Nous l'avons évoqué en cours, le monde est secoué en ce moment par une série de crises relativement préoccupantes. Vous pouvez vous reporter à l'excellent dossier constitué par Etienne
Augris sur la crise israélo-palestinienne, un sujet dont nous allons reparler en classe très bientôt.
Pour le moment remontons en Europe Centrale et intéressons nous à la
crise gazière et diplomatique qui secoue la Russie, l'Ukraine et l'Union Européenne en ce glacial mois de janvier. La Russie vient de couper l'approvisionnement en gaz naturel à l'Ukraine
et, par ricochet, crée une situation de pénurie dans toute l'Europe.
La Russie posséde en effet de gigantesques reserves de pétrole et de gaz naturel sur son territoire. Bien avant la fin de la guerre froide, dès les années 70, elle s'est
mise à commercer avec l'Europe échangeant son gaz contre des biens de consommation et de la nourriture. De grands gazoducs traversent toute l'Europe de l'Est pour arriver en
Allemagne ou en Italie et alimenter les chauffages occidentaux. L'Oural et la Sibérie fournissent en effet un quart du gaz consommé en Europe. Certains pays sont très dépendants,
notamment à l’Est, comme en Bulgarie qui dépend à 98% du gaz russe, ou les Etats baltes, dépendants à 100% des importations russes.
Avec la fin de l'URSS, les anciens pays satellites et les républiques de l'Union Soviétique ont négocié des tarifs préférenciels avec l'autorité russe. En effet dans l'ancien système, le problème
de l'energie ne se posait pour l'Ukraine et ses voisins, ils faisaient partie du même pays que la Russie donc pas besoin de developper des énergies autonomes, la Sibérie alimentant toute
l'Union. Les ressources étaient partagées de façon communiste et chaque région s'étant spécialisée, le bloc de l'Est fonctionnait comme un tout cohérent et solidaire. Ce qui explique qu'au moment
de l'indépendance des pans entiers des économies des anciennes républiques se sont retrouvées non developpées. Alors au moment de l'indépendance des accords ont eu lieu pour s'echanger les
produits de premières nécéssités à tarif préférenciel.
Source : Cartographier le présent (cliquer pour
agrandir)
En Russie, le contrôle des matières premières est devenu rapidement un enjeu
vital. Depuis la fin des années 90, le gaz est redevenu monopole d'état. Toutes les sociétés gazières privées nées de la fin de l'Union Soviétique ont été quasiment démantelées
par Vladimir Poutine qui les a remplacé par Gazprom. Le groupe produit 95% du gaz naturel russe, tout en contrôlant 17% des réserves mondiales. Il est à la tête du plus grand réseau de
gazoducs du monde. Et il détient des intérêts, entre autres, dans des banques, des compagnies d’assurance, des médias et de l’immobilier. Gazprom contribue pour quelque 20% des recettes
budgétaires de l’État russe et à hauteur de 8% de son PIB. Elle emploie 450 000 personnes. Autant dire que de par son importance le gaz est devenu affaire d'état en Russie.
Dimitri Medvedev, l'actuel
président russe en est l'ancien directeur. Aucune décision n'y est prise sans l'aval des autorités du Kremlin.
Mais le temps passe et de plus en plus de pays d'Europe de l'Est se tournent vers l'U.E. et les Etats-Unis. Ainsi en Ukraine, le gouvernement Ioukatchenko s'est fait élire sur la
base d'un programme très pro-occidental : adhésion à l'Union Européenne et à l'OTAN, politique ouvertement hostile à la Russie accusée de vouloir destabiliser le pays en agitant les minorités
russophones qui agitent les provinces minières de l'Est (dont la Crimée, la Riviera Ukrainienne accés direct à la Mer Noire et riviera touristique qui intéresse bien des investisseurs à
l'approche des J.O. de Sotchi). Comme avec la Georgie les relations entre Moscou et Kiev se sont brouillées d'autant que les russes voient la main des Etats-Unis derrière toute
atteinte à leur domination sur leur ancien empire.
La société Gazprom s'est donc mise en tête de vouloir
renégocier à la hausse les tarifs de livraison de gaz avec l'Ukraine. Comme Kiev traine les pied, Moscou décide d'agir de façon brutale, comme on le ferait avec un
mauvais payeur. Le 1er janvier 2006, dans le froid de l'hiver, elle coupe les livraisons deux jours pour forcer les ukrainiens a passer de 50 à 100 $ puis
comme les deux pays continuent à s'affronter rebelotte en 2007 et en 2008. Notamment pour renégocier les droits de passage sur le sol ukrainien des gazoducs russo-européens, car les ukrainiens
pour compenser l'augmentation du prix du gaz ripostent en haussant les droits de passage sur leur sol. Quand l'économie et les rivalités polico-diplomatiques se rejoignent.
C'est pourquoi ces questions gazières depuis trois ans tous les hivers
revient sur le tapis. Avec l'augmentation croissante du prix du gaz ces dernières années et la crise financière actuelle, la situation de l'économie ukrainienne s'est fragilisée et le
poids du budget chauffage commence à peser. D'autant qu'en Ukraine, la crise gazière se double d'un bras de fer politique entre le président Viktor Iouchtchenko, et son
premier ministre Ioulia Timochenko, celle-ci accusant le premier de corruption et d'enrichissement personnel au travers de Naftogaz, la compagnie de gaz ukrainienne qui aurait
contracté de façon opaque près d'1,9 milliards d'euros de dettes auprès de Gazprom. De plus les russes accusent les ukrainiens de siphonner illégalement du gaz transitant sur leur
sol à destination de leur clients européens. Bref chacun se renvoie la responsabilité de la crise à la figure avec beaucoup de mauvaise foi.
Un bel imbroglio où les enjeux économiques, politiques et personnels sont imbriqués et qui touche par contrecoup l'Europe car lorsque les russes ferment les robinets de
gaz en direction de l'Ukraine, c'est toute l'Europe qui est touchée.
L'Europe elle se retrouve piégée par cet affrontement. Pourtant en 2006 lorsque la crise à commencé elle a mise en place une commission pour surveiller ses approvisionnements en
gaz. Mais comme à son habitude elle s'est perdue en divisions et en discussions stériles plutôt que de mettre en place un programme de gestion commune de leur energie. Personne ne veut payer pour
désenclaver l'Europe de l'Est et l'Allemagne s'est associée à la Russie pour créer un oléoduc sous la Baltique, le North Stream qui permet de se passer des Pays Baltes ou de l'Ukraine. le "chacun
pour soi" qui semble hélas avoir remplacé ces dernières années la volonté d'une véritable solidarité européenne.
Une Europe instrumentalisée tant par les Russes qui espèrent contraindre les
Ukrainiens à payer au prix fort le prix de leur gaz que par les Ukrainiens qui jouent la carte du catastrophisme face à un géant russe autoritaire et dominateur pour faire oublier leur
propre corruption.
Après des négociations menées par le premier ministre tchèque (le pays à la tête de l'Europe pour le premier semestre 2009) avec les deux parties, la situation semble progressivement se débloquer
elle va envoyer des observateurs. Mais sur le fond le problème demeure intact, soulignant au travers de la dépendance energétique de l'UE envers la Russie,
l'absence de nouveaux grands projets communs et les tensions qui persistent à nos frontières orientales.
Quand à la Russie elle montre à la fois sa volonté de jouer le jeu du commerce mondial tout en n' hésitant pas à faire valoir ses droits de façon brutale, surtout dans cette Europe de
l'Est qu'elle considère comme sa zone d'influence naturelle.

La riposte russe est immédiate et une colonne blindée rentre en Ossétie, chasse les troupes géorgiennes et continue dans la foulée sa progression sur le territoire
proprement dit de la Géorgie, bombardant les principales infrastructures du pays et organisant un blocus des ports. Russie et Georgie s’accusent mutuellement d’épurations ethniques et de
crimes de guerre.
Prisonniers georgiens exhibés par les soldats russes (source : New York
Times)
Il est d’ailleurs à
noter que dans cette affaire, le président Medvedev s’est donné une stature d’homme d’état qui lui faisait jusqu'à présent défaut. Vladimir Poutine, même s’il
n’est jamais loin, a su se faire discret, tout en gérant sur le terrain la réalité de l’action militaire. Il a laissé le volet international à son poulain. Celui-ci a utilisé les mêmes formules
martiales que Poutine du temps de la guerre de Tchétchénie
Les
événements qui se déroulent ses jours-ci dans le Caucase illustrent parfaitement la volonté de la Russie de reprendre son rôle de grande puissance et de véritable gardien de l’Asie Centrale.
Car le grave affrontement qui embrase le Caucase entre deux anciennes républiques de l’ex-URSS est à la fois le fruit d’une crise qui couve depuis la fin de l’Union Soviétique
et le signe que la Russie entend bien redevenir la puissance qu’elle était du temps du communisme triomphant. Paradoxe, Gori, l’une des villes géorgienne bombardée par l’armée russe
n’est autre que le lieu de naissance de Staline. Cette guerre illustre aussi la complexité du monde contemporain où la fragmentation constante des états ne cesse d’accélérer les
conflits.
En effet les campagnes militaires géorgiennes contre les indépendantistes abkhazes sont des échecs sanglants où les populations civiles trinquent largement.
200 000 géorgiens sont expulsés par les milices abkhazes soutenues par la Russie. La même chose déroule en Ossétie. Les géorgiens doivent accepter la « médiation » russe et la
présence de soldats d’interposition pour régler le conflit. Moscou en profite pour chasser le gouvernement Gamsakhourdia et imposer la présence de 3 bases militaires russes sur place. Les
deux régions autonomistes proclament dans la foulée leur indépendance mais ne sont pas reconnue internationalement.
D’où l’élection en 2003 de
ouve une grosse base russe), l’Adjarie, tente de prendre son indépendance à l’initiative d’un gouverneur
local aux envies dictatoriales. Saakachvili résout la crise pacifiquement mais à partir de ce moment commence à se montrer
Les résultats donnent donc une
écrasante majorité pour Dimitri Medvedev candidat du parti « Russie Unie » de Vladimir Poutine. 70% des suffrages environ, dans une élection où le taux de participation, 65
%, a été élevé. Une élection « à la russe » avec son lot d’irrégularités et d’observateurs internationaux refoulés des bureaux de votes.
Mais attention tout de même, lorsqu’au milieu des
années 90, Vladimir Poutine a été choisi par Boris Eltsine, le premier président élu de la Russie post-communiste, pour lui succéder, tout le monde le décrivait comme un personnage secondaire et
effacé. Une fois au pouvoir, celui-ci s’est affirmé comme le chef sans partage du pays. Contrairement à Poutine, ancien du KGB qui n’a jamais coupé les ponts avec les méthodes autoritaires,
Medvedev incarne la nouvelle génération de russes post-soviétiques. Un technicien plus à l’aise avec les bilans comptables qu’avec les fiches de police et parfaitement au courant des subtilités
du monde polissé de l’économie internationale. Le pouvoir étant ce qu’il est, il serait étonnant qu’il ne reste qu’un second couteau dans l’ombre de Vladimir Poutine… Mais ça, l’avenir nous le
dira.

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