Dimanche 22 mars 7 22 /03 /Mars 23:13

Un travail de Charlotte Le Veugle (TL)

Le Rwanda, un pays d'Afrique centrale coincé entre la république démocratique du Congo, la Tanzanie, le Burundi et l'Ouganda. Ce petit pays est l'un des plus densément peuplé au monde, avec ses presque 10 millions d'habitants pour une superficie d'un peu plus de 25 mille km. C'est une population divisée avec deux ethnies principales : les Hutus et les Tutsis. Mais peut-on vraiment parler d' « ethnies » ?

 

Les Hutus et les Tutsis ont en effet tellement de choses en commun qu'il est difficile, voire impossible, de les considérer en tant qu'ethnies : ils vivent sur un même territoire, parlent une même langue – le  kinyarwanda –, pratiquent une même religion et partagent une culture identique. Ce ne sont pas non plus des castes puisque qu'aucune hiérarchie de la pureté ni endogamie ne les séparent. L'idée de classe ne correspond pas davantage avec une diversité interne certaine, tant sur le plan social que géographique. Hutu et Tutsi ne constituent par conséquent ni des races ni des ethnies, ni des castes ni des classes ; ce n'est qu'une identification parmi d’autres.

 

Pourtant, au début du XX ème siècle, l'arrivée des colonisateurs européens, allemands puis belges, va bouleverser l'ordre établi. En effet, cette domination coloniale s'accompagne de théories raciales évidentes et l'élite Tutsi, alors considérée comme  race supérieure, va être favorisée, au détriment des Hutus.

La distinction des races est officialisée en 1931 tandis que la mention raciale apparaît sur les cartes d'identité. Quelques dizaines d'années auront suffit pour creuser le fossé racial qui entrainera le génocide de 1994.


Si l'élite Tutsi est au début favorisée, son désir d'indépendance, de plus en plus fort, incite en 1959 les Belges a renverser leur alliance au profit des Hutus. Grégoire Kayibanda devient Président de la République en 1961, et les contestations Tutsis quant au régime mis en place vont entraîner de violentes émeutes, fermement réprimées par des massacres et des pogroms (assauts avec pillages et meurtres d'une partie de la population contre une autre).

 

 

Des milliers de Tutsis trouvent refuge dans les pays voisins et Juvénal Habyarimana, profitant des troubles qui agitent le pays, renverse  Kayibanda en 1973, avant de fonder un nouveau parti, le Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement (MRND), soutenu par la France.

 

De leur côté, les exilés Tutsis se regroupent en Ouganda et mettent en place le Front Patriotique Rwandais (FPR). Ils tentent en octobre 1990 d'entrer en force au Rwanda. C'est la guerre civile. Les massacres et exécutions de Tutsis se multiplient tandis que la France, ignorant les prémices du génocide, continue de soutenir le régime de  Habyarimana. (photo ci-contre)

        
La propagande anti-Tutsi ne cesse d'augmenter et le 6 avril 1994, Habyarimana meurt dans un attentat avec le président du Burundi. C'est l'évènement déclencheur. Les massacres s'enchaînent aussitôt – guidés par la Radio Télévision Libre de Mille Collines (RTLM) – tant contre les opposants Hutu que  contre les Tutsis et l'on dénombre plus de 800 mille morts en seulement trois mois.

 

De la même façon qu'après la Shoah lors de la Seconde Guerre Mondiale, de nombreux procès ont lieu par la suite pour « crime contre l'humanité » ou encore « complicité de génocide ». Le génocide s'étant déroulé durant une guerre civile et la guerre d'indépendance, certain nient purement et simplement son existence alors que d'autres affirment qu'il s'agit d'un « double » génocide, qui aurait touché tant les Tutsis que les Hutus. Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), mis en place fin 1994 par l'ONU pour juger les personnes responsables d'actes de génocide, déclare finalement que le génocide n'a plus besoin d'être prouvé.

 

Le génocide au Rwanda aura été le plus rapide de l'histoire, et celui de plus grande ampleur de par le nombre de morts par jour. Un génocide qui n'est finalement dû pas tant à des différences raciales qu'à des intérêts politiques : les colons ont divisé pour mieux régner. 


Sources : dictionnaire
; wikipédia.org ; rwanda.free.fr ; unitedhumanrights.org

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Un article intéréssant qui résume assez bien les enjeux de ce génocide dont la brutalité et la soudaineté à surpris le monde entier qui pensait au milieu des années 90 qu'avec la fin de la guerre froide les guerres civiles meurtrières appartenaient au passé. Je n'ai pas mis toutes les photos de charniers qui accompagnaient ton article, celles-ci étant vraiment abominables. J'ai par contre ajouté une carte au début de l'article pour qu'on puisse mieux visualiser la situation du "pays des mille collines".

Une exhumation d'une des nombreuses fosses communes découverte après le génocide. Les familles essayent d'identifier les restes des leurs au milieu des dépouilles.

Effectivement le découpage tribal de la région semble être le fruit de la volonté du colonisateur belge, qui arrive au Rwanda à partir de 1916, considérant les Tutsis et Hutus comme deux groupes distincts. Les Tutsis sont  perçus comme étant des chasseurs ayant des traits physiques plus nobles (plus grand,  plus pâles, le nez effilé), là où les Hutus sont vus comme des paysans grossiers. favorisés par le colons, les Tutsis apparaissent aux yeux des Hutus comme les alliés des belges et des exploiteurs. D'où la naissance d'un ressentiment qui explose à l'indépendance.

Le rôle de la Belgique et de la France à souvent été montré du doigt dans cette affaire, en effet notre pays à soutenu le gouvernement Habyarimana et formé les mebres Hutus de son armée et de ses forces de sécurité. Beaucoup d'entre-eux seront impliqués dans le génocide.

L'assassinat jamais vraiment expliqué du président Habyarimana et de son homologue burundais Cyprien Ntaryamira (leur avion est abattu par deux roquettes) met le feu aux poudres. Est-ce l'oeuvre des extrémistes Hutus, du Front Patriotique Rwandais ? les services secrets français aurait-ils pu participer ?
C'est toujours une pomme de discorde entre le Rwanda et la France. D'autant que des juges rwandais ont ces dernières années émis des mandats d'arrets contre de hautes personnalités de l'époque, dont des ministres.

Le génocide a duré à peine 100 jours et on estime à 800 000 le nombre de victimes, Tutsis mais aussi Hutus modérés s'opposant aux mouvements radicaux. L'impuissance des institutions internationales et notamment de l'ONU incapable d'empêcher le génocide vont montrer les limites de ce "nouvel ordre mondial" auquel le monde aspirait après la guerre froide. Néanmoins la mise en place du
Tribunal Pénal International pour le Rwanda qui, s'inspirant du grand procès de Nuremberg qui avait permis de juger les nazis, a tenté de juger les grands responsables du génocide.


Le TPIR définit le génocide comme étant :

"L'un quelconque des actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux:
a) meurtre de membres de groupe; b) atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membre du groupe; c) soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle; d) mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe; e) transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe."


Au final c'est le FPR de Paul Kagamé qui prendra le pouvoir. Une période de transition suivra où il faudra juger les responsables et tenter d'arriver à une paix et à un reconciliation nationale. Des tribunaux locaux les gacacas (petite herbes en kinyarwanda) doivent juger des centaines de milliers de personnes dans un  lourd climat de suspicion. De nos jours tous les procès n'ont pas aboutis et le pouvoir a surtout envie de tourner la page du déchirment national, ce qui fait dire à certains que toute la lumière est loin d'être faite sur les circonstances de ce génocide et que la cohabitation entre ancien bourreaux et victimes va être difficile.

Pour compléter :
Un excellent dossier, très clair,
sur le site de Radio Canada
Celui d'Etienne Augris avec notamment l'interview de Jean Hatzfeld auteur d'"une saison de machettes"livre bouleversant sur cette guerre civile et Jean-Paul Chrétien, historien spécialiste de l'Afrique Centrale.



Par Mr Tribouilloy - Publié dans : Le nouveau désordre mondial
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