y aura pas toujours un James Bond pour arrêter, comme au cinéma, le compte à rebours fatidique ! 

palomares_recuperacion.jpgUn autre danger guette aussi les puissances nucléaires:  l'accident. Plusieurs réacteurs,  tant civils que militaires, ont eu des problèmes de fuites radioactives, vite camouflés aux yeux de l'opinion publique au nom du secret défense . A plusieurs reprises, les américains perdent des bombes atomiques ! En 61 un bombardier en exercice s'écrase en Caroline du Nord avec deux bombes H à bord. Heureusement, les mécanismes empêchant l'explosion des bombes fonctionnent. L'incident le plus spectaculaire médiatiquement à lieu en janvier 66 à Palomares en Espagne où un bombardier transportant deux bombes H percute un avion ravitailleur et explose. Une bombe retombe dans la campagne espagnole, l'autre dans la Méditerrannée. Il faudra presque trois mois pour récupérer l'engin immergé. Sous l'oeil des caméras du monde entier comme le montre cette photo.

fraga.jpg

            L'incident de Palomares vue par un caricaturiste espagnol dans la presse de l'époque...

Puis en janvier 68 c'est un bombardier équipé de 4 bombes qui s'écrase dans la mer de Thulé près du  Groenland. Les conditions météo catastrophiques de l'hiver arctique gènent la récupération des engins et la décontamination du site. Depuis, des actions en justice ont été intentées contre l'armée américaine par les habitants, dénoncant l'augmentation anormale des cas de cancers dans la région. Et ce n'est là, secret militaire oblige, que la partie émergée de l'iceberg. Si du côté occidental, la presse révèle parfois les accidents, du côté soviétique, on ne communique pas sur les problèmes survenus même quand ce sont des sous-marins nucléaires qui sombrent corps et biens. Des associations anti-nucléaires ont essayé de recencer les cas d'accidents depuis les années 50, le total fait froid dans le dos.
 
CanadaAtomicSymbol-20--20Copy.jpgToutes ces menaces nouvelles poussent les responsables politiques à envisager de rationaliser le nucléaire militaire.  De nombreux pays appelent à l'interdiction de ce type d'armement et cherchent à établir des zones sanctuaires où l'on ne construit ni ne stocke plus de bombes. L'exemple vient d'un premier accord passé en 1958 entre toutes les grandes puissances pour protéger le pôle Sud: l
e Traité sur l'Antarctique. Etablissant cet espace comme un sanctuaire préservé des appétits commerciaux et guerriers et comme un patrimoine commun de l'Humanité, Etats-Unis et Union Soviétique ainsi que leurs alliés se mettent d'accord pour ne pas militariser cette zone.

C'est aussi la raison qui pousse les puissances nucléaires à abandonner les essais aériens dont on mesure enfin la dangerosité radioactive pour leur préférer des essais souterrains plus sûrs (et plus discrets).

Dans la foulée, des pays du Sud s'associent pour renoncer officiellement au nucléaire militaire. C'est en 1967
le Traité de Tlateloco qui fait de l'Amérique Latine et des Antilles une zone non nucléarisée. (Même si le Brésil et l'Argentine ne le signeront que dans les années 90). Un modèle qui sera repris plus tard en Océanie (1985), en Asie du Sud Est (1995), Afrique (1996)...

NWFZ_Map_small.gif

                         Les différentes régions dénucléarisées (cliquer pour agrandir)

Cette volonté aboutit en 1968 a un texte fondamental rédigé sous l'égide de l'ONU et de l'AIEA : le
Traité sur la Non-Prolifération des armes nucléaires (TNP). Les puissances possédant déjà l'arme nucléaire s'engagent à garder secrète cette technologie et les états qui n'ont pas la bombe atomique renoncent à la développer. Ce traité reçoit la signature de 188 pays et emporte l'adhésion de la plupart des nations du monde, inquiètes de la prolifération nucléaire. Même si la France, la Chine, l'Inde, le Pakistan ou Israël qui continuent à développer leurs programmes refusent dans un premier temps de le parapher. En fait la plupart de ces pays en dehors d'Israël qui l'a toujours dénoncé, le signeront... une fois leur programme nucléaire terminé. C'est ainsi que la France ne l'acceptera officiellement qu'en 1992.

Il y a toutefois une volonté réelle de faire retomber la menace. La Suède et le Canada en profitent pour abandonner officiellement leur programme nucléaire. C'est l'AIEA qui est chargée de surveiller le bon respect de ce traité de par le monde, donnant à l'ONU un vrai rôle de contrôle sur les affaires nucléaires de la planète. Mais un rôle que l'AIEA, ne pouvant sanctionner ceux qui refusent de se soumettre à sa surveillance, aura souvent du mal à remplir tant ses pouvoirs sont limités.

img3bC'est ainsi qu'en 1974, l'Inde parvient à faire son premier essai nucléaire grace à des technologies achetées au Canada, mais aussi en France et aux Etats-Unis, aussitôt le Pakistan avec l'aide discrète de la Chine intensifie ses recherches pour obtenir à son tour l'arme nucléaire.

Avec la réduction des tensions entre les deux superpuissances et la volonté de mieux contrôler la prolifération nucléaire, la possibilité de réguler l'arsenal de missiles qui peut anéantir la planète semble désormais possible. D'autant qu'avec l'inflation budgétaire des programmes nuclaires,  la course aux armements coûte de plus en plus cher. Dans les années 70, on envisage donc un désarmement des grandes puissances. Celles-ci s'engagent par des traités à ne pas installer de missiles sous la mer, dans l'espace ou sur la Lune et surtout commencent à négocier leur limitation.

En 1972, après quatre années de pourparlers, a lieu la signature à Moscou des accords SALT 1: Stategic Arms Limitations Talks. Pour la première fois, Américains et Soviétiques dont les relations se sont améliorées acceptent de limiter leur arsenal ballistique. C'est encore un accord prudent qui n'envisage que le gel de l'installation de nouveaux missiles. Mais cette première, est vécue dans le monde entier comme la promesse de voir s'éloigner l'épée de Damoclès de la menace nuclaire qui pèse sur l'Humanité. Dans la réalité c'est surtout un accord symbolique qui limite le nombre de missiles mais qui n'interdit pas de remplacer les plus anciens par des modèles récents plus efficaces.


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                         Les accords SALT I signés par les présidents Nixon et Brejnev

C'est une première étape, car de nouveaux pourparlers s'engagent et aboutissent aux accords SALT 2 en 1979 où cette fois-ci non seulement on limite le nombre de bombardiers et de missiles mais on envisage même de détruire ceux en surnombre. Mais ces accords arrivent aussi la fin de la détente et ne seront jamais appliqués. En effet, la donne internationale à changé avec
l'entrée des Soviétiques en Afghanistan et les relations entre les deux grands se sont durcies.

 

 

C'est désormais le retour à l'escalade nucléaire, ce que l'on appelera la guerre fraîche qui menera à la chute du système soviétique. Ce que nous verrons dans la prochaine partie de cette étude.

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 13:05


Avec le bombardement d'Hiroshima et de Nagasaki, la seconde guerre mondiale s'achève et donne aux Américains l'impression trompeuse qu'ils sont pour longtemps les seuls détenteurs de la puissance atomique. Le sentiment qui domine est résumé par cette déclaration du président Truman lorsqu'il annonce le 7 août 1945 l'emploi de la bombe. "Nous avons mis au point la bombe et nous nous en sommes servis. Nous nous en sommes servis contre ceux qui nous ont attaqués sans avertissement à Pearl Harbor, contre ceux qui ont affamé, battu et exécuté des prisonniers de guerre américains, contre ceux qui ont renoncé à obéir aux lois de la guerre. Nous avons utilisé [l'arme atomique] pour raccourcir l'agonie de la guerre, pour sauver des milliers et des milliers de vies de jeunes Américains."


Désormais la bombe atomique devient une pièce maîtresse de l'arsenal de guerre américain. Mais il faut encore l'améliorer pour la rendre plus facile à produire et plus efficace. C'est pourquoi malgré la fin de la guerre, les recherches reprennent très vite. Dans les déserts de l'Ouest américain mais aussi sur l'île de Bikini dans le Pacifique.

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Sur cete photo nous pouvons voir une explosion sous marine en 1946, sur l'île de Bikini, une possession américaine dans les îles Marshall.  De vieux bateaux de guerre sont disposés pour mesurer son efficacité. Pour pouvoir procéder aux tests, la population de l'île avait été évacuée à 200 km de là.  Le nom Bikini qui fait alors l'actualité sera repris par un fabriquant français pour lancer un maillot de bain minuscule qui fera scandale et aura par là même un succés énorme... Mais ces essais auront des conséquences à long terme, la radioactivité est telle que l'atoll sera, après deux tests, iradié pour toujours et ses habitants ne pourront jamais s'y réinstaller.  Une vingtaine d'essais y seront menés jusqu'en 1958. Les retombées radioactives de certains d'entre-eux iront même contaminer les archipels avoisinants.

Au passage, il faudra attendre les années 60 pour que l'on prenne conscience du danger radioactif des essais à répétition et que l'on arrête les tirs aériens. De nombreux soldats et techniciens sont ainsi contaminés dans les centres nucléaires du monde entier. Des "points zéro" pas toujours si isolés que cela : c'est ainsi que des touristes viennent dans les années 50 à Las Vegas pour admirer les champignons atomiques du centre de Yucca Flats à une centaine de kilométres de la ville du jeu. Les cancers de la thyroïde parmi les personnels ayant travaillé sur ces sites et liés aux radiations se chiffrent probablement en dizaines de milliers. L'administration américaine n'a reconnu sa responsabilité dans ces maladies que très récemment et avec réticence.


 



L'arme nucléaire est aussi une arme diplomatique, un moyen de faire pression sur l'Union Soviétique, l'ancien allié devenu désormais un concurrent puis à partir de 1947 un ennemi. Les experts américains sont à peu près tous persuadés que les Soviétiques, ruinés par la guerre et souvent caricaturés dans l'opinion occidentale comme étant des paysans incultes, sont incapables d'accéder au feu nucléaire rapidement. 

 

Ils se trompent lourdement, d'abord parce que l'URSS dispose aussi de physiciens et de mathématiciens de premier ordre. Mais aussi parce que les services d'espionnage soviétiques ont depuis la guerre infiltré les centres de recherches américains et n'ignorent rien des travaux sur l'arme atomique. Staline était au courant du projet Manhattan avant le vice-président Truman tenu dans le secret du temps du président Roosevelt.
 

Les Soviétiques partent cependant avec un certain retard dans la course atomique, en effet la physique, trop théorique, n'était pas une priorité dans l'URSS des années 30 qui cherchait d'abord à se moderniser et l'a longtemps délaissée face à l'agronomie, la chimie ou l'électricité. Mais avec la guerre et la naissance de la bombe américaine, Staline change son fusil d'épaule et débloque d'énormes moyens pour la recherche nucléaire  qui devient la priorité des priorités. Les physiciens Igor Koutchatov et Andrei Sakharov mettent au point un programme de recherche en un temps record. Des villes secrétes sont construites pour abriter les recherches et exploiter l'uranium. Il faut faire vite pour combler ce retard qui met l'URSS sous la menace américaine. Heureusement pour eux, les services secrets militaires vont leur donner un bon coup de pouce.
 

B54.jpg

Les Soviétiques disposent notamment d'un personnage méconnu mais qui a probablement été l'un des plus grands espions du XXème siècle: Klaus Fuchs. Ce physicien allemand a fuit le nazisme dans les années 30 et s'est réfugié en Grande Bretagne puis aux Etats-Unis où il est intégré au programme Manhattan. Mais c'est aussi un communiste fervent qui est recruté par les services secrets soviétiques en 1941. Fuchs, s'il n'a accès au départ qu'à des informations secondaires sur le programme atomique, ne tarde pas à développer un réseau d'amis qui lui fournit des renseignements importants sur l'état des recherches. En effet, beaucoup de physiciens recrutés pour le projet n'ont jamais caché leur sympathies à gauche, voir même pour le communisme. Mais dans l'urgence de la guerre et face à l'ennemi commun nazi, les autorités américaines ont recruté sans trop se soucier de ce problème.
 

Fuchs joue sur ces sympathies pour rallier des savants à sa cause. Même s'ils ne sont pas forcément communistes, de nombreux physiciens sont sensibles à l'argumentaire développé par les pro-soviétiques: si les Américains sont les seuls à posséder la bombe, ils peuvent être tentés de l'utiliser. Si l'URSS  l'a aussi, c'est l'équilibre et l'assurance de ne plus voir de nouvelle guerre éclater. Fuchs n'est d'ailleurs pas le seul espion infiltré dans le programme nucléaire, d'autres réseaux ont existé et certains n'ont jamais été découverts. Mais c'est celui qui obtiendra les résultats les plus importants. C'est ainsi que l'Union Soviétique abreuvée aux meilleures sources peut piller une partie de la technologie atomique américaine. 

Le 23 septembre 1949, les Soviétiques procédent à leur premier essai atomique "Pervaya Molniya/ Premier éclair"  à Semipalatinsk dans le Kazhakstan.

Aux Etats-Unis c'est le choc, d'autant que les services secrets mettent à jour l'existence du réseau Fuchs qui est arrété en Angleterre et fera neuf ans de prison avant d'être expulsé pour l'Allemagne de l'Est. Il a été confondu grace à des transfuges qui ont fuit l'Union Soviétique. Dans la foulée les Américains arrêtent un certain nombre de savants atomistes qui ont fourni des informations à l'ennemi. C'est l'affaire Rosenberg, un couple de savants américains accusés d'avoir trahi pour l'Union Soviétique, jugés et condamnés à mort et, dans le même temps la montée d'un anti communisme déchaîné autour du maccarthisme. La presse se déchaîne notamment contre Oppenheimer, l'ancien directeur scientifique qui les avait embauché pendant la guerre, qui voit sa carrière brisée nette.

Si dans les années 40, la bombe atomique restait aux yeux de l'opinion publique occidentale un objet de curiosité scientifique dont l'aspect menaçant demeurait vague, devenant même un sujet de plaisanterie ou de publicité, l'accès de l'URSS à la bombe change la donne.loomis-dean-a-model-atomic-bomb-shelter-for-personal-use
Les années 50 voient désormais apparaître l'idée d'une vraie menace nucléaire pour le monde car les deux adversaires de la guerre froide se sont équipés de l'arme atomique. L'Europe ici  est en première ligne, les Soviétiques ne disposant pas encore d'avions ou de missiles capables de toucher les Etats-Unis en cas de guerre globale. De toute façon ,avec la bombe atomique soviétique, il n'est plus question d'utiliser celle-ci sur le terrain pour les Américains. Le général MacArthur qui avait demandé l'emploi de la bombe contre la Chine pendant la guerre de Corée est limogé par le président Truman qui ne veut pas risquer une riposte soviétique.

O
n voit commencer à fleurir un peu partout les abris anti atomiques. Des caches enterrées où on stocke vivres et équipements pour s'y réfugier en cas d'attaque nucléaire. En Europe, certains états craignant le pire s'équipent en masse.  La Suisse, par exemple, dépense des millions pour faire creuser de quoi abriter toute sa population là où, pendant ce temps, la France ne fait quasiment rien, à part prévoir des replis pour protéger ses dirigeants. Aux Etats-Unis ce sont surtout les particuliers qui se font construire un abri dans le jardin ou sous la maison.

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                     Construisez votre abri anti atomique vous même ! Le manuel d'époque...

La littérature et le cinéma, notamment de science fiction, s'emballent et prophétisent déjà la fin du monde. Le nucléaire fait peur et les monstres issus de l'atome comme Godzilla, dinosaure géant né des radiations atomiques qui vient ravager le Japon, font s'échauffer les imaginations. Le gouvernement américain lance des campagnes d'informations et des programmes d'entraînement à destination des enfants des écoles qui apprennent le "duck and cover" (litteralement plonger sous la table comme un canard sous l'eau et se couvrir), comme le montre ce film éducatif d'époque.


 




Des scientifiques et des intellectuels commencent à demander l'interdiction mondiale de cette arme. A l'initiative de quelques uns des savants ayant participé aux recherches atomiques dont Robert Oppenheimer ou Frédéric Jolliot-Curie, est lancé "l'appel de Stockholm", un mouvement international pour la paix qui recueille les signatures de 150 millions de personnes dans le monde, dont 3 millions en France, parmi lesquelles on retrouve les noms de Picasso, Aragon, Chagall, Simone Signoret, Yves Montant ou encore les tous jeunes et encore inconnus Jacques Chirac et Lionel Jospin. L'URSS par l'intermédiaire des partis communistes  européens soutient ce mouvement car elle sait que malgré sa bombe, elle est en retard  face aux Américains qu'elle ne peut pour l'instant pas encore atteindre par ses avions ou ses missiles en l'état actuel de la technologie. 
" APPEL
Nous exigeons l'interdiction absolue de l'arme atomique, arme d'épouvante et d'extermination massive des populations.
Nous exigeons l'établissement d'un rigoureux contrôle international pour assurer l'application de cette mesure d'interdiction.
Nous considérons que le gouvernement qui, le premier, utiliserait, contre n'importe quel pays, l'arme atomique, commettrait un crime contre l'humanité et serait à traiter comme criminel de guerre.
Nous appelons tous les hommes de bonne volonté dans le monde à signer cet appel.
Stockholm, 19 mars 1950."
 
Pour les Américains, il n'est plus question de désarmer. Du fait de l'impossibilité pour les Soviétiques de toucher le sol américain, l'atome est la meilleure garantie de défense contre l'immense armée rouge, d'autant qu'ils disposent de bases en Europe et en Asie qui menacent les grandes villes soviétiques. La bombe A (comme Atomique) a été une réussite, mais les savants pensent pouvoir décupler sa puissance. Edward Teller conçoit une bombe thermonucléaire dite bombe H (comme Hydrogène) 1000 fois plus puissante que sa petite soeur qui est expérimentée le 1er novembre 1952. Elle vaporise littérallement l'île d'Eniwetok où elle est testée.
 
Tsar-bomba-icon-440x227.jpg
 Mais l'écart entre les deux pays ne reste pas très longtemps ouvert et les Soviétiques sautent le pas de cette technologie à peine un an plus tard, ce qui semble confirmer que leurs services d'espionnages sont toujours aussi bien implantés dans les labos de l'Ouest. On peut voir sur la photo une réplique de "Vanya" alias "Tsar Bomba/la reine des bombes" le plus gros engin jamais testé : 27 tonnes, 8 mètres, 57 mégatonnes. Lors de l'essai en octobre 61 le champignon de 40 km de diamètre monta jusqu'à 60 km dans le ciel ; la chaleur fut ressentie sur 300 km et la lumière a pu être vue dans un rayon de 1000 km. 
 
Les recherches américaines sont bien évidemment marquées du sceau du secret pour contrer les Soviétiques... mais aussi leurs propres alliés: en 1946, le gouvernement vote l'"Atomic Energy Act"qui interdit de révéler à quiconque la diffusion de secrets nucléaires. Fureur de la Grande Bretagne qui avait mis toutes ses recherches à disposition des Américains pendant la guerre. Le premier ministre Atlee, celui-là même qui avait succédé à Churchill à la conférence de Potsdam, décide que même sans les Américains, le Royaume Uni aura sa bombe. Dans le plus grand secret est lancé l'opération "Hurricane" qui aboutit à un premier essai le 3 octobre 1952 sur la petite île de Monte Bello, à 80 km de l'Australie (alliée de la Grande Bretagne dans le Commonwealth). La Grande Bretagne devient le 3 ème pays à rejoindre le "club nucléaire".  Les Américains voyant qu'ils ne pourront pas empêcher leur allié de développer son arsenal indépendant décident de changer de politique et commencent à échanger des technologies, ce qui permet à Londres d'avoir sa bombe H en 1957. Mais la prolifération nucléaire commence à inquiéter alors que d'autres pays comme la France ou la Chine manifestent aussi  leur volonté de se doter de l'arme atomique.
 
A partir du milieu des années 50, l'Est et l'Ouest accumulent les charges nucléaires. Chacun dispose théoriquement de quoi réduire l'autre en cendres. C'est l'ère de l'équilibre de la terreur. Le nombre de bombes augmente de chaque côté, tout comme leur puissance ainsi que les moyens de les transporter. Les bombardiers gagnent en autonomie et en rayon d'action, des missiles sont mis au point pour frapper une cible à des milliers de kilomètres. Si l'un des deux camps déclenche les hostilités ouvertement, on peut commencer à craindre la destruction de l'humanité.
 
On_No_Account_To_Be_Used.jpg

Caricature américaine des années 50 sur l'équilibre de la terreur. Sur les missiles est inscrit : "Ne doivent en aucun cas être utilisé, l'ennemi pourrait répliquer."





C'est pourquoi lorsqu'en 1961, les Américains découvrent que les Soviétiques sont en train d'installer des rampes de lancement à Cuba, capables de toucher le sol américain, le président Kennedy considère que c'est une atteinte intolérable à la sécurité du pays et menace le président soviétique Khrouchtchev de déclarer la guerre à l'URSS. C'est l'affaire des missiles de Cuba. Une crise qui dure 13 jours et où le monde craint soudain de voir l'holocauste nucléaire débuter. Finalement personne n'ayant rien à gagner d'une confrontation directe, les dirigeants négocient de manière à retirer les missiles sans qu'aucun des deux pays ne perde la face. Le monde passe à deux doigts de la guerre nucléaire tant redoutée. A la Maison Blanche et au Kremlin, on commence à se dire qu'il serait peut-être temps de faire retomber la tension d'un cran. Ce sera le temps du désarmement, la quatrième partie de cette série...  
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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 23:47

Lorsque les chars soviétiques forcent la frontière afghane le 27 décembre 1979, prétendument pour rétablir l’ordre dans ce pays ravagé par les crises, personne n’est dupe. C’est encore un pion supplémentaire qui bascule dans l’escarcelle soviétique dans le jeu que se livrent les deux grandes puissances. On ne donne pas bien cher de la rébellion dans ce petit pays enclavé d’Asie Centrale, montagneux et désertique. D’ailleurs qui connaît vraiment l’Afghanistan à cette époque. Un pays lointain et inconnu, coincé entre le Moyen Orient et le sous-continent indien, vague destination pour quelques babas cool à la recherche de substances illicites.

 

                              L'armée rouge dans les montagnes afghane en 83

Pourtant, en apparence victorieuse dans les premiers temps, la puissante armée rouge va connaître une défaite qui va la miner profondément et précipiter la chute de l’Union Soviétique. Un conflit qui, pour les américains qui vont armer et soutenir discrètement la résistance afghane, va devenir le Vietnam soviétique en souvenir de la traumatisante défaite qu’ils ont eux même connu quinze ans plus tôt.

 

Pour les soviétiques, pourquoi s’intéresser à l’Afghanistan, pays pauvre, quasi féodal et sans grandes ressources ? Situé à la frontière Sud de l’URSS, c’est cependant un objectif stratégique des plus intéressants dans leur volonté d’étendre le communisme dans la région, car il leur permet de se rapprocher à la fois des champs de pétrole du Moyen Orient et des mers chaudes de l’Océan Indien.

 

Lorsque les soviétiques pénètrent dans le pays celui-ci est secouée par les luttes intestines. La vieille monarchie constitutionnelle s’appuyant sur les chefs de village traditionnels a été renversée par un coup d’état en 1973. Chefs tribaux, démocrates, islamistes et communistes se disputent le pouvoir. L’instabilité règne, assassinats et putsch sanglants se succèdent. En 78, les soviétiques parviennent à installer un régime qui leur est favorable et entament une coopération économique avec l’Afghanistan. Mais ce régime prosoviétique est fragile, contesté et miné par les querelles internes.  Fin 79, Leonid Brejnev lassé du désordre, décide d’intervenir militairement pour soutenir le parti communiste afghan menacé. Les parachutistes de l’armée rouge fondent sur Kaboul, la capitale, alors que les chars passent la frontière Nord. Les soviétiques écrasent toute rébellion et liquident physiquement le président en place, jugé trop incontrôlable, pour installer un homme bien à eux, Babrak Kamal, à la tête du pays.

 

Dans un premier temps cette opération semble être un succès complet, mais rapidement les troupes soviétiques qui contrôlent les villes et les vallées doivent faire face dans les montagnes à une rébellion de plus en plus importante. Ce sont ceux que l'on appellera les moudjahiddins, "les combattants de la guerre sainte" qui reçoivent dans les mois qui suivent des renforts venus de tout le monde musulman un soutien en arme et en argent des américains.

                          Un groupe de moudjahiddin au début des années 80

En effet, ceux-ci après avoir d'abord hésité, réalisent l'importance de freiner l'expansion soviétique dans la région et surtout de se servir de cette guerre où l'armée rouge est directement impliquée comme un moyen de l'affaiblir. C'est ainsi que se met en place "l'opération Cyclone" une alliance curieuse, où l'on retrouve des nations officiellement ennemies comme les israéliens et les saoudiens pour financer en secret et organiser le recrutement de volontaires pour aller se battre au côté des afghans au nom de la solidarité islamique. Armes et volontaires transitent par les camps de réfugiés situés à la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan.

Environ 35 000 volontaires venus de tous les pays viennent rejoindre les moudjahiddins dont un certain Oussama Ben Laden, jeune et riche saoudien exalté qui va développer un mouvement basé sur la volonté de chasser les soviétiques pour fonder un régime basé sur la lecture la plus radicale qui soit de l'Islam.

Le Pakistan, dictature militaire qui a instauré un islam radical dans son pays et qui compte bien profiter de ce conflit pour étendre sa propre zone d'influence dans la région, favorise dans ce but les groupes fondamentalistes les plus extrémistes comme les futurs talibans. Le Pakistan qui devient le principal allié des Etats-Unis dans cette lutte contre les soviétiques et en profite pour jouer un rôle de plus en plus important en organisant sur le terrain la résistance afghane.


                                 Le fameux misile Stinger, arme qui redonne aux afghans la maîtrise du ciel

On peut s'étonner que les américains laissent faire les pakistanais et arment des islamistes radicaux qui bien des années plus tard les frapperont directement le 11 septembre 2001, mais il faut bien comprendre que dans le cadre de la guerre froide, tout ennemi de l'URSS est un ami potentiel.

Autre particularité, la guerre ne freine pas le trafic de drogue, bien au contraire, de nombreux chef de guerre cultivant le pavot pour financer leurs achats d'arme. L'Afghanistan produit près de 1500 tonnes d'opium par an à cette époque et devient le premier fournisseur mondial d'héroïne. Une place qu'elle occupe toujours de nos jours.

Sur le terrain cette politique d'aide et le courage des combattants afghans commence à porter des coups très durs aux soviétiques, surtout à partir de 1986, lorsque les Moudjahiddins recoivent des missiles anti aériens portables "stingers" capable d'abattre hélicoptères et avions de chasse. Les résistants afghans regagnent progressivement le contrôle des principales régions montagneuses du pays harcelant les troupes soviétiques et les contraignant à se fortifier dans les vallées et dans les villes. En retour les soviétique mènent une répréssion particuliérement dure: bombardements massifs des villages, empoisonnement des puits, usages de gaz de combats et de minages massif (on parle de 20 millions de mines antipersonnelles larguées dans le pays.)

                Les moudjahiddins paradent sur les carcasses des hélicos soviétiques

Sur le plan international, l'URSS se voit discrédité. En 1980,
les américains boycottent les Jeux Olympiques de Moscou pour protester contre l'invasion soviétique.

De plus, pour les soviétiques la guerre coûte extrémement cher. En hommes bien sûr mais aussi en crédits militaires, entre 2 et 3 milliards de dollars par an alors que les caisses de l'état sont de plus en plus vides et que les magasins manquent de tout. Le mécontentement de la population s'accroit quand elle voit revenir les jeunes soldats dans des cercueils de zinc, 14 000 morts et plus de 75 000 blessés. Malgré les efforts de la propagande, les récits des soldats sur la dureté de la guerre et sur les atrocités commises par l'armée rouge sensée apporter le bonheur communiste au pays augmentent le ressentiment des soviétiques envers leur régime. Le parrallèle avec le Vietnam pour les américains trouve aussi un autre écho avec l'essor du trafic de drogue en URSS souvent alimenté par d'anciens soldats qui se ravitaillent en héroïne en Afghanistan.

Avec l'arrivée de Mikhail Gorbatchev au pouvoir et ses tentatives de rapprochement avec l'Occident, il devient impossible de continuer cette guerre qui s'enlise. En 1988 il commence à négocier une trève avec certains des leaders de la résistance dont le célébre commandant Massoud, un chef de guerre modéré, contre le départ en bon ordre des troupes soviétiques.

Le retrait définitif a lieu le 15 février 1989, l'URSS sort épuisée moralement et financiérement par cette guerre qui est une défaite même si elle ne le reconnait pas. La crédibilité du régime communiste soviétique est terriblement ébranlée et ne s'en remettra pas lorsque le mur de Berlin est abattu, six mois plus tard, sous la pression du mécontentement des populations d'Europe de l'Est.
  Le départ des chars soviétiques d'Afghanistan, derrière l'ordre apparent se cache une défaite. 

Sur le terrain 1,2 millions d'afghans (dont 80% de civils) sont morts, 6 millions ont fuit dans des camps de réfugiés essentiellement au Pakistan. Dès que les soviétiques sont partis, une guerre civile éclate pour le nouveau pouvoir (et d'abord pour se débarasser des derniers communistes afghans qui contrôle toujours la capitale). Les américains, qui estiment qu'une fois les soviétiques repartis leur tache est terminée se désengage de la région et laissent leurs anciens alliés se débrouiller entre eux. En 96, les taliban (étudiants en arabe) fondamentalistes religieux extremement durs menés par le Mollah Omar et inspirés par Ben Laden vont s'imposer et mettre en place un régime basé sur la Charia, recueil de lois religieuses interprétées à partir du Coran, téléviseurs, cinéma et théâtre sont interdits, les femmes doivent porter la burqa qui les cache de la tête au pied...

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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 14:23

Pourquoi y a-t-il eu une explosion du terrorisme d’extrême gauche dans les années 70 ?

 Un travail de Justine Decool (TL)

 

L’Europe a vu monter dans les années 70 de nombreux mouvements terroristes d’extrême gauche, donnant le nom à cette période des années de plomb. La volonté des « terroristes rouges » étant d’instaurer un communisme qui combattrait l’impérialisme pour instaurer la liberté des peuples, y compris ceux du tiers monde.  Le terrorisme selon l’ONU, « a pour but d’intimider une population, ou d’obliger un gouvernement ou une organisation internationale à agir, ou à ne pas agir. » Demandons nous alors pourquoi de nombreux jeunes gens d’après 68, souvent des étudiants de bonnes familles, ont mis en place de redoutables noyaux terroristes extrêmement violents?

Les mouvements d’extrême gauche sont des courants politiques à gauche des partis socialistes et partis communistes traditionnels, ce sont des mouvements dit révolutionnaires qui souhaitent la disparition du capitalisme, grande source d’inégalité. Les mouvements terroristes des années 70 vont donc se battre au nom de la lutte contre l’impérialisme capitaliste, des symboles de la puissance de l’État, le grand patronat et la défense du prolétariat.

Voyons alors les raisons qui ont engendrés la naissance des mouvements terroristes, tant du point de vue d’événements historiques, qu’idéologiques.

La guerre froide traumatise les esprit par sa violence psychologique et fait ainsi monter la haine anti-capitaliste.  Dans le courant des années 60 la violence du conflit au Vietnam fera naître de nombreux mouvements de protestataires étudiants aux Etats Unis et  en Europe. Ces mouvements protestataires feront naître le mouvement Hippie, mais aussi des mouvements anarchistes et communistes révolutionnaires, nés du dégoût du capitalisme. Mai 68 sera aussi un élément déclencheur à la création d’organisations extrémistes. La révolte de la jeunesse durant ces années fut parfois modérée mais donna aussi naissance au terrorisme.

Certaines organisations terroristes seront aussi engendrées par le traumatisme du principe de la colonisation et des décolonisations violentes. Le manque de liberté des peuples colonisés fut révoltant pour une jeunesse en quête de liberté. Nous pouvons notamment penser à la décolonisation de l’Indochine, guidée par le leader charismatique du Vietminh, précurseur du communisme au Vietnam, Ho Chi Minh. Celui-ci inspira la jeunesse révoltée par ses actions de guérillas menées contre les colons français. Ces années de conflits dues à la colonisation ont profondément brisés la belle image du capitalisme et de l’impérialisme, poussant ainsi des jeunes extrêmes à se révolter par la violence.

De plus, du point de vue idéologique, l’attrait du communisme est fort, l’idée d’égalité entre tous séduit. La jeunesse voit que le violence fut beaucoup employée dans l’histoire, pour imposer son idéologie. C’est pourquoi en Allemagne les mouvements terroristes furent extrêmement nombreux, ceci s’explique par le traumatisme du nazisme. Qui, d’une part donna des principes de liberté à la jeunesse et une haine des ségrégations; mais qui, encra dans toute une génération la notion de violence.

Il est aussi important de mettre en lumière les conflits importants entre israéliens et palestiniens, avec les attentats de Munich, qui ont finit d’instaurer le climat violent et révolutionnaire des années 70.

 

Un extrait de l'avis de recherche de la police allemande de l'époque montrant les membres du groupe d'Andreas Baader et Ulrike Meinhof, la Rote Armee Fraktion. On le voit ce sont des étudiants dont de nombreuses filles qui s'engagent dans l'action terroriste.

Après avoir vu les principales raisons qui ont fait naître le terrorisme d’extrême gauche, dans les années 70, voyons quelles ont été les principaux mouvements crées, retracent leur parcours, actions et revendications.

Il y eu la Fraction armée rouge ou Bande à Baader, l’organisation principale, le plus efficace et armée d’Allemagne. Ce fut une organisation révolutionnaire, anti-impérialiste  qui se considérait comme un mouvement de lutte armée, mais qualifiée de mouvement terroriste par l’Etat allemand. Cette organisation, la RAF (Rote Armee Fraktion) est crée le 2 avril 1968, création liée au contexte du moment en Europe et en Allemagne.  L’organisation est appuyée sur une idéologie de guérilla urbaine, refus de la théorie pour une mise en pratique immédiate. Qui entraînait des attentats, enlèvements ou assassinats jusqu’en 1998 où fut signé la dissolution du groupe.

 



Hans-Matin Schleyer, dirigeant des patrons allemands, enlevé en 1977 puis assassiné par la R.A.F.

Baader (dirigeant de cette Fraction Armée Rouge) a dit un jour : “ Si je suis condamné à la réclusion à perpétuité, je me supprimerai, mais j’entraînerai quelques personnes avec moi

 

Action Directe fut durant les années 70 le principal groupe terroriste français. Ce groupe terroriste crée en 1979, fut considéré comme une organisation de guérilla. Action Directe était un mouvement communiste libertaire, mouvement terroriste qui tire son nom de la théorie anarchiste où est mis en avant l’action directe. Une cinquantaine d’actions furent menées pour qu’un communisme soit instauré en Europe de l’Ouest, faisant ainsi de nombreux attentats et assassinats. Le groupe fut officiellement dissout  en 1987. 

Jean-Marc Rouillan : l'auto organisation ( ... ) dépend ( ... ) de la capacité des organisations de guérilla à oeuvrer aux tâches historiques actuelles - organisation de la violence révolutionnaire, internationalisme prolétarien pour l'émergence de l'organisation communiste en Europe de l'Ouest.” 

De très nombreux groupes de terroristes d’extrême gauche sont nés dans les années 70, la plupart pour les mêmes revendications, et se faisant tous lien par la violence utilisée. Nous ne pouvons citer ici tous les mouvements terroristes de ces années de révoltes, tant ils furent nombreux. Nous pouvons toutefois  évoquer les groupes de résistance antifasciste du premier octobre espagnol, les Brigades rouges italiennes ou le CCC  (cellule communiste combattante) belge.

 

Nul ne peut trouver de causes exactes pour expliquer ces mouvements terroristes. Il faut simplement avoir en mémoire le contexte politico-historique et voir à quel point la jeunesse peut souffrir des erreurs passées et ainsi faire naître des mouvements de révolte importants. Ces mouvements terroristes violents, traumatisèrent une génération et une époque en montrant que l’homme peut être capable de violence, mais aussi et surtout peut être capable de se révolter contre un état des choses insoutenable.



L'année dernière est sorti au cinéma " La Bande à Baader" d'Uli Edel retraçant l'histoire de la Rote Armee Fraktion. Un film intéressant qui permet de comprendre à la fois l'idéalisme et la dérive violente de ces jeunes allemands en révolte contre la société de leur époque.


                                                -----------------------------------------------
Un travail très intéressant malgré l'absence de sources et le peu d'illustrations (en dehors de la vidéo et des deux logos, j'ai dû rajouter les autres images.). Le plan est assez cohérent (avec une introduction et une conclusion) causes, méthodes et principaux groupes.  Encore une fois, comme pour les autres travaux personnels, attention à l'orthographe et la grammaire, j'ai du mal à croire que malgré les correcteurs orthographiques automatisés sur les traitements de texte vous puissiez encore me laisser quasiment une faute tous les deux mots !

Pour revenir sur le fond du sujet, il faut bien comprendre que ce mouvement de contestation va toucher tous les pays du bloc occidental dans les années 70 et correspond aussi à une revolte de la jeunesse dorée des 30 glorieuses qui n'a pas connu de guerre et qui n'aspire pas à suivre le chemin du confort bourgeois de leurs parents (il y a très peu de véritables enfants d'ouvriers dans ces mouvements). Pour une partie de la jeunesse qui s'est enthousiasmée pour les mouvements de contestation issus, entre autre, de mai 68, la lutte armée parait une sorte d'idéal romantique qui fait réver. Jusqu'à parfois donner sa vie en pleine connaissance de cause.

Les deux chefs de file d' Action Directe, Jean-Marc Rouillan et Nathalie Ménigon.

Ce fut le cas de l'Armée Rouge Japonaise, mouvement qui débuta au Japon et dont les membres rejoindront entre autre la cause palestinienne. Ses partisans, pourtant des étudiants japonais de bonne famille, s'inspirérent des kamikazes de la seconde guerre mondiale et n'hésitèrent pas à se faire sauter avec leurs bombes plutôt que de se faire prendre. Une attitude qui servira de modèle aux futurs attentats suicides islamistes.

"A vous bourgeois, nous déclarons publiquement la guerre pour vous engloutir dans la guerre révolutionnaire et vous balayer du monde.

A vous bourgeois, nous notifions que nous unirons toutes les forces prol
étariennes du monde entier dans le parti mondial – armée rouge mondiale – front révolutionnaire mondial et que nous vous anéantirons malgré votre appel à la mobilisation générale de toutes les polices du monde : l’armée américaine, l’armée de l’OTAN, l’armée de coalition nippoaméricaine ou les armées alliées au Vietnam, et malgré la mobilisation de l’armée du Pacte de Varsovie elle même,transformée et dégénérée par vous.

Vos crimes dans l’histoire sont trop connus."
"Déclaration de guerre" de l'Armée Rouge Japonaise en 1968


Même si ces mouvements furent souvent groupusculaires (La RAF ou Action Directe n'ont guère comptés plus d'un trentaine de membres chacuns), leurs actions étaient extremement spectaculaires: assassinats ou enlevements de personalités, détournement d'avion,  bombes dans les ambassades ou dans les discothèques fréquentées par les soldats américains des bases de l'OTAN. Il créerent un mouvement de panique dans les opinions publiques et furent l'objet d'une repression impitoyable. Les morts de Baader et Meinhoff dans leur cellules restent mystérieuses: suicides ou assassinats, la question fait toujours débat.

  Aldo Moro ancien président du conseil italien est enlevé par les Brigades Rouges en 1978. Après 55 jours de négociations infructueuses, le groupe terroriste indique l'emplacement d'une voiture où on découvre le corps de l'homme politique. Un crime qui choquera toute l'Italie.


Ces mouvements vont souvent se rapprocher de la cause palestinienne au nom de la lutte contre l'impérialisme ou de mouvements indépendantistes comme l'Irish Republican Army qui combat la présence britannique en Irlande du Nord. Avec le camp soviétique les relations seront plus ambigues. Officiellement, la plupart de ces mouvement rejettent l'URSS considérée comme trahissant les idéaux du communisme en s'étant transformée en dictature militaire corrompue. Dans la pratique, on le sait depuis seulement quelques années, les services secrets du bloc communiste, notamment tchéques et est-allemands fournissaient une aide discrète en armes ou en cachettes à ces terroristes. Tout ce qui peux affaiblir le camp d'en face...

Il faut aussi rappeler que de l'autre côté de l'échiquier politique, l'extrême droite, parfois soutenue par l'espagne franquiste ou
les dictatures sud-américaines vont aussi provoquer des attentats pour pousser la population dans les bras de mouvement anticommunistes musclés. C'est la stratégie de la tension. Parfois avec la complicité des autorités locales. La Belgique et surtout l'Italie connaîtront des attentats d'extrème droite dont on se demande encore aujoud'hui si la finalité n'était pas l'instauration de regimes très à droite voir de dictatures militaires sur le modèle espagnol, grec ou sud-américain.

L'Italie est depuis les années 70 la proie des Brigades Rouges, un groupe communiste particulièrement violent (on lui attribue plus de 400 victimes) qui a acquis une notoriété mondiale en 1978 en enlevant et assassinant après 55 jours de captivité l'ancien président du conseil Aldo Moro, le chef de la démocratie chretienne, un parti centriste italien.  Le 2 octobre 80 explose en gare de Bologne une bombe qui fait 85 morts et 200 blessés. Cet attentat est attribué aux Brigades Rouges et permet de renforcer les lois sécuritaires dans le pays. En 1995, une enquête judiciaire permis d'établir que cet attentat avait été en fait été organisé par l'extrême droite en collaboration avec des membres de l'armée et de la police.

 
Ces mouvements révolutionnaires sont neutralisés à partir du milieu des années 80, leurs dirigeants étant pour la plupart arrétés et condamnés à de lourdes peines ou ont fuit à l'étranger, profitant parfois de la sympathie de certains mouvements de gauche plus modérés qui se reconnaissent dans leurs idéaux mais n'ont pas voulu passer le pas de la violence. Ainsi de nombreux anciens membres des Brigades Rouges condamnés en Italie se sont réfugiés dans les années 80 en France où le président Mitterand leur a accordé l'asile s'il renonçaient à la violence. Mais la justice italienne demande toujours aujourd'hui leur extradition. Doit-on les renvoyer ou respecter ce droit d'asile. Une question épineuse autour de Cesare Battisti et Marina Petrella deux anciens brigadistes qui ont refait leur vie en France et que l'Italie reclame toujours. (Pour en savoir plus sur l'affaire Petrella)

                               Un comité de soutien à Marina Petrella

De même, les membres d'Action Directe encore en prison bénéficient de mouvements de soutien pour leur libération après 20 ans de prison. Mais le fait que la plupart d'entre eux continuent à justifier le recours à la violence et n'aient pas officiellement renoncé à la lutte armée leur vaut des ennuis judiciaires constants, ainsi Jean-Marc Rouillan qui après une libération anticipée a été remis en prison pour ses déclarations ambigues à la presse.

 


 

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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 20:16

Un travail de Wissame Dahmani (TL)


Le 11 Septembre 1973, un coup d’état organisé par les forces armées, renverse le gouvernement  Allende et met un terme à la politique de gauche, qui prenait la direction du socialisme. Cet évènement introduit une dictature, non exceptionnelle car ce genre de régimes fleurit en Amérique Latine durant les années 70. C’est une rupture dans l’histoire chilienne, où la constitution n’avait jamais été remise en cause et où l’armée était dite loyaliste. Les Etats-Unis, en tirent profit, afin de faire du Chili un terrain d’expérimentation, appelé à devenir un modèle.

 

En une seule journée les forces armées ont écrasé l’UP (Unité Populaire), et se sont emparés du pouvoir.

 

                     Le palais présidentiel de la Moneda bombardé par l'armée

Les attentats commencent au port de Valparaiso avec le soulèvement de la marine, et se « terminent » au palais avec la mort d’Allende. En quelques jours, l’armée de Pinochet, renie le gouvernement de gauche, proclame la dissolution du parlement, instaure l’Etat de siège, met en place un couvre feu, suspend les libertés syndicales et la majeure parties des organes de presse. Ce dernier justifie le soulèvement par la lutte contre le communisme. Quelques jours après le coup d’Etat, la répression s’affiche clairement. Des milliers de personnes sont arrêtées. En plus de ceux de L’UP, se sont des militants des partis d’extrême gauche qui sont torturés, exécutés, parqués dans des camps de concentration, ou bien portés disparus. Appel à la délation, et mise en place d’une police politique (DINA).

 

Jusque la fin 1974, les opposants sont scrupuleusement traqués;  un tiers du corps enseignant est démis de ses fonctions. Suite à cela, le Plan Condor est mis en place en étroite collaboration avec le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Ce plan consiste à l’éradication totale du marxisme. Il serait à l’origine de 50000 à 70000 meurtres et/ou disparitions.

 

Les Etats-Unis, qui avait envisagé le « Chili d’Allende » comme un deuxième Cuba, soutiennent Augusto Pinochet. Les autres pays, eux, protestent contre ce régime de force, mais seulement par principe, car ils ne tardent pas, tous, à accueillir chez eux, l’ambassadeur du Chili.

 

Pinochet, va créer une nouvelle constitution, qu’il fera voter au référendum, le 11 septembre 1980, et entrera en vigueur le 11 mars 1981. Avec un pouvoir illimité, il devient officiellement président pour un mandat de 8 ans, à la fin duquel, un nouveau référendum sera organisé.

 

Aujourd’hui, après 16 ans de dictature, la mémoire oscille entre un souvenir profond des atteintes aux droits de l’homme, et une reconnaissance d’un héritage économique, de surface, qui semble avoir fait du Chili, un pays d’une grande prospérité au cœur d’une Amérique latine dernièrement frappée par plusieurs crises.   


                                                 -------------------------------------------------------------

Assis, le général Pinochet et les officiers de l'armée chilienne lors du putsch. Une image sinistre qui marqua les esprits de l'époque .

Un travail un peu expéditif, sans vraiment de sources précises. L'essentiel y est, mais c'est dommage, tu n'approfondis pas véritablement ce thème et en reste à des généralités un peu vagues. Notamment sur les implications morales de soutenir de tels régimes pour les démocraties occidentales. De plus j'ai par moment dû reconstituer le texte que tu m'as envoyé, en effet, les fautes de grammaire et les incorrections de style étaient fort nombreuses.

 

Le cas du Chili, s’il fut l’un des plus représentatif de cette vague de coups d’états militaires qui frappent l’Amérique latine au cours des années 60-70, n’est pas la pire dictature pro-occidentale de l’époque. L’Argentine de Vidella ou le Nicaragua de Somoza ont été encore plus meurtriers. Mais la personnalité même de Pinochet, les circonstances de sa prise de pouvoir comme les tentatives avortées pour le mettre en accusation ont profondément marqué les esprits.

 

Pour comprendre la constitution de cette internationale de dictatures militaires anti-communistes, il faut bien comprendre que l’Amérique latine est un continent où les différences sociales sont extrêmement marquées. La société latino-américaine conserve les traces de la colonisation espagnole. Peu industrialisée, son économie repose essentiellement sur une agriculture d’exportation souvent très performante et sur l’exploitation des matières premières du sous-sol. L’économie est entre les mains d’une minorité de grandes familles qui se transmettent la majorité des terres et gardent solidement les rênes du pouvoir. Les ressources naturelles ont été concédées à des sociétés étrangères, souvent états-uniennes, qui ne reversent qu’une part minimes des bénéfices, contre le versement de commissions occultes qui finissent sur les comptes en banques suisses des dirigeants locaux.

 

Cette situation inégalitaire et cette corruption généralisée sont le terreau rêvé pour le développement d’une contestation plus ou moins marxiste qui promet une meilleures répartition des richesses et la nationalisation des matières premières. L’exemple cubain le prouve, de nombreux pays d’Amérique latine sont prêts à basculer dans le communisme. Pour les Etats-Unis, c’est un danger intolérable et tout homme politique sud-américain qui commence à parler de réforme agraires et de redistribution des richesses devient, aux yeux de Washington ou des bourgeoisies conservatrices locales, suspect d’être un Fidel Castro en puissance.

 

L’idée développée par les tenants d’une diplomatie musclée au Pentagone (qui trouverons une oreille particulièrement attentive pendant les années Nixon au début des années 70 puis Reagan dans les années 80) est qu’il vaut mieux un régime fort voir dictatorial qui préserve la stabilité du pays et les intérêts économiques locaux et occidentaux que de risquer de voir un régime démocratique se laisser gagner par la gangrène communiste.

 

Un personnage très controversé va représenter cette tendance : Henry Kissinger conseiller à la défense de Nixon puis Gerald Ford qui va littéralement régner sur les affaires étrangères américaines dans les années 70 et qui, même s’il le nie toujours formellement aujourd’hui soutient militairement et financièrement les dictatures pro-occidentales qui s’installent. Il déclare notamment lors de l’élection de Salvador Allende au pouvoir au Chili. « Je ne vois pas pourquoi il faudrait s'arrêter et regarder un pays devenir communiste à cause de l'irresponsabilité de son peuple ». 

 
Kissinger (à droite) rencontrant le général Pinochet.

Soit dit en passant, la France aura la même attitude dans son ancien pré carré colonial africain en soutenant des dictateurs locaux tout aussi peu fréquentables que leurs homologues latino-américains.
 

 

Cette tendance à soutenir des dictateurs ne se limitera pas à l’Amérique Latine. N’oublions pas que Franco en Espagne, pourtant installé par Mussolini et Hitler dans les années 30 était devenu un allié de l’Occident au nom de la lutte anticommuniste. Dans les années 70, en Grèce, en Turquie, en Iran, en Irak, en Corée du Sud, en Indonésie ou à Taiwan, des régimes militaires s’installent ou se maintiennent avec la bénédiction de Washington.

 

L’arrivée du Docteur Allende au pouvoir lors des elections de 1970 inquiète donc beaucoup de gens car son parti, Unité Populaire, comprend des communistes déclarés en son sein et qu’il a promis des réformes : redistribution des terres et de nationalisations. C’est ce qui explique que des militaires soutenus et financés par la bourgeoisie locale et par les sociétés étrangères installées au Chili, décident de renverser le pouvoir par la force.

 

Allende et ses derniers défenseurs, retranchés dans le palais présidentiel


De nombreux mystères demeurent autour de ce coup d’état. Le degré d’implication réel des Etats-Unis tout d’abord. Puis comment Pinochet, chef d’état-major réputé fidèle à Allende a-t-il fini par tourner sa veste et prendre en main ce coup d’état ? Enfin la mort d’Allende dans son palais présidentiel bombardé : suicide ? (C’est la version officielle), assassinat ?

 

La répression contre les partisans d’Allende est extrêmement violente. 12 000 personnes sont enfermées dans le stade national de Santiago et la DINA procède à des dizaines de milliers d’interrogatoires où la torture est couramment utilisée. « Les escadrons de la mort » font régner un ordre sanglant dans tout le pays. Le Chili est quadrillé, les opposants systématiquement torturés, les principaux disparaissant, exécutés avant qu’on se débarrasse des corps dans l’océan. Au total on estime entre 3000 et 3500 les victimes de cette répression féroce, sans compter 200 000 exilés qui fuient le pays.

 

Quelques précisions au sujet de ce « plan Condor » évoqué avec raison dans ton article. Il s’agit d’une alliance secrete entre toutes les dictatures latino-américaines chapeautée par les services américains qui consiste à centraliser et coordonner la lutte anticommuniste entre les pays latino-américain. Dans la pratique on mutualise non seulement les informations mais on procède à des enlèvements d’opposants avec la complicité des autorités voisines, des assassinats et des tortures. Et pour former ce petit monde, on débauche d’anciens nazis en fuite spécialiste de "la lutte contre toute forme de Résistance" comme Klaus Barbie l’assassin de Jean Moulin ou d’anciens responsables français du maintien de l’ordre pendant la guerre d’Algérie comme le sulfureux général Aussaresses

Julien Blottière a fait un remarquable article sur ce sujet sur Bricabraque

 

Pinochet va régner presque quinze ans sur le pays avant de permettre le retour progressif à la démocratie en 1988, non sans rester chef des armées et en n’oubliant pas de se faire voter une loi sur mesure d’amnistie empêchant la justice chilienne de l’interroger sur les disparitions lors de son règne.

 

Il garde de nombreux partisans dans le pays, ayant à leurs yeux protégé le Chili du communisme et redressé l’économie. Non sans oublier de se servir au passage comme tout bon dictateur qui se respecte puisqu’on retrouvera par exemple la trace du transit de nombreux lingots d’or (la bagatelle de 9 tonnes de métal précieux) dans un coffre à son nom dans une banque de Hong Kong pendant les années 80.

 

Pourtant le vieux général aura quelques sueurs froides au milieu des années 90. Alors qu’il est soigné dans une clinique londonienne, la justice britannique l’arrête à la demande d’un juge espagnol pour "génocide, terrorisme et tortures". Cette arrestation provoque une tempête au Chili entre les  pro et anti Pinochet. Finalement après une bataille judiciaire d’un an, le vieux général obtient, arguant de son état de santé,  de pouvoir rentrer au Chili sans être inquiété. Dernière provocation alors qu’il quitte Londres sur un fauteuil roulant, une fois rentré à Santiago on le voit se lever pour saluer ses partisans.

 

Dessin de Chapatte, qui relate en dessin les péripéties de l'arrestation de Pinochet.

Pinochet s’éteindra finalement en 2006 sans être inquiété mais progressivement déconsidéré au fur et à mesure que ses anciens subordonnés non protégés par un statut d’ancien président sont mis en accusation par la justice chilienne et que la réalité du régime se fait jour au travers de leurs procès. Malgré les années, la société chilienne reste toujours divisée et continue de panser ses plaies.

Pour compléter :
Julien Blottiere sur lire-Ecouter-Voir (l'ancêtre de Samarra) revient sur la chanson sud-américaine engagée contre la dictature.

Un article détaillé de France 2 sur le coup d'état.




Quelques images saisissantes issues d'un documentaire de France 3 sur le coup d'état.
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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 22:31

Après quelques vacances à la neige le blog est de retour. C'est le moment de mettre les travaux que vous avez réalisés pour le blog, au fur et à mesure qu'ils m'arrivent. Tout d'abord sur les relations internationales de 75 à nos jours, puis sur l'Union Européenne.

Un travail d'Aurélie Heustache-Marmoux (TL)

Comment la chute du mur de Berlin a-t-elle marqué le début de la fin du système soviétique ?

La seconde Guerre Mondiale terminée, le monde n’est pas encore débarrassé de tous ses conflits, et la tension présente entre les deux grands vainqueurs laisse présager le pire. Le monde est partagé, commence alors une lutte compétitive entre deux idéologies contraires : les soviétiques et l’Occident (disons plutôt idéologie communiste et idéologie libérale) . C’est à qui saura le mieux s’imposer à l’autre. Berlin, est à l’image de l’Allemagne : coupée et attribuée par morceaux aux quatre pays vainqueurs (URSS, Etats-Unis, Grande Bretagne et France), mais dans l’ombre menaçante de la Guerre Froide, les choses vont aller bien plus loin.

Le système soviétique est au bord du déclin, mais il s’efforce de continuer et sauve très bien les apparences, du moins pendant un certains temps, la puissance communiste met du temps à s’effondrer : dans les années 50, c’est la conquête de l’espace, qu’ils remportent sur les Etats-Unis (premier être vivant dans l’espace : Laïka, 1957 ; premier homme : Youri Gagarine, 1961 ; première femme : Valentina Terechkova, 1963). L’URSS est glorieuse, félicitée par le monde entier, y compris par le président américain lui-même, mais tout n’est pas aussi brillant que ce qu’il y parait.


En juin 1948, les soviétiques décident de couper les communications entre Berlin-Est et Berlin-Ouest, la ville est alors séparée en deux blocs distincts, commence alors le blocus. Cependant il n’atteindra jamais son but : après une année d’acharnement dans un camp comme dans l’autre, les occidentaux sont toujours présent, ils ont trouvé une parade au stratagème des soviétiques. L’hiver et les attaques des communistes ne sont pas suffisant pour les chasser de Berlin : ils ravitaillent par avion et soutiennent énormément la population de Berlin-Ouest qui, naturellement souffre du blocus. Les soviétiques résignés, lèvent le blocus en mai 1949, toutefois ils ne s’avouent pas vaincus pour autant. (Entre temps la zone d'occupation soviétique devient la République Démocratique Allemande tandis que les occidentaux unifient leurs trois zones en République Fédérale Allemande).

Après l’échec du blocus, et en réaction aux mouvements de la population de l’Est qui fuit inlassablement la misère pour rejoindre l’îlot occidental porteur d’espoir, ils décident d’ériger un mur. En 1961, le « rideau de fer » se matérialise : un mur est construit à l’intérieur même de la ville, les populations sont complètement isolées l’une de l’autre, ils leur est pratiquement impossible de se voir, de se rencontrer.



Certains berlinois avaient réussi à s’échapper pour gagner d’autres pays, mais après la construction du mur, sur toutes les tentatives de franchissement, seulement quelques milliers de personnes passent tandis que des centaines sont tuées.

La population de la RDA veut à tout prix partir, et la misère de leur condition en tant que citoyens soviétiques supplante les risques de gagner la RFA. Car en pleine guerre froide, l’URSS entretient l’armée tant bien que mal : elle est équipée et parée à toute attaque militaire éventuelle, mais pendant ce temps, la famine frappe le peuple et les gens meurent de faim, délaissés, abandonnés à leur sort par leur dirigeants, après deux guerres mondiales et un monde à reconstruire. Les conditions de vie ne s’arrangent pas, et il y a de plus en plus de tentatives pour s’enfuir. Le système soviétique coince, il s’enraye.


A cause de l’émigration incessante et de plus en plus importante, les dirigeants de la RDA finissent par céder. Le 9 novembre 1989, une annonce assez obscure du gouvernement est lancée en fin d’après midi, concernant la possibilité d’une ouverture plus lâche des frontières… en début de soirée des milliers de personnes sont devant le mur et veulent traverser. Les premières passent avec un contrôle d’identité et des passeports, mais la nouvelle des récents changements de dispositions quant au voyage des ressortissant de la RDA se propage, notamment grâces aux médias et au journal de 20 heures.

Dans les environs de 23heures, l’afflux de population se fait de plus en plus grand, les soldats qui gardent le mur, ne savent que faire : ils n’ont pas reçu d’ordres officiels… mais, devant l’insistance de la foule et le risque d’émeutes violentes, le responsable décide finalement d’ouvrir les barrières avant que la situation n’empire encore.

 

20 000 personnes traversent, sans contrôle aucun dans l’heure qui suit cette décision, c’est un événement incroyable et les gens émerveillés sont poussés par la curiosité : depuis presque 30ans maintenant le mur existe, et d’un coup tout change, un monde s’effondre, s’efface. Des jeunes qui n’avaient jamais vu Berlin-Ouest peuvent enfin y accéder et vice-versa, les familles séparées depuis des années espèrent des retrouvailles… Les foules sont en liesse.

Le mur sera en grande majorité et assez vite démonté au cours de l’année 1990, et des fragments seront éparpillés dans le monde, avec un marché noir qui se développe autour de cette démolition.

Le régime Soviétique a désormais perdu sa puissance, le monde l’a découvert, les apparences sont tombées avec le mur. Car depuis la fin de la guerre, le système soviétique est bancal, cependant, il restait une puissance qui se dressait devant les Etats-Unis et les menaçait, mais ses affaires ne s’arrangent pas et la splendeur passée de l’URSS se fane peu à peu.

(Sans compter que depuis la mort de Staline en 1953, et avec lui la disparition de son charisme hypnotisant les foules, ainsi que la fin de son régime totalitaire, la corruption au sein du parti communiste prend une ampleur considérable, et n’aide pas à la reconstruction.)

 

En effet, en 1985, Gorbatchev, dirigeant du pays, créait la Perestroïka (reconstruction, restructuration en russe), un ensemble de réformes, qui laissaient prévoir une sorte d’alliance pour des recherches communes entres les Etats Unis et l’URSS, afin de progresser plus vite dans la technologie, cependant, ces projets ont révélés le retard que prenait et accumuler l’URSS par rapport aux américains, les failles commençaient à apparaître. 

 

Les apparences s’effritent avec le temps, et laissent apercevoir la réalité. Derrière la conquête fructueuse de l’espace dans les années 50 et une puissante armée, est cachée une population qui souffre et meurt de misère, quand elle veut fuir et tenter de survivre, le gouvernement ne trouve pas d’autre solution que de la parquer pour ne pas diriger un territoire vide. L’Occident tient tête au système soviétique et le pousse dans ses retranchements, le précipite à sa fin. La chute du mur de Berlin, est symbolique et marque dans les esprits de chacun, le début de la fin d’un système en bout de course.

Sources :
Wikipédia 
Herodote.net
le site de la ville de Berlin
Guerrefroide.net
Encarta



                                                          ----------------------------------------

Voici donc le premier travail de cette série sur les relations internationales depuis 1975:

J'ai rajouté en italique quelques précisions ou rajouts indispensables et mis des liens avec les articles en rapport sur le blog.

J'ai aussi essayé de corriger les fautes d'accords et de ponctuation ainsi que quelques erreurs factuelles (non les italiens n'ont jamais obtenus de zones d'occupation en Allemagne. ) 

L'ensemble est intéréssant même si tu te perds un peu à raconter toute l'histoire de Berlin et du bloc soviétique (dans un certain désordre) depuis 1945 pour essayer de repondre à la problématique posée dans le sujet...

Quelques approfondissements au passage:

En fait comme tu le précises bien, le mur est lui même le symbole de l'echec du système soviétique car ceux-ci sont contraint, pour maintenir la cohésion de leur empire, d'empêcher leur population de fuir. Pourtant même si la désagrégation du bloc soviétique est prévisible, sa soudaineté prend tout le monde par surprise, à l'Est comme à l'Ouest.

L'éssoufflement (notamment économique) de ce système est patent à partir de la mort de Staline, mais soigneusement caché par la propagande. Les réformes de Khrouchtchev lancée en 1956 ne suffisent pas à faire repartir l'économie et après la longue période de stagnation breijnevienne, Mikhail Gorbatchev qui prend les rènes de l'URSS en 1985 essaye de relancer le projet communiste par davantage de libertés publiques et par l'introduction d'une part de capitalisme avec notamment l'aide de capitaux occidentaux (mais comme Maeva doit nous reparler de la politique de Gorbatchev, je n'en dirais pas plus pour le moment.).

Ce faisant, il se place dans une situation où l'URSS ne peut plus se permettre d'apparaître comme une nation menaçant son peuple. Et encore moins ceux des états-frères comme la RDA. C'est ce qui explique que face à la montée des contestations en Pologne, en Hongrie ou en Allemagne, les gouvernements communistes de ces pays n'osent plus utiliser ouvertement la force.

C'est en Hongrie que le premier craquement apparait lorsque son gouvernement plus modéré qu'ailleurs dans le camp soviétique décide d'ouvrir officiellement ses frontières pendant l'été 89. Cet exemple fait tache d'huile et de nombreux allemands commencent déjà à passer à l'Ouest via la Hongrie. Mais comme Gorbatchev est en pleine négociation avec les Etats-Unis pour obtenir une aide financière et technologique, il est hors de question de risquer de facher les occidentaux en réprimant ces mouvements. C'est pourquoi lorsqu'un million de personnes se pressent devant le mur en novembre 89 pour demander son ouverture, le gouvernement est-allemand ne sait plus quoi faire.

Et pourtant quelques mois auparavent, la RDA avait fété son quarantième anniversaire en grande pompe. Mais les fêtes et les manifestations grandiloquantes cachent mal la lassitude de la majorité de la population. Alors quand le gouvernement, dans un texte maladroit finit par entrouvrir le passage, c'est la ruée. Les "Vopos", la police du peuple est-allemande, sans ordres laisse faire.

Le 40ème anniversaire de la création de la RDA en octobre 89. Toute la joie de vivre et la bonne humeur des dignitaires communistes s'exprime...

A l'Ouest, on découvre la situation à la télévision. Les berlinois de l'Ouest accueillent avec effusion leurs frères de l'Est et presqu'aussitôt s'attaquent à coup de pioche au mur qui est rapidement démantelée. Le célébre violoncelliste russe Mstislas Rostropovitch, qui avait dû fuir à l'Ouest quelques années auparavent, interpréte un concert improvisé sur l'emplacement du mur en ruine (une scéne qui deviendra le symbole de la fin du mur).

La coupure en deux pays ne peut plus tenir et le processus de réunification commence. Un rapprochement qui aboutira le 3 octobre 90. Dans les semaines qui suivent la destruction du mur ce sont tous les pays du bloc de l'Est qui voient leur régimes communistes disparaitre. La plupart du temps d'eux-mêmes, les dirigeants communistes donnant leur démission (ou faisant une deuxième carrière dans le système démocratique), parfois par une violente révolution comme en Roumanie. En Union Soviétique elle-même la situation n'est plus tenable. L'opposition interne comme les mouvements nationalistes des républiques périphériques remettent en cause l'autorité de Gorbatchev et la légitimité du système communiste. De plus en plus isolé face à la contestation, fragilisé après une tentative de coup d'état raté des communistes les plus radicaux à l'été 91, Gorbatchev donne sa démission le 25 décembre 91. Le parlement de Russie dirigé par Boris Eltsine en profite pour proclamer la fin de l'URSS et du régime communiste.

Comme les vannes d'un barrage, l'ouverture des portes du mur de Berlin marque la fin du système communiste qui, en deux ans, se désintègre complétement à la surprise du monde entier...

Pour terminer un reportage de la télévision canadienne qui montre à la fois la joie des berlinois mais aussi les inquiétudes pour l'avenir...

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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 22:51

Véritable tournant dans la guerre froide l’affaire des missiles de Cuba fut peut-être le moment où le monde est passé au plus près d’un conflit nucléaire généralisé.

 

En 1957, à Cuba dans les Caraïbes une révolution d’inspiration socialiste balaye la vieille dictature corrompue de Fulgencio Batista. Fidel Castro, Ernesto « Che » Guevara et leurs guérilleros s’emparent de la capitale La Havane et après avoir tenté en vain d’obtenir un accord avec le gouvernement américain se tournent rapidement vers l’URSS et la Chine.

 

                 Fidel Castro et ses companeros au moment de la révolution

Les relations cubano-américaine s’enveniment, d’autant que des milliers de réfugiés anticastristes poussent les Etats-Unis à intervenir sur l’île. Cuba nationalise les propriétés des grandes compagnies américaines, en retour l’Amérique décrète un embargo sur les produits agricoles cubains.  La désastreuse tentative de débarquement de cubains anticastristes de « la baie des cochons » soutenus par l’armée américaine creuse davantage fossé entre les deux pays. De simplement révolutionnaire et populiste, le régime castriste devient officiellement communiste.

 

La présence d’une île communiste à moins de cinquante kilomètres du sud des Etats-Unis est une aubaine inespérée pour l’URSS. Celle-ci est en effet est sous la menace directe des fusées et des bombardiers nucléaires américains stationnés en Europe grâce à l’OTAN, ou en Asie avec l’OTASE. Le territoire même des Etats-Unis est à l’abri de par sa situation géographique. Ils sont trop loin pour être atteint par les missiles ou les avions russes dont le rayon d’action ne dépassent pas 2500 kilomètres.

 

C’est pourquoi Khrouchtchev négocie un accord secret avec Castro pour l’installation de bases militaires dotées d’armement nucléaires, bombardiers tactiques et missiles SS-4 directement pointés vers les Etats-Unis. Accords secrets… mais pas suffisamment pour que les services de renseignements occidentaux n’aient vent du projet. Les services secrets français notamment, bien implantés à Cuba, fournissent au passage un précieux coup de main en signalant aux américains l’arrivée de soldats soviétiques déguisés en cubains et le début de travaux de terrassements importants dans des bases militaires du pays. Le doute se transforme en certitude lorsque des avions espions américains survolant l’île photographient la création d’aéroports militaires nouveaux et les allées et venues de lourds cargos soviétiques chargés de long cylindres suspects.

 

Le président Kennedy est prévenu de la situation en urgence et décide de réagir avec force. C’est pour lui une pure trahison de la part de Mr K. qui ne respecte pas les principes de la coexistence pacifique. Il convoque les télévisions et annonce, photo à l’appui que les soviétiques ont installé des bases nucléaires à Cuba et que cela est un acte de guerre pour les Etats-Unis. Ceux-ci riposteront. Et n’hésiterons pas à utiliser la bombe s’il le faut.

 


Les 2 K. a Vienne en 1961

"... Chacun de ces missiles peut être dirigé sur Washington, sur le canal de Panama, sur Cap Canaveral, sur Mexico ou toute autre ville située dans le sud-est des Etats-Unis, en Amérique Centrale ou dans la région des Caraïbes...

Les années 30 nous ont enseigné une leçon évidente : une conduite agressive, dans la mesure où l'on ne fait rien pour la contrôler ni l'empêcher, mène en fin de compte à la guerre...

J'ai donné des instructions pour que soient prises immédiatement les mesures initiales suivantes :

1.... Une stricte "quarantaine" sera appliquée sur tout l'équipement militaire offensif à destination de Cuba...

2. J'ai donné des ordres pour que l'on établisse une surveillance étroite, permanente, de Cuba, et la mise en place d'un dispositif militaire...

3. Les Etats-Unis auront pour politique de considérer tout lancement d'un engin nucléaire à partir de Cuba contre une nation quelconque du continent américain comme une attaque de l'Union soviétique contre les Etats-Unis, attaque exigeant une riposte sur une grande échelle contre l'Union soviétique...

4. Nous avons demandé ce soir la convocation immédiate de l'organisme de consultation de l'Organisation des Etats américains...

5. Conformément à la charte des Nations Unies, nous demandons ce soir une réunion d'urgence du Conseil de sécurité...

6. Je fais appel à M. Khrouchtchev afin qu'il mette fin à cette menace... Je lui demande d'abandonner cette politique de domination mondiale et de participer à un effort historique en vue de mettre fin à une périlleuse course aux armements et de transformer l'histoire de l'homme..."
Extraits du discours télévisé de J.F. Kennedy, 22 octobre 1962 (Origine
Cliotexte : )

 

Des deux côtés on mobilise. Des manœuvres militaires sont organisées en Floride par l’U.S. Navy alors que de son côté l’Armée Rouge est mise en alerte. Flottes et sous-marins des deux camps se retrouvent face à face au large de Cuba. Le monde entier suit la situation avec épouvante. L’ONU par l’intermédiaire de son secrétaire général le birman U Thant tente une médiation qui n’aboutit pas. La troisième guerre mondiale est imminente.

 

 L'une des photos présentée au public



Mais on continue heureusement à négocier entre la Maison Blanche et le Kremlin. Pas directement car il n’y a pas encore de ligne directe entre les deux lieux de pouvoirs mais par l’intermédiaire des ambassadeurs et des ministres des affaires étrangères qui font la navette entre Kennedy et Khrouchtchev.

 

Au final les deux hommes malgré les conseils de ceux qui poussent à la guerre (comme Castro qui envoie une lettre en ce sens à Khrouchtchev),  préfèrent arriver à un accord qui permet aux deux camps d’éviter la guerre sans perdre la face. L’URSS retire ses fusées, alors que les Etats-Unis s’engagent à ne pas intervenir directement contre Cuba. De plus ils enlèvent des missiles installés en Turquie. L’Union Soviétique sort néanmoins affaiblie de cette affaire, cela contribuera au futur remplacement de Khrouchtchev, deux ans plus tard. Cuba reste jusqu’à nos jours sous un embargo très strict des Etats-Unis.

                    " D’accord monsieur le président nous sommes prêts à négocier". Daily Mail 1962



Mais on n’est vraiment passé à deux doigts de l’affrontement nucléaire. Les deux dirigeants comprennent qu’ils doivent désormais dialoguer directement pour éviter à l’avenir de frôler à nouveau l’abîme. Une ligne spéciale est posée entre les bureaux des deux chefs d’état : le téléphone rouge (en fait un gros télex gris mais la presse américaine fantasme sur cette ligne directe avec les "rouges" et le nom va rester). Désormais le monde entre dans une phase de détente.

Pour compléter :
Le site du mémorial de Caen propose une
musée interactif sur cette crise.
Un reportage d'époque de Radio Canada qui illustre bien la tension palpable.

 
Enfin pour détailler cela plus en image, un documentaire qui revient sur la crise plus en profondeur. Attention il dure une heure mais il est prenant.

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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 22:06

Petit ralentissement du blog cette semaine en raison de l’afflux de copies à corriger qui s’entassent sur mon bureau.

 

Cela étant, suite au travail que nous avons lancé avec les TL sur Berlin, lieu de tension extrême de la guerre froide, approfondissons un peu la création de ce qui devint la matérialisation même du rideau de fer prédit par Churchill dans son célèbre discours de Fulton de 1946 : le "Mur de Berlin" vite surnommé le "mur de la honte".

 

 Le Mur dans les années 80 ( sens Est-Ouest)


Berlin a déjà été l’enjeu de l’affrontement entre les deux blocs comme nous avons pu le voir avec le blocus de Berlin dont l’une des conséquences a été la naissance de 2 Allemagne, la République Fédérale Allemande pro-occidentale et la République Démocratique Allemande, alignée sur le modèle soviétique.

 

Malgré la séparation en deux pays, il n’est guère difficile de passer d’une Allemagne à l’autre, tout particulièrement à Berlin où de nombreuses rues et deux lignes de tramway et de métro assurent la jonction entre les deux parties de la capitale.

 

En ce début des années 60, la RDA doit faire face à un problème de plus en plus préoccupant : l’exode massif de sa population vers l’Allemagne de l’Ouest. Ce sont 2,7 millions de citoyens  (sur un total d’environ une quinzaine de millions d’habitants) qui, de 47 à 61, passent la frontière, mollement surveillée et "choisissent la liberté" comme on le dit à l’époque. Et pas les plus inutiles : médecins, ingénieurs, professeurs, ouvriers qualifiés, tout ceux qui ont des compétences qui leur permettront de réussir à l’Ouest  tentent leur chance de l’autre côté. Pour le chef du gouvernement est-allemand, Walter Ulbricht, cette situation est devenue intenable. Il obtient de Nikita Khrouchtchev, dirigeant de l’URSS, l’autorisation de régler ce problème par la force.

 Khrouchtchev (avec le chapeau) et Walter Ulbricht



C’est l’opération "Muraille de Chine" qui prend le monde par surprise. Le 12 août 1961, la RDA mobilise 25 000 membres de l’armée et des Vopos (Volkspolizei, la police du peuple) pour construire en urgence un mur de 43 km qui barre l’accès entre les deux parties de la ville. Les Berlinois éberlués découvrent en se réveillant le mur qui a poussé pendant la nuit, doublé d’un réseau de fils de fer barbelés.

 


Le long de la frontière avec la RFA, 155 km de grillages et barbelés poussent presque aussi vite et viennent compléter l’encerclement de la capitale et la fermeture entre les deux Allemagnes. Le tout lourdement gardé. Restent 25 points de passages disséminés le long du mur et de la frontière entre les deux pays, dont les plus connus seront "Checkpoint Charlie" principale ouverture avec le secteur américain de Berlin ou bien le pont de Glinieke où, dans la brume du petit matin, soviétiques et américain échangent leurs espions capturés. (Une image fantasmée qui restera longtemps dans l’imaginaire des films d'espionnage de la guerre froide). Ces points de passages sont sévèrement contrôlés par les Vopos qui ont l’ordre de tirer à vue sur tous fuyards.

 




La propagande est-allemande présente le mur comme une protection contre la menace impérialiste et fasciste. Pourtant personne n'est dupe. Le mur est une coupure entre les deux blocs. Kennedy vient à Berlin-Ouest en 1963 pour rassurer les berlinois de l'Ouest, venus en masse, sur le soutien du camp occidental aux Allemands dans son célèbre discours "Ich bin ein Berliner" ("je suis un berlinois"). Pour le président américain, le mur est le symbole même de l’echec du modèle communiste contraint d’enfernmer ses propres habitants pour survivre. Mais face à l'URSS, la détente commence, il ne peut pas intervenir militairement dans ce qui est à la base une affaire purement est-allemande. (Le mur est intégralement construit sur la partie est-allemande de la frontière)

Kennedy à Berlin


Désormais l’accès entre les deux Allemagne est extrêmement difficile. Les familles se retrouvent séparées et ne pourront parfois se revoir que 30 ans plus tard.

De nombreux allemands tenteront de passer cette nouvelle muraille. Tunnels, montgolfières, camions qui défoncent le mur, faux uniformes de soldat ou autorisation de sortie trafiquées, plus de 5000 allemands réussiront à tromper la vigilance des Vopos.

 

 

Mais beaucoup seront arrêtés et jetés en prison lors de ces tentatives. De 61 à 89, date de sa destruction, 421 personnes y laisseront la vie (certains parlent de plus de 1000 personnes, les archives est-allemandes ne sont pas complètes à ce sujet.). De chaque côté du mur deux sociétés différentes se développent, séparées par ce voile de parpaings et de béton. La capitale allemande devient le symbole vivant d'un monde déchiré entre les deux blocs et de la séparation entre deux visions du monde totalement inconciliables.

 

Sources et approfondissements :

Une visite du mur sur le site (en français) de la ville de Berlin.

"Au pied du Mur " : Une exposition en ligne sur le site du mémorial de Caen

L'extrait d'un documentaire : "La guerre froide" qui présente la réaction des berlinois à la construction du mur et la visite triomphale de Kennedy dans la ville en 63.


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25 septembre 2008 4 25 /09 /septembre /2008 21:13
De manière à compléter notre étude des 2 modèles idéologiques (n'oubliez pas de reprendre le parcours thématique pour vous y retrouver mieux) ...


Pour mieux comprendre cette opposition voici l'excellent schéma de Bricabraque et la mise au point de François Saillard. on trouvera aussi des analyses sur deux sites aux noms évocateurs guerrefroide.net et guerrefroide.iquebec.com

L'histgeobox, dont nous nous sommes servi en cours pour illustrer la lutte des Noirs pour leurs droits dans l'Amérique des années 50-60 est toujours une mine :

Sur l'attraction du modèle :
- 95. West Side Story :"America"

Les limites du modèle américain et notamment la lutte pour les droits civiques ont été largement analysées par Julien Blottière grand exégéte de la musique noire américaine.

- 2 J.B. Lenoir:"Alabama blues".
- 3 Billie Holiday:"Strange fruit".
- 15. Bob Dylan:"Oxford town".
- 17 Betty Fikes:"Back of the bus".
- 23. John Coltrane:"Alabama".
- 27. The temptations: "Message from a black man".
- 37. Bob Dylan:"Blowin' in the wind".
- 39. George Perkins & The Silver Stars - Cryin' in ...
- 40: Earl Sixteen: "Malcom X".
- 41. Phil Ochs:"Freedom riders". (1962) 
- 42. Bob Dylan:"The time they're A-Changin'".
- 48. Gil Scott Heron:"Klan".
- 65. Nina Simone:"Backlash blues".
- 69. J.B. Lenoir:"Vietnam blues (1966).
- 70. Freedom singers: "In the Mississippi river".
- 73. Marlena Shaw:"Woman of the ghetto"
- 76. Pete Seeger: "Where have all the flowers gone?

Le modèle soviétique inspire un peu moins les musiciens:
-
5. Fatals Picards:"Mon père était tellement de gauche".


Sur les grands concerts qui marquèrent l'émergeance du mouvement hippie et le flower power (par G. Iacono) dans les années 60. "Lire-Ecouter Voir" revient sur Woodstock. et François Saillard sur l'influence du Rock. De même Etienne Augris revient sur les fondements et les limites de ce système.


Concernant l'URSS, on pourra lire avec profit l'article de J.C. Diedrich sur l'un des plus grands dissidents qui s'est éteint cet été 2008 : Alexandre Soljenitsyne. De même que ceux de Julien Blottière sur le même thème, sur l'art officiel ou sur l'évolution du modèle avec Khrouchtchev puis Brejnev.

On pourra retrouver cet affrontement dans le sport (Louis Brun) ainsi que dans la course à l'espace
à laquelle les deux pays se livrent.
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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 19:36

Bon, un petit peu de retard s’est accumulé avec tous les travaux de redémarrage de ce début d’année mais qu’importe, voici les réponses aux questions posées à partir des documents sur les modèles américains et soviétiques. Réponses que nous avons vues ensemble mercredi en détail avec les TL.

 

Régime politique :

 

Etats-Unis

Un système DEMOCRATIQUE basé sur des élections libres et des partis multiples. (doc 1 : "Toutes les fois qu’une forme devient destructrice (…)le peuple à le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement "). Il est à noter que les textes présentés, déclaration d’indépendance et constitution sont des documents quasi sacrés pour les américains et bien que datés respectivement de 1776 et 1787, ils représentent toujours les références immuables sur lesquelles s’appuient le système politique de ce pays.

 

URSS

Un système COMMUNISTE (appelé aussi SOCIALISTE mais à ne pas confondre avec les partis socialistes d’Europe de l’Ouest plus démocratiques) où un parti unique qui représente la totalité des travailleurs. Toutes les forces du pays se concentrant dans ce parti, celui-ci représente forcément le meilleur moyen de faire fonctionner une société autogérée. C’est un système qui se veut universel et qui repose sur l’idée très rousseauiste d’un homme bon par principe et qui accepte de mettre ses capacités au service de la collectivité. Ce qui explique qu’il n y’ait pas besoin d’autres partis dans cette idéologie. Dans les faits ce régime qui n’admet aucune forme d’opposition va très vite devenir TOTALITAIRE faisant interdire tout ce qui pourrait détourner le citoyen de l’idéal communiste (autres partis, syndicats non officiels, religions, mouvements nationalistes). Attention comme il demeure toujours des élections au sein de ce parti unique, les régimes communistes s’intituleront d’eux-mêmes démocraties populaires. C’est aussi un régime qui a une vocation universelle et cherche à se rependre dans le monde entier.

 

Système économique :

 

Etats-Unis

CAPITALISME, c'est-à-dire propriété privée personnelle et commerce libre. Ce pays met en avant la réussite personnelle comme le montre la biographie de Rockfeller (doc 3). L’état, traditionnellement, se doit d’intervenir le moins possible dans la vie économique (LIBERALISME)

 

URSS

COLLECTIVISATION, suppression de la propriété privée des moyens de production (usines, fermes, commerces mais aussi immobiler). On peut parler de CENTRALISATION de l’économie qui est gérée toute entière par l’administration de Moscou au moyen de PLANS QUINQUENAUX, établis comme leur nom l'indique pour cinq ans qui fixent les objectifs à atteindre. Les travailleurs remplissent leur devoir dans leurs fermes ou leur usines pour le bien commun et reçoivent en retour un salaire et des avantages proportionnels à leur engagement dans l’effort économique.

 

 

 

Modèle social :


Etats-Unis

Les deux images nous présentent des familles avec tous les symboles de la prospérité économique : maison individuelle, voiture neuve. C’est l’AMERICAN WAY OF LIFE, une société de consommation où le citoyen construit sa réussite personnelle par lui-même, grâce aux fruits de son travail.

 

URSS

Nous avons eu une société parfaitement encadrée qui met en avant non pas la famille symbole du passé mais le groupe en marche comme dans le timbre sur les jeunesses communistes en uniforme. C'est une soviété hierarchisée comme le montre le doc 8 qui nous présente des travailleurs hongrois (l’ouvrier, la paysanne et l’ingénieur) sous la direction du leader communiste qui montre la bonne direction à suivre. Nous le verrons comme toute société totalitaire, le régime communiste mettra en place un système de surveillance et de répression extrêmement efficace.

 

Valeurs :


Etats-Unis


La valeur centrale est ici la LIBERTE. Liberté de religion, d’expression, de commercer. Les Etats-Unis avancent cette liberté pour mettre en valeur l’effort, l’initiative et la réussite personnelle. On retrouve l’esprit pionnier de la conquête de l’ouest dans cette famille qui bâtit elle-même sa maison (doc 4). C’est à chaque personne de se débrouiller par elle-même sans tout attendre de l’état.


URSS


La valeur centrale est l’EGALITE. Le citoyen communiste fait partie d’une société parfaitement encadrée et organisée où il n’est qu’un rouage pour arriver à un système utopique théorique. Le groupe prévaut sur l’individu. Le travail est lui aussi très mis en avant  (" l’amour du travail et de la discipline" (doc 5))  car c’est ainsi que chaque citoyen justifie sa place et son statut dans la société. C’est un système rassurant pour qui ne se rebelle pas car il s’occupe de tous les aspects de la vie du citoyen. Santé, école, emploi, loisirs, tout est organisé par l’état ce qui laisse très peu de marge de manœuvre à l’initiative personnelle.



Pour teminer deux vidéos présentant la grandeur des 2 modèles.

Tout d'abord ce film de pure propagande des années 80 où sur fond du magnifique hymne soviétique, défilent les symboles de la grandeur de l'URSS : progrès technologiques, écoles, industries aux ouvriers rayonnants, armée rouge écrasant le nazisme etc...




Et un dessin animé américain des années 50 qui démontre (en anglais) pourquoi les Etats-Unis sont le meilleur endroit de la terre... Méfiez vous des idéologies en -isme....

 

 

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