Mercredi 13 août 3 13 /08 /Août 15:46

Les événements qui se déroulent ses jours-ci dans le Caucase illustrent parfaitement la volonté de la Russie de reprendre son rôle de grande puissance et de véritable gardien de l’Asie Centrale. Car le grave affrontement qui embrase le Caucase entre deux anciennes républiques de l’ex-URSS est à la fois le fruit d’une crise qui couve depuis la fin de l’Union Soviétique et le signe que la Russie entend bien redevenir la puissance qu’elle était du temps du communisme triomphant. Paradoxe, Gori, l’une des villes géorgienne bombardée par l’armée russe n’est autre que le lieu de naissance de Staline. Cette guerre illustre aussi la complexité du monde contemporain où la fragmentation constante des états ne cesse d’accélérer les conflits.
 

 

Pour comprendre ce conflit faisons un point sur les événements qui ont conduit les deux pays à rentrer en guerre.

 

                            Les chars géorgiens rentrant en Ossétie (source : figaro.fr)


Avec une histoire complexe remplie d’invasions et de conquêtes diverses et variées, le Caucase est devenu un gigantesque puzzle où cœxistent sur un espace réduit des dizaines de peuples aux langues, cultures et religions variées. La longue guerre de Tchétchénie en a été l’exemple.  Les frontières actuelles de la Georgie datent de 1936 et ont été fixée par Staline lui-même. Il en a profité pour diviser en deux l’Ossétie qui aurait pu prétendre à son autonomie. Un morceau au Nord pour la Russie, un morceau au Sud pour la Georgie. La Georgie a été « russifiée » par Staline, pourtant géorgien lui-même, qui a interdit la langue nationale géorgienne au profit du russe. Dans les années 70, la montée du nationalisme (et parallèlement des problèmes de corruption et de criminalité galopante qui font qu’aux yeux de l’opinion publique soviétique, puis russe après 91, l'image des géorgiens devint celle de gangsters maffieux caricaturaux, un peu comme les siciliens en Italie ) fit que Brejnev changea la situation pour calmer la région et réautorisa la culture géorgienne en donnant plus d’autonomie à la république de Georgie. Mais dans le même temps les ossétes et les abkhazes en profitèrent aussi pour réclamer eux aussi davantage d’autonomie.

 

En 1991, c'est la fin de l'Union Soviétique,  la Georgie prend son indépendance. Un an avant le parlement géorgien en a déjà profité pour faire du géorgien la principale langue nationale et réprime durement les tentatives autonomistes ossètes ou abkhazes. Aussitôt éclatent des révoltes indépendantistes de ces deux peuples, dégénérant face à l'intransigence du nouveau pouvoir de Tbilissi en guerres civiles meurtrières. Notons bien que, partout dans l’ex-URSS, on retrouvera ce genre de tensions qui dégénèrent souvent en conflits armés meurtriers.

 

La Georgie a été l’une des ex-républiques qui a le plus fait pour s’éloigner de l’influence de Moscou. Son premier gouvernement, celui du poéte Zviad Gamsakhourdia est rapidement devenu autoritaire et corrompu. Il  a exalté le nationalisme géorgien face aux minorités et refusé de faire partie de la CEI, la Communauté des Etats Indépendants crée à l’initiative de la Russie pour garder des liens économiques forts après l’éclatement de l’Union Soviétique. La Géorgie n’y est finalement rentré qu’en traînant les pieds, en 93, pour régler diplomatiquement les problèmes liés aux volontés indépendantistes de l’Ossétie et de le l’Abkhazie.

 

En effet les campagnes militaires géorgiennes contre les indépendantistes abkhazes sont des échecs sanglants où les populations civiles trinquent largement. 200 000 géorgiens sont expulsés par les milices abkhazes soutenues par la Russie. La même chose déroule en Ossétie. Les géorgiens doivent accepter la « médiation » russe et la présence de soldats d’interposition pour régler le conflit. Moscou en profite pour chasser le gouvernement Gamsakhourdia et imposer la présence de 3 bases militaires russes sur place. Les deux régions autonomistes proclament dans la foulée leur indépendance mais ne sont pas reconnue internationalement.

 
Les relations entre Russie et Georgie se sont un peu calmées pendant la deuxième partie des années 90. C'est le gouvernement d’Edouard Chevarnadze l’ancien ministre des affaires étrangères de Gorbatchev au temps de l’URSS, qui a su à la fois ménager la susceptibilité des russes qui tiennent ses approvisionnement énergétiques tout en liant des contacts économiques avec les Etats-Unis. Mais les conflits avec les indépendantistes continuent et Chevardnadze ternit son image en succombant à son tour aux charmes de la corruption et de la fraude électorale.


D’où l’élection en 2003 de Mikhail Saakachvili, juriste formé en Amérique et en Europe qui lui est élu triomphalement avec 95 % des voix dans ce qu’on appelle " la révolution des roses ". Fort du soutien des Etats-Unis, il somme les russes d’arrêter de se mêler des affaires géorgienne et s’aligne totalement sur l’Amérique et l’U.E.... La Georgie devient le nouvel espoir de progression des valeurs démocratiques et libérales dans la région.

                                                                                          Saakachvili (source :le point.fr)

Partenariat avec l’OTAN, envoie de troupes en Irak aux côtés de la coalition américaine, demande d'association avec l’UE, Saakachvili joue la carte de l'occident face à Moscou. D'ailleurs, il exige l’évacuation des bases russes en Georgie. Les américains voient là un moyen tant de limiter la puissance de la Russie que de continuer à s’implanter non loin du Moyen Orient. L’
avenue George W. Bush relie l'aéroport au centre de Tbilissi, la capitale et devant le Parlement, flotte le drapeau européen.                                                                       

Les relations avec la Russie s’enveniment rapidement d’autant qu’en 2004 une autre province située à la frontière avec la Turquie (mais où se tr ouve une grosse base russe), l’Adjarie, tente de prendre son indépendance à l’initiative d’un gouverneur local aux envies dictatoriales. Saakachvili résout la crise pacifiquement mais à partir de ce moment commence à se montrer de plus en plus brutal et sûr de lui. Toujours en 2004 des premiers affrontements violents ont lieu entre l'armée géorgienne et les milices independantistes ossètes. Le régime georgien se durcit. En janvier dernier il n’est réélu qu’à 53 % dans un scrutin où les fraudes semblent réelles.



(source :TéléQuebec)
 

Pendant ce temps Vladimir Poutine digère de plus en plus mal le rapprochement des anciennes républiques de l’URSS avec l’OTAN. Il a déjà fait pression sur l’Ukraine en lui coupant ses livraisons de gaz à plusieurs reprises. En 2006, cinq officiers russes sont expulsés avec fracas de Georgie pour espionnage. En réponse Moscou expulse à son tour des milliers de travailleurs georgiens. Pour faire plier la Georgie, Poutine, puis Medvedev son successeur, vont favoriser les revendications indépendantistes. Ainsi en mars 2008 sont accordés des passeports russes aux Abkhazes et aux Ossètes du Sud. Il renforce aussi la présence de soldats russes censés servir de garants de la paix dans ces régions, mais qui ne bougent pas alors que les indépendantistes ossétes ou abkhazes attaquent régulièrement les Géorgiens. Pendant ce temps on voit la Georgie accueillir de nombreux réfugiés tchétchénes. Beaucoup d’observateurs prédisent déjà cette guerre qui n’attend qu’une étincelle pour démarrer.

Pour la Russie le contrôle de la Georgie, c’est aussi la surveillance et le contrôle des grands oléoducs qui partent des champs pétrolifères de l’Azerbaïdjan vers la Turquie et l’Europe et notamment le BTC, Bakou-Tbilissi-Ceyhan qui permet d’éviter la Russie.

Lorsque suite à des provocations d’indépendantistes ossétes le président Saakachvili envoie l’armée géorgienne bombarder Tskhinvali la capitale osséte, il prend un grand risque. D’autant que dix soldats russes sont tués et qu’en théorie les Ossètes du Sud, de par leurs passeports russes, sont officiellement citoyens russes.  L’escalade commence. Nous en reparlerons.

Pour completer (et puis ce sont aussi une partie des sources de cet article avec les liens sur cette page)  :


Un excellent point sur la Georgie (datant de 2004) de la télé du Quebec
Un article de Rue 89 qui compile des reportages télévisés sur 20 ans de guerres séparatistes depuis la fin de l'URSS
Un article de Libération qui présente bien les enjeux 
Une chronologie du Monde.fr
Des précisions très intéréssantes sur le blog de Mr Auger
Une conférence donnée par Florence Mardirossian et reproduite sur diploweb (dont la carte suivante, résumant toute la complexité du probléme, est issue)



Par Mr Tribouilloy - Publié dans : Russie
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Commentaires

Vos billets sur le conflit sont intéressants, je vais les rajouter en lien dans mon dernier billet sur la guerre au jour le jour. Cordialement, Stéphane Mantoux.
Commentaire n°1 posté par Stéphane Mantoux le 21/08/2008 à 14h45
Merci, votre blog est passionant
Votre billet sur l'enlisement de la stratégie de la coallition en Afghanistan après la mort des soldats français est particuliérement éclairant sur le fait qu'il n'existe jamais de solutions simples aux questions géostratégiques actuelles.
Réponse de Mr Tribouilloy le 21/08/2008 à 16h25

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