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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 14:23

Pourquoi y a-t-il eu une explosion du terrorisme d’extrême gauche dans les années 70 ?

 Un travail de Justine Decool (TL)

 

L’Europe a vu monter dans les années 70 de nombreux mouvements terroristes d’extrême gauche, donnant le nom à cette période des années de plomb. La volonté des « terroristes rouges » étant d’instaurer un communisme qui combattrait l’impérialisme pour instaurer la liberté des peuples, y compris ceux du tiers monde.  Le terrorisme selon l’ONU, « a pour but d’intimider une population, ou d’obliger un gouvernement ou une organisation internationale à agir, ou à ne pas agir. » Demandons nous alors pourquoi de nombreux jeunes gens d’après 68, souvent des étudiants de bonnes familles, ont mis en place de redoutables noyaux terroristes extrêmement violents?

Les mouvements d’extrême gauche sont des courants politiques à gauche des partis socialistes et partis communistes traditionnels, ce sont des mouvements dit révolutionnaires qui souhaitent la disparition du capitalisme, grande source d’inégalité. Les mouvements terroristes des années 70 vont donc se battre au nom de la lutte contre l’impérialisme capitaliste, des symboles de la puissance de l’État, le grand patronat et la défense du prolétariat.

Voyons alors les raisons qui ont engendrés la naissance des mouvements terroristes, tant du point de vue d’événements historiques, qu’idéologiques.

La guerre froide traumatise les esprit par sa violence psychologique et fait ainsi monter la haine anti-capitaliste.  Dans le courant des années 60 la violence du conflit au Vietnam fera naître de nombreux mouvements de protestataires étudiants aux Etats Unis et  en Europe. Ces mouvements protestataires feront naître le mouvement Hippie, mais aussi des mouvements anarchistes et communistes révolutionnaires, nés du dégoût du capitalisme. Mai 68 sera aussi un élément déclencheur à la création d’organisations extrémistes. La révolte de la jeunesse durant ces années fut parfois modérée mais donna aussi naissance au terrorisme.

Certaines organisations terroristes seront aussi engendrées par le traumatisme du principe de la colonisation et des décolonisations violentes. Le manque de liberté des peuples colonisés fut révoltant pour une jeunesse en quête de liberté. Nous pouvons notamment penser à la décolonisation de l’Indochine, guidée par le leader charismatique du Vietminh, précurseur du communisme au Vietnam, Ho Chi Minh. Celui-ci inspira la jeunesse révoltée par ses actions de guérillas menées contre les colons français. Ces années de conflits dues à la colonisation ont profondément brisés la belle image du capitalisme et de l’impérialisme, poussant ainsi des jeunes extrêmes à se révolter par la violence.

De plus, du point de vue idéologique, l’attrait du communisme est fort, l’idée d’égalité entre tous séduit. La jeunesse voit que le violence fut beaucoup employée dans l’histoire, pour imposer son idéologie. C’est pourquoi en Allemagne les mouvements terroristes furent extrêmement nombreux, ceci s’explique par le traumatisme du nazisme. Qui, d’une part donna des principes de liberté à la jeunesse et une haine des ségrégations; mais qui, encra dans toute une génération la notion de violence.

Il est aussi important de mettre en lumière les conflits importants entre israéliens et palestiniens, avec les attentats de Munich, qui ont finit d’instaurer le climat violent et révolutionnaire des années 70.

 

Un extrait de l'avis de recherche de la police allemande de l'époque montrant les membres du groupe d'Andreas Baader et Ulrike Meinhof, la Rote Armee Fraktion. On le voit ce sont des étudiants dont de nombreuses filles qui s'engagent dans l'action terroriste.

Après avoir vu les principales raisons qui ont fait naître le terrorisme d’extrême gauche, dans les années 70, voyons quelles ont été les principaux mouvements crées, retracent leur parcours, actions et revendications.

Il y eu la Fraction armée rouge ou Bande à Baader, l’organisation principale, le plus efficace et armée d’Allemagne. Ce fut une organisation révolutionnaire, anti-impérialiste  qui se considérait comme un mouvement de lutte armée, mais qualifiée de mouvement terroriste par l’Etat allemand. Cette organisation, la RAF (Rote Armee Fraktion) est crée le 2 avril 1968, création liée au contexte du moment en Europe et en Allemagne.  L’organisation est appuyée sur une idéologie de guérilla urbaine, refus de la théorie pour une mise en pratique immédiate. Qui entraînait des attentats, enlèvements ou assassinats jusqu’en 1998 où fut signé la dissolution du groupe.

 



Hans-Matin Schleyer, dirigeant des patrons allemands, enlevé en 1977 puis assassiné par la R.A.F.

Baader (dirigeant de cette Fraction Armée Rouge) a dit un jour : “ Si je suis condamné à la réclusion à perpétuité, je me supprimerai, mais j’entraînerai quelques personnes avec moi

 

Action Directe fut durant les années 70 le principal groupe terroriste français. Ce groupe terroriste crée en 1979, fut considéré comme une organisation de guérilla. Action Directe était un mouvement communiste libertaire, mouvement terroriste qui tire son nom de la théorie anarchiste où est mis en avant l’action directe. Une cinquantaine d’actions furent menées pour qu’un communisme soit instauré en Europe de l’Ouest, faisant ainsi de nombreux attentats et assassinats. Le groupe fut officiellement dissout  en 1987. 

Jean-Marc Rouillan : l'auto organisation ( ... ) dépend ( ... ) de la capacité des organisations de guérilla à oeuvrer aux tâches historiques actuelles - organisation de la violence révolutionnaire, internationalisme prolétarien pour l'émergence de l'organisation communiste en Europe de l'Ouest.” 

De très nombreux groupes de terroristes d’extrême gauche sont nés dans les années 70, la plupart pour les mêmes revendications, et se faisant tous lien par la violence utilisée. Nous ne pouvons citer ici tous les mouvements terroristes de ces années de révoltes, tant ils furent nombreux. Nous pouvons toutefois  évoquer les groupes de résistance antifasciste du premier octobre espagnol, les Brigades rouges italiennes ou le CCC  (cellule communiste combattante) belge.

 

Nul ne peut trouver de causes exactes pour expliquer ces mouvements terroristes. Il faut simplement avoir en mémoire le contexte politico-historique et voir à quel point la jeunesse peut souffrir des erreurs passées et ainsi faire naître des mouvements de révolte importants. Ces mouvements terroristes violents, traumatisèrent une génération et une époque en montrant que l’homme peut être capable de violence, mais aussi et surtout peut être capable de se révolter contre un état des choses insoutenable.



L'année dernière est sorti au cinéma " La Bande à Baader" d'Uli Edel retraçant l'histoire de la Rote Armee Fraktion. Un film intéressant qui permet de comprendre à la fois l'idéalisme et la dérive violente de ces jeunes allemands en révolte contre la société de leur époque.


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Un travail très intéressant malgré l'absence de sources et le peu d'illustrations (en dehors de la vidéo et des deux logos, j'ai dû rajouter les autres images.). Le plan est assez cohérent (avec une introduction et une conclusion) causes, méthodes et principaux groupes.  Encore une fois, comme pour les autres travaux personnels, attention à l'orthographe et la grammaire, j'ai du mal à croire que malgré les correcteurs orthographiques automatisés sur les traitements de texte vous puissiez encore me laisser quasiment une faute tous les deux mots !

Pour revenir sur le fond du sujet, il faut bien comprendre que ce mouvement de contestation va toucher tous les pays du bloc occidental dans les années 70 et correspond aussi à une revolte de la jeunesse dorée des 30 glorieuses qui n'a pas connu de guerre et qui n'aspire pas à suivre le chemin du confort bourgeois de leurs parents (il y a très peu de véritables enfants d'ouvriers dans ces mouvements). Pour une partie de la jeunesse qui s'est enthousiasmée pour les mouvements de contestation issus, entre autre, de mai 68, la lutte armée parait une sorte d'idéal romantique qui fait réver. Jusqu'à parfois donner sa vie en pleine connaissance de cause.

Les deux chefs de file d' Action Directe, Jean-Marc Rouillan et Nathalie Ménigon.

Ce fut le cas de l'Armée Rouge Japonaise, mouvement qui débuta au Japon et dont les membres rejoindront entre autre la cause palestinienne. Ses partisans, pourtant des étudiants japonais de bonne famille, s'inspirérent des kamikazes de la seconde guerre mondiale et n'hésitèrent pas à se faire sauter avec leurs bombes plutôt que de se faire prendre. Une attitude qui servira de modèle aux futurs attentats suicides islamistes.

"A vous bourgeois, nous déclarons publiquement la guerre pour vous engloutir dans la guerre révolutionnaire et vous balayer du monde.

A vous bourgeois, nous notifions que nous unirons toutes les forces prol
étariennes du monde entier dans le parti mondial – armée rouge mondiale – front révolutionnaire mondial et que nous vous anéantirons malgré votre appel à la mobilisation générale de toutes les polices du monde : l’armée américaine, l’armée de l’OTAN, l’armée de coalition nippoaméricaine ou les armées alliées au Vietnam, et malgré la mobilisation de l’armée du Pacte de Varsovie elle même,transformée et dégénérée par vous.

Vos crimes dans l’histoire sont trop connus."
"Déclaration de guerre" de l'Armée Rouge Japonaise en 1968


Même si ces mouvements furent souvent groupusculaires (La RAF ou Action Directe n'ont guère comptés plus d'un trentaine de membres chacuns), leurs actions étaient extremement spectaculaires: assassinats ou enlevements de personalités, détournement d'avion,  bombes dans les ambassades ou dans les discothèques fréquentées par les soldats américains des bases de l'OTAN. Il créerent un mouvement de panique dans les opinions publiques et furent l'objet d'une repression impitoyable. Les morts de Baader et Meinhoff dans leur cellules restent mystérieuses: suicides ou assassinats, la question fait toujours débat.

  Aldo Moro ancien président du conseil italien est enlevé par les Brigades Rouges en 1978. Après 55 jours de négociations infructueuses, le groupe terroriste indique l'emplacement d'une voiture où on découvre le corps de l'homme politique. Un crime qui choquera toute l'Italie.


Ces mouvements vont souvent se rapprocher de la cause palestinienne au nom de la lutte contre l'impérialisme ou de mouvements indépendantistes comme l'Irish Republican Army qui combat la présence britannique en Irlande du Nord. Avec le camp soviétique les relations seront plus ambigues. Officiellement, la plupart de ces mouvement rejettent l'URSS considérée comme trahissant les idéaux du communisme en s'étant transformée en dictature militaire corrompue. Dans la pratique, on le sait depuis seulement quelques années, les services secrets du bloc communiste, notamment tchéques et est-allemands fournissaient une aide discrète en armes ou en cachettes à ces terroristes. Tout ce qui peux affaiblir le camp d'en face...

Il faut aussi rappeler que de l'autre côté de l'échiquier politique, l'extrême droite, parfois soutenue par l'espagne franquiste ou
les dictatures sud-américaines vont aussi provoquer des attentats pour pousser la population dans les bras de mouvement anticommunistes musclés. C'est la stratégie de la tension. Parfois avec la complicité des autorités locales. La Belgique et surtout l'Italie connaîtront des attentats d'extrème droite dont on se demande encore aujoud'hui si la finalité n'était pas l'instauration de regimes très à droite voir de dictatures militaires sur le modèle espagnol, grec ou sud-américain.

L'Italie est depuis les années 70 la proie des Brigades Rouges, un groupe communiste particulièrement violent (on lui attribue plus de 400 victimes) qui a acquis une notoriété mondiale en 1978 en enlevant et assassinant après 55 jours de captivité l'ancien président du conseil Aldo Moro, le chef de la démocratie chretienne, un parti centriste italien.  Le 2 octobre 80 explose en gare de Bologne une bombe qui fait 85 morts et 200 blessés. Cet attentat est attribué aux Brigades Rouges et permet de renforcer les lois sécuritaires dans le pays. En 1995, une enquête judiciaire permis d'établir que cet attentat avait été en fait été organisé par l'extrême droite en collaboration avec des membres de l'armée et de la police.

 
Ces mouvements révolutionnaires sont neutralisés à partir du milieu des années 80, leurs dirigeants étant pour la plupart arrétés et condamnés à de lourdes peines ou ont fuit à l'étranger, profitant parfois de la sympathie de certains mouvements de gauche plus modérés qui se reconnaissent dans leurs idéaux mais n'ont pas voulu passer le pas de la violence. Ainsi de nombreux anciens membres des Brigades Rouges condamnés en Italie se sont réfugiés dans les années 80 en France où le président Mitterand leur a accordé l'asile s'il renonçaient à la violence. Mais la justice italienne demande toujours aujourd'hui leur extradition. Doit-on les renvoyer ou respecter ce droit d'asile. Une question épineuse autour de Cesare Battisti et Marina Petrella deux anciens brigadistes qui ont refait leur vie en France et que l'Italie reclame toujours. (Pour en savoir plus sur l'affaire Petrella)

                               Un comité de soutien à Marina Petrella

De même, les membres d'Action Directe encore en prison bénéficient de mouvements de soutien pour leur libération après 20 ans de prison. Mais le fait que la plupart d'entre eux continuent à justifier le recours à la violence et n'aient pas officiellement renoncé à la lutte armée leur vaut des ennuis judiciaires constants, ainsi Jean-Marc Rouillan qui après une libération anticipée a été remis en prison pour ses déclarations ambigues à la presse.

 


 

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Published by Mr Tribouilloy - dans La guerre froide
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commentaires

dialectic pimp 24/07/2016 04:22

bon article
venant d'un cours pour terminale, c'est vraiment bon
le sujet est fouillé et analysé même si ça aurait pu être mieux (effectivement Action Directe et la RAF avait peu de militant-e-s, un peu plus que 30 pour la RAF, en revannche en Italie c'était un vrai phénomène de "masse" et plusieurs milliers de personnes ont fait partie